Un article de Martine Arpin
Il n’y a pas de mots spécifiques à enseigner à un niveau ou à un autre, mais plutôt que de proposer des mots au hasard de nos lectures et de nos envies, nous avons avantage à être intentionnels et sélectifs quand vient le temps d’enseigner le vocabulaire de façon durable. En effet, si nous voulons que les élèves puissent utiliser et réinvestir le vocabulaire enseigné (étape ultime pour maitriser un mot), il faut choisir les mots avec soin.
Quelques éléments à tenir en compte:
- Importance et utilité : Mots utiles en général, que les élèves vont possiblement rencontrer dans d’autres textes et qu’ils pourront utiliser pour décrire leurs propres expériences, leur propre vie.
- Des mots variés d’une grande utilité pour comprendre le langage littéraire. Mots souvent utilisé dans les écrits, dans différents domaines, qui ne sont pas tellement communs dans le langage oral.
- Mots qui sont utiles autant en compréhension (lecture) qu’en écriture. Mots souvent abstraits et associés au langage écrit. Ils sont donc moins susceptibles d’être appris à travers le langage oral de tous les jours.
- Mots qui ont le plus de chance d’apparaitre fréquemment dans une grande variété de textes et dans le langage des enfants un peu plus vieux que l’âge de vos élèves.
- Mots qui apportent précision à un concept général. Les élèves comprennent l’idée générale, mais on leur donne les mots pour décrire le concept.
- Potentiel d’enseignement : Par exemple, les mots qui ont plus d’un sens, qui offrent une variété de contextes et d’utilités à explorer.
- Contribution du mot à un texte ou une situation, rôle du mot pour communiquer le sens du contexte dans lequel il est utilisé.
Pour les plus grands :
Penser aux mots spécifiques des textes liés aux apprentissages dans les différentes matières : plus les mots sont spécifiques, plus il est important de travailler leur compréhension dans le contexte général, pour comprendre le concept, plutôt que de connaitre leur définition ou sens en tant que mot individuel. Par exemple, en mathématiques, les élèves doivent reconnaitre les concepts et procédures auxquels le mot réfère lorsqu’ils ont un travail à faire, et non juste en connaitre la définition.
Pour les plus jeunes, ou dans des textes trop simples :
On peut utiliser un texte où les mots sont déjà connus pour introduire de nouveaux mots plus complexes. Choisir des mots qui vont avec, ou qui élargissent le sens des mots, des situations ou des personnages d’un texte. Cela est particulièrement efficace avec les jeunes apprenants qui lisent des textes vraiment simples contenant peu de mots.
Par exemple, dans un texte où le personnage est seul, comme dans Un petit geste (J.Woodson) ou Le garçon invisible (T.Ludwig), on pourrait présenter les mots solitaire et isolé. On pourrait aussi présenter le mot « dilemme » en lien avec les réflexions morales des personnages.


Dans Pat le chat se fait beau pour aller à l’école, lorsque Pat a mis tous les vêtements proposés par les autres, le texte dit : « Pat a l’air ridicule ». on pourrait alors présenter le mot absurde. On pourrait dire que quand une situation est vraiment ridicule, quand elle ne fait pas de sens, on peut aussi dire qu’elle est absurde. Donc, on pourrait dire que l’habillement de Pat est absurde.

S’il y a un problème dans l’histoire, par exemple dans C’est à moi (A. Ruel), on pourrait présenter les mots conflit, entêté, et compromis.

Si un personnage travaille fort, présenter les mots persévérant, acharné ou déterminé. Par exemple, dans le livre La pomme (A. Durenne), l’éléphant est tout cela, en plus d’être courageux et autonome. Ces mots ont un grand potentiel de valeur dans un répertoire de vocabulaire, puisque ce sont des qualités importantes qu’ils pourront appliquer à leurs propres expériences, dans différentes situations, et ils retrouveront de nombreux personnages qui le seront, ou devront l’être, dans leurs lectures. Dans ce livre, des mots ou expressions que les élèves pourraient rencontrer dans d’autres textes pourraient aussi être ajoutées au répertoire : avoir des atouts en poche, ni une ni deux, saisir, être à court d’idée. Ces expressions peuvent aussi être utilisées au quotidien: « Tu as tous les atouts en poche pour trouver une solution! » « Tu es à court d’idée pour ton texte, y a-t-il un endroit dans la classe où on peut se référer quand on n’a plus d’idée? »

Dans Voici des fermiers (M.Atkinson), malgré la simplicité et la répétition des mots, nous pourrions introduire les mots attentionné et prévenant. À chaque page, l’illustration montre le fermier ou la fermière qui prend soin des animaux de différentes façons. Nous pourrions donc dire : Avez-vous remarqué comment les fermiers et les fermières prennent bien soin de leurs animaux? Ils sont vraiment attentionnés et prévenants! Être attentionné, ou prévenant, c’est être gentil avec quelqu’un, c’est en prendre soin, y faire attention. Toi, avec qui es-tu attentionné ou prévenant? Que fais-tu pour te montrer attentionné? Ensuite, nous pourrions nommer souvent les situations où l’on voit des élèves attentionnés les uns envers les autres : « Sofia, tu as été vraiment prévenante avec Luka! Tu as déplacé la chaise pour ne pas qu’il se cogne le genou! Quelle personne attentionnée! »

Finalement, il n’y a pas de mots appropriés à un âge ou un niveau spécifique, mais deux choses peuvent guider pour savoir si un mot est approprié ou non: si on n’est pas capable d’expliquer la signification du mot par des termes compréhensibles par les élèves, alors le mot n’est sûrement pas approprié. Aussi, nous devons nous assurer que les mots que l’on choisit de présenter sont intéressants et utiles dans les lectures, en écriture, mais aussi dans la propre vie des enfants.
Source: Bringing Words to Life, Robust Vocabulary Inscruction, Beck,Mc Keown et Kucan, 2013
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