Recherche

Les ateliers d'écriture et de lecture au primaire

Inspiré de la démarche des Units of Study du TCRWP

Catégorie

Non classé

Un club de lecture avec mes grands

Un texte d’Isabelle Denis

Quand je visualise un club de lecture avec mes grands, je les imagine, se rassemblant dans un petit coin qu’ils ont choisi, avec le sourire aux lèvres, pour jaser d’une œuvre commune ou différente. Je m’attends à les voir jongler entre les 4 dimensions en lecture tout en explorant des concepts tels que le thème, la leçon de vie, l’évolution des personnages… Je m’attends à les voir lier leurs expériences de vie avec la lecture qu’ils ont faite. Je m’attends à ce qu’il y ait des interactions entre les lecteurs. Je m’attends à ce qu’ils soient touchés par les propos d’un copain, qu’ils trouvent les mots pour y réagir. Bref, je m’attends à ce que les échanges qu’ils ont aient un impact sur leur personnalité, sur leur façon de voir le monde et d’y interagir.

Ça, c’est ma cible.

Pourquoi croire et s’intéresser aux échanges entre ces lecteurs adolescents? Pour l’art de s’exprimer et d’écouter ce qui s’y développe. Pour le développement de l’oral qui nourrit le développement de l’écrit et vice versa. Pour qu’ensemble nous construisions des sens. Pour qu’en discutant, ces jeunes puissent apprendre à se connaitre à travers un livre-miroir, à réfléchir à qui ils sont, qui ils désirent être ou encore qu’ils puissent observer les scènes d’un livre-fenêtre et réaliser, par exemple, qu’une grossesse à 16 ans, ça peut arriver et ça peut être difficile.

Également, pour qu’ensemble nous progressions. Je me souviens d’une élève qui m’avait dit : « Madame Isabelle, si j’avais été seule, jamais je n’aurais attaqué ce livre, mais avec les autres, j’ai été capable. » Aussi, parce que la lecture, c’est social. Lire et jaser de nos lectures est naturel. Qui n’a jamais dit dans une conversation : « Oh oui, justement, j’ai lu ceci la semaine dernière… » Et nous voilà partis à discuter sur un sujet. Rappelons-nous que nous avons des élèves dans nos classes qui sont des lecteurs sociaux. Je me souviendrai toujours de Théo. Il avait lu la série des Tom Gates en entier. Bien sûr, il était en deuil de cette série. Il n’arrivait pas à donner une chance à un autre livre, à tomber amoureux à nouveau. C’est à travers un club de lecture que je l’ai vu s’épanouir comme au premier jour où il fût en contact avec le tome 1 de sa série préférée. Les clubs de lecture brisent la barrière de l’isolement. Ils permettent aux élèves de s’élever comme lecteur. Je remarque qu’ils ont un impact considérable sur les lecteurs moins engagés. La force du groupe nous engage, nous tient, nous motive.

Pour atteindre cette cible, comment s’y prendre?

Qui dit club de lecture,  dit discussions et rencontres fréquentes. Quand je discute avec une amie, par exemple, j’ai en tête des sujets qui nous unissent. J’en fais le suivi en lui posant des questions, en l’écoutant et en réagissant à ce qu’elle me dit.  Je prends soin de cette relation. Quand je suis membre d’un club de lecture, c’est la même chose, je prends soin des liens littéraires que je tisse.

Quand nous nous lançons dans la belle aventure des clubs de lecture, au tout début, je vois des élèves faire des résumés oraux de ce qu’ils ont lu. Je vois des élèves penser à ce qu’ils vont dire et quand c’est fait les échanges cessent. Les membres se regardent. Il y a des silences ou bien des conversations parallèles.

Réfléchissons aux bases à installer. Avant de débuter en petits cercles, à travers la lecture à voix haute animée, en grand groupe, nous aurons pris plaisir à échanger entre nous. Relire le texte d’Isabelle Robert à ce propos.

Ensuite, notre lunette de membre d’un club de lecture deviendra plus microscopique. Il y aura des mini-leçons sur les 4 dimensions en lecture. Qu’est-ce qu’interpréter? Comment s’y prend un lecteur pour faire une interprétation? Sur quoi se base-t-il? Aussi, nous réfléchirons à ce que j’appelle le vocabulaire littéraire. Le nôtre est-il riche? Est-ce que je sais ce qu’est un point de vue, un stéréotype, la narration, une métaphore, un thème… Ai-je eu l’occasion d’en observer  et de discuter à ce propos avec ma classe de lecteurs? Suis-je assez solide pour réagir et apprécier tant à l’oral qu’à l’écrit? Ai-je l’occasion de le faire souvent et de façon naturelle à travers les discussions que nous avons en classe. Un de mes élèves me disait dernièrement : « Madame Isabelle, mon personnage se vante. Il se pense bon. Mais un moment donné, il se fait remettre à sa place par une fille. Et là, il change. Mais, je ne suis pas capable de dire le mot… » Après une discussion, nous avons découvert qu’Émile voulait exprimer que son personnage devenait plus HUMBLE. Imaginez le travail derrière ce mot. Nos jeunes ont besoin de ce genre de discussion. Ils ont besoin de rétroaction par rapport au langage qu’ils tentent d’adopter, mais qui n’est pas encore acquis. Je sais que l’on veut bien faire, au 3e cycle, en préparant les élèves à répondre à des questions écrites concernant les 4 dimensions en lecture comme dans les examens du MEES ou encore dans des tâches lecture-question. Toutefois, si nous nous en tenons qu’à cette pratique dans l’enseignement de la lecture, ne nous surprenons pas si nos lecteurs nous offrent une pensée très peu élaborée ou encore une pensée répétée sous la forme d’une recette.

Quand on veut apprendre à un enfant à faire du ski alpin, nous avons une idée de la destination où nous désirons le conduire. Nous descendons au-devant de lui. Nous prenons le temps de jaser à chaque palier de la montagne. Nous discutons, l’écoutons parler de ses difficultés et de ses réussites, lui donnons des conseils et convenons de la façon de faire jusqu’au prochain palier. Un peu à l’image de l’enfant à qui on apprend à faire du ski alpin, nous nous devons de réfléchir à ce qu’est un club de lecture pour nous, dans notre milieu de vie scolaire ainsi qu’à ce qu’on désire modéliser afin d’atteindre la destination.  Grâce à cette réflexion, nous serons en mesure de guider nos élèves d’un palier littéraire à l’autre.

Il y aura aussi des mini-leçons qui nous feront réfléchir à comment agissent les membres dans un club de lecture? Que disent-ils? Comment font-ils pour cibler de quoi ils parleront? Comment font-ils pour rebondir sur ce que vient de dire tel lecteur? Se préparent-ils? Lisent-ils les mêmes pages ou non? Tout ce que je nomme ci-dessus deviendra ou aura été le point d’enseignement de plusieurs mini-leçons et réflexions avec les élèves. Plusieurs mini-leçons auront guidé les lecteurs dans leurs lectures individuelles, lors de la lecture interactive ou encore à deux depuis septembre.

Que dois-je offrir comme points d’enseignement à mes élèves pour qu’ils puissent devenir des lecteurs qui échangent avec passion? De plus, il est important de garder en tête qu’il est important que les membres du club de lecture prennent en main l’organisation, qu’ils gèrent leur club de lecture et qu’ils se réajustent afin qu’ils s’engagent et contribuent à développer leur propre vie de lecteur. En tant qu’enseignant, cela demande de modéliser comment le faire, cela demande également de lâcher prise en début de processus (les élèves lisent-ils vraiment? Les discussions portent-elles réellement sur ce qu’ils lisent? Comment évaluer leurs compétences en lecture?) afin de pouvoir se lancer et le vivre en classe. Ensuite, cela demande une présence constante lorsque vient le temps des rencontres des clubs de lecture.

Comme l’enfant à qui l’on apprendra à faire du ski alpin, avec les lecteurs de nos classes, ce sera une danse continuelle entre la modélisation de stratégies et de comportements, les périodes d’échange, les rétroactions et  les réajustements.

Quand je commence les clubs de lecture avec mes élèves, j’ai l’impression d’être partout, en mouvement constant. Je circule d’une équipe à l’autre. J’écoute. Je note. Je recadre. Je fais bien attention de rester à l’extérieur des cercles. J’entends Félix qui tente une interprétation. Wow! Je me dis que Samuel aurait l’occasion de réagir, mais je vois qu’il ne trouve pas les mots. Je me penche et lui chuchote ce qu’il pourrait dire à Félix (…au début, je chuchote énormément.) Je me déplace. Je surveille son regard.  Il se lance. Félix lui répond et on atteint un niveau supérieur… Les propos de Félix touchent les membres… Et moi, j’ai des frissons. Samuel est figé, sans doute  ému. Il réalise qu’il a eu un impact dans la conversation d’aujourd’hui. Pour ne pas briser la magie, quand la période sera terminée, j’expliquerai à toute la classe ce qui s’est passé dans le club de lecture de Samuel, ce que j’ai eu la chance d’observer. En fait, pourquoi la magie a opéré.

Autre chose intéressante que nous faisons. Chaque club de lecture se filme. Pas à chaque fois, mais assez souvent. Il est fort intéressant de s’observer. Ça s’apprend. Ça se modélise. Selon les objectifs de chaque club, les jeunes s’observent. Tellement riches, ces observations… Les constats faits leur permettent de se réajuster pour mieux se diriger vers leurs cibles. Ils en ont la preuve, ils se voient. Au début, les observations sont plus simplistes, légères. Combien de fois ai-je parlé, ai-je réagi aujourd’hui? De fil en aiguille, les jeunes murissent, progressent, s’attardent à ce qu’ils disent, à comment ils le formulent jusqu’à réfléchir à l’impact qu’ils ont sur la richesse des échanges dans leur club de lecture. Bien entendu, ce bagage qui fait partie d’eux, un peu comme les habiletés permanentes du skieur,  se répercute sur tous les échanges en classe (conseil de coopération, débat en éthique et culture…)

Ainsi, l’année avance et je remarque que je suis de plus en plus observatrice, moins essoufflée. Je savoure. Un peu comme la maman qui regarde son enfant s’élancer sur les pentes avant elle, je remarque la progression et j’en suis fière. Je me sens privilégiée. Je vois  Juliette qui se propose de mener les discussions. Je vois Vyctor qui tient le crayon de la parole, car dans son cercle, ils ont décidé qu’ils en avaient besoin étant donné que la prise de parole ne se fait pas, pour le moment,  de façon fluide. Je vois le club de lecture Les rapides et dangereux faire un résumé de ce qu’ils viennent de lire pour s’assurer que tous comprennent. Ils sont des modèles les uns pour les autres. En me tournant, j’entends Antoine qui rebondit sur ce que vient de dire Anaïs : « Je comprends très bien que tu te sentes comme Ashley, le personnage principal. Mais je crois que tu devrais laisser une chance à ta belle-mère. Se faire une deuxième famille, ça peut amener du bonheur aussi. » Je surprends Maude qui jette un coup d’œil aux phrases d’amorce sur les tableaux d’ancrage. La voilà qui sort de sa zone de confort et qui tente de réagir aux propos de Noah.

Je me dis qu’ils y sont arrivés, car ils ont eu l’occasion de s’exercer, de s’observer, de se réajuster. Je me dis que c’est beau, que ces échanges sont riches. Par nos rapprochements, notre intention commune, nous tentons de faire émerger des sens. Tout cela nous fait réfléchir. Les mots des auteurs ont un impact sur nos personnalités, sur nos gestes dans la vie.

Ce n’est pas à négliger dans une société qui s’individualise à vitesse grand V, une société dans laquelle les jeunes font face à une quantité incroyable d’informations. Soyons conscients que nous avons un rôle à jouer afin que nos jeunes demeurent critiques et je suis persuadée que les clubs de lecture contribuent à mettre des bases solides pour une pensée analytique. Comme le disent si bien Sonja Cherry-Paul et Dana Johansen dans Breathing New Life into Book Clubs, « nous valorisons les clubs de lecture à cause de leur influence indélébile sur le lecteur vu qu’il se développe comme penseur critique, lecteur pour la vie et agent de changement dans le monde. » (traduction personnelle). Dans les semaines qui suivront, vous retrouverez un article en lien avec le club de lecture chez les grands, mais davantage axé sur le pratico-pratique.

Référence :

Cherry-Paul, Sonja et Dana Johansen, Breathing New Life into Book Clubs, 2019.

L’amour à travers les yeux de Matt de la Peña

Un article de Martine Arpin

En lecture, nous travaillons avec les élèves les stratégies de compréhension du langage littéraire. Plus les lecteurs évoluent, plus les livres qu’ils lisent sont étoffés, moins les éléments sont explicites et plus le langage utilisé peut amener des confusions. Les élèves sont capables de décoder les mots qu’ils lisent, mais peuvent avoir de la difficulté à en comprendre le sens. Dans les textes narratifs, nous enseignons aux élèves à porter attention à la façon dont l’auteur s’amuse à jouer avec les mots de façon inventive, à s’arrêter, remarquer et comprendre son intention. Nous les encourageons à relire, visualiser le sens en jouant la scène, discuter avec un partenaire. Nous leur enseignons à comprendre les comparaisons en réfléchissant au texte, à l’ambiance créée et à l’intention de l’auteur, à remarquer quand un mot est utilisé dans un autre sens que celui pour lequel nous avons l’habitude de l’utiliser, par exemple dans les expressions et les métaphores.

Nous pouvons aussi enseigner aux élèves à lire ce genre de textes comme des auteurs. Ils peuvent penser aux différentes stratégies apprises en écriture et remarquer leur présence dans les livres qu’ils lisent. À l’inverse, ils peuvent aussi s’inspirer des différentes façons dont les auteurs utilisent le langage littéraire pour tenter de le faire eux aussi dans leurs textes, en essayant de nommer ce que l’auteur fait et son intention. Par exemple, on pourrait s’attarder aux comparaisons pour montrer une émotion, à la répétition pour marquer une action importante, aux allitérations pour donner de la musicalité, au choix des expressions pour montrer le temps qui passe… Cet aller-retour entre leurs lectures et leur travail d’auteur contribue au transfert des apprentissages et permet d’approfondir la compréhension du langage littéraire, une habileté dont ils auront de plus en plus besoin en grandissant comme lecteurs.

Les élèves sont invités à s’exercer souvent, dans leurs lectures et dans leurs écritures personnelles, lors des ateliers de lecture et d’écriture.

Parfois, certains sujets ou éléments se prêtent bien, aussi, à une mise en contexte commune. Dans le cadre de la St-Valentin (mais ça aurait pu aussi être dans une étude sur la poésie, à la fête des mères ou des pères, dans une thématique d’amitié…), suite à la lecture de l’album Amour (Matt de la Peña, D’eux), nous avons réalisé une écriture partagée. Nous avons lu l’album une première fois, pour le découvrir, pour s’imprégner de sa beauté. Puis, nous l’avons relu avec une intention précise: porter attention à la façon dont cet auteur utilise le langage littéraire. Nous avons discuté en groupe des différentes façons dont l’auteur a montré l’amour, sans jamais utiliser les mots j’aime ou je t’aime. Nous avons observé qu’il a plutôt décidé de montrer différentes situations où l’on peut ressentir l’amour, d’illustrer différents moments où l’amour est présent, en utilisant un vocabulaire précis, évocateur et imagé. Nous avons porté attention à son utilisation du langage littéraire (comparaisons, personnification, expressions, utilisation inventive des verbes…). Nous avons pensé à ces situations et ces moments de leurs vies où ils ressentent l’amour de leurs parents. À partir des cinq sens, les élèves ont trouvé différentes façons de montrer cette émotion. Ensuite, chacun a choisi les phrases qu’il voulait écrire pour sa famille.

Un beau message d’amour loin des « Tu es belle comme une fleur. Je t’aime grand comme le ciel… » et compagnie (des messages tout simples qui font autant plaisir au cœur de maman, évidemment). L’avantage, c’est qu’en réinvestissant directement les notions travaillées en lecture et en écriture dans un contexte collectif d’écriture partagée liée à un événement à souligner plutôt que de faire une activité « à part » pour cet événement, nous favorisons le transfert en donnant une autre occasion aux élèves de s’exercer à l’oral et à l’écrit, et nous leur offrons un étayage supplémentaire pour mieux comprendre l’enseignement afin qu’ils puissent ensuite l’utiliser de façon autonome.

Stratégies tirées de: Units of Study for Teaching Reading, Bigger Books Mean Aming Up Reading Power, Heinemann.

Amour, Matt de la Peña, Éditions D’eux, Sherbrooke, 2019

Les crayons magiques

Un texte de Martine Arpin

Depuis quelques semaines, un questionnement revient dans ma tête:  Qu’est-ce qu’il y a encore à dire sur les ateliers d’écriture? Le blogue est né, il y a cinq ans déjà, d’un constat : Comment se fait-il que nous n’ayons à peu près pas accès, ici, en français, à de telles connaissances sur l’enseignement? Sur l’enseignement de l’écriture, oui, mais surtout, sur l’enseignement tout court. Sur ce que c’est, être enseignant. Il est parti d’un élan de partage, de passion et d’enthousiasme. Le « pourquoi » était là. Un beau terrain, vaste, défriché par d’autres avant nous, à explorer. 

Lire la suite

Partir du bon pied

Un article de Martine Arpin

Il y a quelques années, j’ai lu un entrefilet qui parlait d’un endroit où la tradition était de célébrer en grand la rentrée scolaire, plus que la fin de l’année. Je me souviens d’avoir trouvé ce point de vue intéressant:  les familles, le milieu scolaire, tout le monde faisait en sorte que pour les enfants, une grande fierté soit associée à la rentrée scolaire, au fait de grandir, de se retrouver et d’apprendre plus. On mettait l’accent sur le début d’une belle aventure, qu’il valait la peine de souligner de façon spéciale. Je me rappelle d’une image: les élèves les plus jeunes étaient accueillis par les plus grands, formant une haie d’honneur et applaudissant à tout rompre.

Malheureusement, j’ai perdu la référence de cet article, mais alors que nous commençons un nouveau module, que nous passons des textes narratifs aux documentaires, autant en lecture qu’en écriture, son contenu me revient en tête, et un constat refait surface: commencer un module devrait être aussi excitant que d’en terminer un.

Après avoir célébré tous les apprentissages réalisés pendant quelques semaines, il est aussi important de mettre la table pour ce qui s’en vient. Notre façon d’aborder un nouveau module peut influencer le degré d’engagement de nos élèves pour les semaines à venir.

Bien sûr, on peut souligner la première leçon d’un nouveau module de façon spéciale:  organiser une cérémonie d’ouverture avec coupure de ruban, inventer une chanson, lever nos verres à ce que nous allons apprendre de plus en tant qu’auteurs. Mais au-delà de « l’événement », plusieurs petits gestes, mots et décisions pédagogiques ou organisationnelles peuvent avoir un grand impact:

-À la fin d’un module, préparer notre dossier d’écriture pour le prochain, en vidant tout ce qui s’y trouve, sauf la feuille des défis.Nous en profitons pour vérifier si les défis sont atteints, et si c’est le cas, nous les plaçons sur le côté « défi relevé » pour faire de la place à de nouveaux. Sinon, nous les conservons du côtés « Mes défis » pour ne pas oublier de trouver des moyens de les atteindre dans les prochaines semaines. C’est le grand ménage du printemps pour mieux accueillir la nouvelle saison!

-Nommer aux élèves notre excitation. La façon dont on présente les choses influence la perception des élèves. Notre plaisir et notre engouement à commencer un nouveau module doit être réel et contagieux.

Un écriteau apposé juste à côté de l’étiquette atelier d’écriture de l’horaire de la journée.

-Déplacer les livres de la bibliothèque de classe, mettre en évidence et en valeur le nouveau genre travaillé. Les enfants sont physiquement immergés dans le genre.

-Montrer le ou les livres modèles que nous présenterons, et annoncer qu’ils sont tellement extraordinaires qu’on y reviendra souvent pour apprendre du travail de leurs auteurs. Lorsque les élèves sont familiers avec le contenu des livres que nous utilisons comme textes modèles, ils peuvent se centrer sur les procédés et techniques présentés tout au long du module. Leur présenter aussi d’autres livres intéressants qui seront utilisés pour des lectures partagées ou interactives.

-Processus d’écriture: changer seulement le titre du tableau d’ancrage illustrant le processus d’écriture, pour montrer aux élèves qu’ils pourront s’appuyer sur ce qu’ils connaissent déjà pour bâtir de nouvelles connaissances. 

-Écriture partagée: commencer un texte de classe qui montrera aux élèves la nouvelle structure de texte qu’ils seront appelés à écrire et dont on pourra se servir tout au long du module pour modeler un enseignement, ou pour travailler en petits groupes, individuellement. Choisir un sujet qu’ils connaissent tous (l’école, la cour de récréation, le sujet d’une sortie scolaire ou d’un invité à l’école…), afin qu’ils puissent mettre en commun leurs idées et leurs connaissances pour le contenu du texte.

-Nommer les différences et les ressemblances entre le nouveau genre et le dernier travaillé.

-Penser aux différentes sphères d’un enseignement efficace en littératie:  Par exemple, lorsque nous écrivons des textes informatifs, nous lisons aussi beaucoup de documentaires. Heureusement, les modules sont souvent déjà pensés pour s’aligner. Les élèves ont des documentaires dans leur sac de lecture, ils en lisent à la maison, nous visionnons parfois des documentaires sur différents sujets, les lectures partagées et interactives se font surtout à partir de documentaires et on invite des experts sur différents sujets dans la classe.

-Développement du langage oral:  les discussions, causeries, présentations sont orientées vers le langage du genre que les élèves seront appelés à écrire et à lire. Pour le module informatif, nous dirigeons les discussions vers la présetnation de sujets que les élèves connaissent. Par exemple, dans ma classe, trois fois par semaine, 2 ou 3 élèves parlent d’un sujet sur lequel ils sont des experts. Ce n’est pas une présentation planifiée et préparée durant des jours. Spontanément, l’élève nous enseigne tout ce qu’il sait sur son sujet. Les autres peuvent questionner, réagir, renchérir. Cela ne prend que quelques minutes, mais ces minutes sont précieuses non seulement pour le développement des compétences à l’oral, mais aussi parce elles sont « payantes » dans les autres sphères d’apprentissage: pour donner des idées quand vient le temps d’écrire des textes informatifs, penser à la structure du texte, structurer les phrases, développer le vocabulaire, construire des connaissances qui favorisent la compréhension en lecture…

Comme l’arrivée d’une nouvelle saison, d’une nouvelle étape, d’un nouveau bébé, l’arrivée d’un nouveau module se prépare et se célèbre. Peu importe la façon dont nous soulignons l’événement, chaque petit geste compte pour favoriser l’engagement des élèves (et de l’enseignant.e) nécessaire à l’apprentissage.

La cerise sur le gâteau

Un article de Martine Arpin

La semaine dernière, nous terminions notre premier module des ateliers d’écriture. Alors que j’ouvrais mon cahier de planification pour organiser ma semaine, j’ai vu que j’y avais déjà inscrit la date et l’heure de la célébration. Effectivement, lorsque je planifie un module, je planifie aussi la fin de celui-ci. Dans les premiers jours du module, j’annonce cette date aux enfants. En plus de m’aider à ne pas m’égarer en cours de route, et d’étirer le module en ajoutant, morcelant et reprenant trop de leçons, cela nous permet tous de se centrer sur l’objectif premier de l’acte d’écrire: être lu! 

Ce focus sur l’objectif permet aux élèves de mieux comprendre l’importance de toutes les stratégies, techniques et conventions enseignées. Il permet aussi un engagement réel des élèves, à long terme, puisqu’il crée un changement de perception chez l’enfant :  il ne fait pas les choses parce que l’enseignant l’a demandé, ou pour lui faire plaisir, ou parce que c’est la consigne. Il le fera parce que son texte en a besoin, pour que l’histoire ou l’information ou l’opinion qu’il veut partager soit intéressante pour le lecteur, parce qu’il veut que son texte soit le meilleur possible pour que le monde entier puisse accéder à ce qu’il a à raconter. 

Pour moi, la première célébration de l’année doit absolument refléter cette façon de penser, cet état d’esprit dans lequel je veux plonger les élèves. Au-delà de la fête, la célébration devient donc surtout un moment de réflexion sur le travail accompli et sur celui qui reste à faire, autant pour moi que pour les élèves. Philippe Pollet-Villard l’exprime bien: « Ce n’est pas la destination qui compte, mais le chemin parcouru, et les détours surtout.»1

Et cela se prépare bien avant le jour de la célébration, pas seulement en allant acheter des ballons, de belles nappes, des guirlandes, du jus pétillant et des gâteaux.

Dans la classe, lorsqu’on arrive à la moitié du module, on commence à compter les jours avant la célébration. Cela crée un sentiment « d’urgence » qui est parfois nécessaire pour redonner un peu d’énergie au travail.

La semaine avant la célébration, on prend du temps pour choisir le texte à publier et le réviser plus en profondeur. C’est le moment où les élèves comprennent que publier un texte, ce n’est pas que le mettre au « propre » et le rendre plus beau. C’est un bon moment pour revoir les stratégies de révision, les procédés littéraires enseignés, et les techniques de correction. 

Le choix du texte est important. Il faut enseigner aux élèves à choisir le « bon » texte à publier. Ils ne choisiront pas toujours celui que nous aurions choisi, mais ce sont eux les auteurs, alors ce choix leur appartient. Nous pouvons par contre les guider à faire le meilleur choix. En utilisant des termes spécifiques, nous pouvons diriger leur sélection. Lorsque nous disons aux élèves : « Prenez votre meilleur texte, celui qui démontre tout ce que vous savez maintenant faire comme auteur, et nous allons le travailler encore pour qu’il devienne encore meilleur! », cela sous-entend que son travail est déjà bon. Qu’il vaut la peine qu’on y accorde encore de l’attention. C’est une façon puissante de rendre la révision et la correction contextualisées, nécessaires et positives.

Une image que j’aime utiliser avec les enfants est celle de la préparation d’un gâteau. C’est ainsi que j’amorce le dernier sprint avant la célébration, et ça peut ressembler à ceci:

Quand on veut préparer un gâteau, on doit d’abord choisir celui qu’on veut faire (vous avez commencé par trouver des idées pour votre texte, c’est fait!).

Ensuite, on prépare nos ingrédients, on sort ce dont on a besoin, on se prépare (vous avez planifié ce texte avant de l’écrire, c’est fait!)

Puis, on mélange nos ingrédients (vous avez choisi des stratégies à utiliser, des procédés littéraires, et les avez mis ensemble pour écrire votre texte, fait!) et on s’assure que nous n’avons rien oublié. Est-ce que vous aimez goûter pendant que vous cuisinez? C’est important, n’est-ce pas? Quand on goûte un mélange à gâteau, on peut trouver que c’est trop sucré, ou pas assez, qu’il y a trop de pépites de chocolats, ou pas assez. En relisant la recette, on peut réaliser qu’on a oublié la poudre à pâte, et que même si elle ne goûte rien, elle est importante pour faire « lever » le gâteau… C’est la même chose avec les textes. Regardez les tableaux d’ancrage: Est-ce qu’il y a une stratégie que vous n’avez pas utilisée, ou pas assez, et qui pourrait rendre votre texte plus vivant? Est-ce qu’il y a une stratégie que vous utilisez trop? (dans ma classe, en 2e année, il s’agit souvent des dialogues!!!). Est-ce qu’il y en a une qui ne parait pas beaucoup, mais qui peut faire toute la différence, comme la poudre à pâte (peut-être montrer au lieu de dire, qui est plus subtil dans les texte)? Est-ce que les phrases se lisent bien et que mon texte est clair? Est-ce que ma ponctuation dit au lecteur exactement comment ce texte doit être lu? Cela peut amorcer la période de révision finale, mais amène quand même l’idée que la révision, idéalement, se fait tout au long de l’écriture (comme on goûte pendant qu’on fait une recette de gâteau, pas seulement à la fin).

Puis, on met son gâteau au four. C’est le moment où les règles de cuisson sont importantes. Si je peux jouer avec les ingrédients selon mes goûts, je ne joue pas avec les degrés et le temps de cuisson (les règles et conventions). Cela peut dépendre de mon four (mon niveau, mon âge), mais la base reste la même. C’est le moment de la correction. On vérifie les mots du mur, les mots appris, que tous les mots sont présents, les majuscules… 

Ici, il peut être intéressant de mettre le partenaire à contribution. Plus les élèves sont jeunes, plus ils sont centrés sur ce qu’ils ont voulu écrire et non sur ce qui est réellement écrit (mais c’est aussi vrai pour les grands… et même pour les adultes!). Le partenaire peut aider à voir ce que l’auteur ne voit pas dans son propre texte, autant pour la révision que pour la correction.

Ensuite, on sort le gâteau et il est prêt à déguster. 

Il est prêt. Terminé.

Pas besoin de plus. 

Si on est gourmand, on le laisse refroidir un peu, on le coupe, on le mange, et c’est encore mieux si on peut le partager.

MAIS.

On peut aussi choisir de mettre du crémage. De la crème fouettée. Du coulis au chocolat…

Ce n’est pas nécessaire, mais ça donne un petit quelque chose de plus.

Dans ma classe, le crémage, ce sont tous les petits extras qu’on peut ajouter pour rendre notre texte plus invitant :  la page couverture colorée, les illustrations colorées et détaillées, une dédicace, une maison d’édition (mes élèves ont voté pour Éditions 204!), la quatrième de couverture, les pages de garde. Et surtout, parfois, décider de réécrire une page, ou un texte entier, pour que ce soit plus lisible pour le lecteur. Et dans ce cas, on se fait un point d’honneur de ne pas cacher entièrement la page originale. En ce moment, c’est encore un choix parmi d’autres, et ça ne veut pas dire qu’on ne le fera jamais de façon plus formelle dans l’année. Certains choisiront même de le faire à un autre moment, par souci artistique. Mais pour le moment, on mise sur le travail accompli, alors on ne veut pas le faire disparaitre. On choisit une page sur laquelle on a travaillé tellement fort qu’elle peut être difficile à lire pour le lecteur (encore là, la façon de le présenter est importante), et on place un rabat qui permettra à tout le monde de voir, sous la page copiée, tout le travail accompli. 

L’important, c’est que même dans ce dernier sprint, les options restent un choix pour les élèves. Lorsqu’on leur enseigne, même petits, la raison d’être des choses, quand on relativise l’importance réelle de chaque partie du processus, ils apprennent ainsi à faire de meilleurs choix, des choix intentionnels.

Alors vendredi dernier, jour de célébration, nous avons choisi de mettre nos vêtements préférés. J’ai quand même décoré la classe un peu, après tout, c’est une fête (mais parfois, je ne le fais pas du tout). J’ai affiché la banderole de célébration créée par ma collègue Sara-Emily pour les élèves. J’ai placé les nappes colorées.

J’ai installé devant chaque élève leur premier texte de l’année, écrit les 2e et 3e jours d’école, et leur texte publié, vingt-neuf jours plus tard. Vingt-neuf jours, quand on y pense, c’est vraiment peu dans une année scolaire, et dans une vie d’auteur. Mais la différence entre ces textes est énorme! Le chemin parcouru n’est pas le même pour tout le monde, mais le point commun est que chacun a grandi beaucoup! 

Nous avons repris l’image du gâteau pour faire des liens avec le processus d’écriture. Nous avons revu les tableaux d’ancrage pour se rappeler de tout ce que nous avons appris jusqu’à présent. Chacun a noté ce qu’il fait maintenant qu’il ne faisait pas en début d’année. La liste est longue! Ce constat rend concrète la notion de « grandir en tant qu’auteur ».

Puis, les élèves ont pu circuler pour lire les textes des autres. La moitié de la classe d’abord a joué le rôle de l’auteur, les autres ceux de lecteurs, puis ils ont échangé les rôles, et nous avons levé nos verres à notre santé!

Il n’y avait pas de gâteaux, ni cinquante invités, ni des ballons. 

Les gâteaux, c’étaient nos textes, contenant tout le travail accompli depuis la rentrée. Certains avec beaucoup de glaçage, d’autres moins, mais tous prêts à partager avec la communauté d’auteurs que nous devenons. 

Et la cerise sur le gâteau, c’était de voir la fierté de chacun et de savourer le bonheur d’être ensemble.

  1. Tiré du module en cours d’adaptation: Écrire pour présenter ce qui nous tient à coeur, Chenelière (2020). Philippe Pollet-Villard, Mondial Nomade, 2011, Flammarion.

LA « SCIENCE DE LA LECTURE » N’APPARTIENT À PERSONNE

Par Lucy Calkins (article tiré du site De mots et de craie, http://www.demotsetdecraie.ca)

On m’a demandé de répondre aux tenants de l’approche phonique qui s’approprient le champ de la « science de la lecture ». Je tiens à souligner que la science, et ce peu importe le domaine, n’appartient à aucun groupe en particulier. Moult données mettent en évidence l’importance de la lecture à voix haute, de la compréhension, de l’écriture, d’un bon apprentissage du langage oral, de l’accent mis sur la mentalité de croissance, ainsi que de plusieurs autres composantes d’un bon enseignement. Et, oui, l’approche phonique systématique et explicite fait partie de ces composantes d’un bon enseignement.

Cet exposé sera long et détaillé, et je m’excuse à l’avance. L’enjeu est tellement complexe que je ne connais aucune autre façon de l’aborder.

Pour lire la suite de ce texte, cliquez sur ce lien: http://www.demotsetdecraie.ca/wp-content/uploads/2020/10/CalkinsScience.pdf

Quand le vent souffle

Par Catherine Lapointe

Il y a dans nos classes, des moments non inscrits dans un planificateur scolaire. Des moments d’école avec des ailes d’oiseaux. Une envolée d’écoliers à travers des pages de livres. Des soupirs d’espoir, des mains tendues vers une couverture de livre et des mots suppliés pour une histoire assis en cercle. 

Ce matin-là, j’inscris seulement le mot Lecture à mon agenda. Mes étiquettes de stratégies attendent à côté de mon escalier de lecture. Le petit papier orange collé sur la marche 15 minutes témoigne des traces de notre endurance en lecture autonome de la veille. 

Nous sommes en septembre. Septembre 2020. C’est une rentrée qui joue avec une pandémie. On vit des bulles, nos mains sentent l’éthanol, on court dans des zones, on marche sur des flèches, on apprend le langage des signes des yeux des personnes masquées. 

C’est une époque d’incertitude. Des chassés croisés d’adaptation scolaire. Je dois avouer que certains matins, l’anticipation de lire un livre à mes petits humains est la seule motivation forte que je ressens…

Je m’accroche aux livres comme à des radeaux. Certains comme des bateaux de fortune, d’autres comme de grands voiliers. Je sais la place qu’occupe les livres dans ma vie. Je doute encore de la place dans celle de mes élèves. 

Jusqu’à ce point de bascule.

Période de lecture, donc. Eloïse, 7 ans,  s’approche de moi, franchit la ligne des 2 mètres. Le regard franc, le pas des filles qui veulent tout vivre à la fois.  Elle tient dans sa main (celle qui n’a pas de plâtre), le livre La vie secrète. Les espaces n’existent plus. Le projet est plus fort que le «tape» sur le plancher et c’est très bien ainsi. Elle a besoin d’un bout de papier.  Sur ce papier, elle veut marquer 4 lettres. HUGO. «Madame Catherine, j’aimerais prêter ce livre à Hugo dans l’autre classe. Je sais qu’il aime les histoires de Renard. ».

L’autre classe est une autre bulle. Mais on ne confine pas les initiatives, encore moins celles qui ont comme enjeu un livre.

Ça m’aide à mieux saisir la place qu’occupe les livres dans la vie de mes élèves. Ils sont le symboles des choses qui n’ont pas changées. Leur certitude est rassurante. Les livres sont rassurants. Fidèles, loyales, forts, protecteurs, libres, fous, légers, bons, porteurs…

Les livres portent parfois des messages plus grands que l’histoire elle-même. 

Nous cognons à la porte de l’autre classe. Eloïse, son regard franc et La vie secrète dans sa main, offre ce prêt en quarantaine. Hugo sourit. Ce livre sera un trait d’union, un pont ou une ficelle. Il sera à lui seul cette note sur le frigo: Tu n’es pas seul. Je pense à toi.

Les jours qui suivent, je me place en éveil. Et je me mets à observer nos comportements de lecteurs, nos rituels. Parce que je les juge importants. Éloquents même.

J’observe les lecteurs avides, les lecteurs discrets. Je note des comportements authentiques. De petites fourmis qui fouillent, choisissent dans les bacs à livres partout. Par terre, dans des bibliothèques, dans des paniers suspendus, sur des présentoires, dans des chariots. Je n’ai jamais tout recensé, mais je crois en avoir autour de 400 (j’enseigne depuis 20 ans, j’ai tout investi dans les livres avec mes budgets stagiaires et j’ai couru les marchés aux puces plus d’une fois). Certains sont classés par auteurs, par réseaux littéraires, par illustrateurs, par sujets, par émotions, par questions.

Et d’autres ne sont pas classés du tout. Par manque d’espace ou par pure paresse, je l’avoue. Comme une boîte à surprise. La chasse au trésor d’un livre projeté à l’écran provoque toujours un cri de joie quand un élève le trouve dans ce joyeux fouillis. Juste pour ça, j’aime en égarer quelques-uns dans la classe et les regarder se faire repêcher comme on repêche un homme à la mer. 

Sur mon rebord de fenêtre, j’en fais des murailles d’espace protégé, des montagnes de livres sans fin, des maisons intérieures où les cloches n’existent pas, des piscines sans couloirs. Des libres services dans un dépanneur de livres ouvert 24 heures sur 24.

Les élèves viennent souvent y déposer un livre à lire à toute la classe. J’adore leur demander «Pourquoi lui?». Les livres, c’est collectif. Ça nous réunis autour d’un enjeu commun, comme une gang autour du feu. On partage les découvertes, les fous rire, les réflexions, les émotions. On discute. Sans être toujours d’accord, les livres nous amènent à nous ouvrir sur la vie intérieure des autres, la vie extérieure, nous amène vers d’autres livres et nous poussent même à nous mettre en action.

Un jour, nous avons lu l’album à la chute vertigineuse, Bonhomme de Sarah V. et Claude K. Dubois.  Ce livre a donné une puissance insoupçonnée à l’intention des gestes. Il est devenu un moteur social. Du haut de leurs 8 ans, les élèves ont lancé l’idée de cuisiner des pains pour les sans-abris de la ville de Québec. Merci à ce grand livre. Merci à mes grands lecteurs.

L’intention. Le geste qui pousse à choisir un livre plus qu’un autre, c’est si révélateur aussi. L’identité de mes élèves, je les découvre à travers leur boîte à livres, dans les liens qu’ils font avec les événements de la vie. Comme cet arbre près du boisé où nous allons lire qui, un jour, était marqué d’un triangle rouge. Le lendemain, nous l’avons retrouvé coupé. Un groupe de garçons s’est approché du tronc pour lui rendre hommage, le remercier. Comme dans L’arbre généreux. J’étais soufflée. J’étais remplie surtout. Car il y a tout dans les livres. Avoir des livres, c’est reconnaître que l’on est riches et  équipés!

Équipés oui, mais en toutes circonstance? On nous a toujours dit de ne rien apporter lors d’un incendie. Go on sort en chaussette en laissant Néfertiti le chat à l’intérieur ou en bobette en laissant Tabasco le cochon d’Inde ou Jello de poisson rouge. Mais si on doit se confiner à nouveau, je ne pourrai pas laisser ma matière première en classe. Et je devrai choisir quels livres nous aurons le plus besoin. Nous avons besoin des livres pour grandir. Même à mon âge! Une croissance sans fin avec un terreau littéraire, des vitamines Pierrafeu pour l’esprit. 

Je crois que les enfants ont besoin eux aussi de pousser dans les livres, de s’accrocher à eux comme à de grands voiliers. Car au contact des livres, on se sent enracinés, connectés aux autres, on trouve notre place, on construit un pouvoir sur notre vie, on lui donne du sens ainsi qu’aux événements que nous ne pouvons pas contrôler.

Nous sommes en septembre 2020. Je lis à mes élèves Quand le vent souffle. Cette histoire aux dessins puissants sur le vent, les cycles, la vie. La page où le vieil arbre parle au plus jeune et lui dit que le vent est parfois dévastateur et casse des branches, mais qu’en même temps il disperse les graines qui permettent à d’autres arbres de grandir. Le jeune arbre dit «Que penses-tu du vent?», le vieil arbre répond «Je choisis de l’embrasser». 

Je choisis d’embrasser ce vent de septembre 2020, en serrant très fort dans mes bras mes caisses de livres à l’étiquette «Kit de survie», le regard franc, le pas des filles qui veulent tout vivre à la fois, comme Éloïse. 

Un aperçu d’une quinzaine de paniers à livres ESSENTIELS dans notre classe.

Une soixantaine de livres incontournables.

Une caisse de Marianne Dubuc

  • Le chemin de la montagne
  • Le jardin de Jaco
  • La mer
  • L’autobus

Un panier de Claude K. Dubois

  • Bonhomme
  • Un papa d’aventure
  • Pas belle
  • Cassandre
  • Le jardinier qui cultivait des livres

Un bac de Mario Ramos

  • C’est moi le plus beau
  • Le loup qui voulait être un mouton
  • Mon ballon
  • C’est moi le plus fort

Une boite de Michaël Escoffier

  • L’anniversaire
  • La tarte aux fées
  • On verra demain
  • Tous les mots n’existent pas
  • Tempête sur la savane
  • Le jour où j’ai perdu mes super pouvoirs
  • La petite bûche

Réseaux littéraires «Les murs»

  • Cher Donald Trump
  • Après la chute
  • Au-delà de la forêt
  • De l’autre côté du mur
  • Les deux arbres
  • C’est mon arbre

La séparation et la reconstruction

  • Lili entre deux nids
  • Quand l’amour court
  • C’est un papa
  • Des couleur sur la Grave

Les coups de coeur de Madame Catherine et des élèves

  • Après la chute
  • L’arbragan
  • Le chemin de la montagne
  • Bonhomme
  • Mon frère et moi
  • La case 144
  • Ne laissez pas le pigeon conduire le bus
  • Léo tête en l’air
  • La maison en petits cubes 

Tu as besoin de s’enraciner et de reconnecter

  • Le vide
  • Un grand jour de rien

La nature inspire les humains

  • La milléclat dorée
  • L’arbre généreux
  • Quand le vent souffle

Des documentaires qui n’ont pas l’air de documentaires

  • Le goût des insectes
  • La science du caca
  • Les grosses bêtes de Tatsu Nagata (Thierry Dedieu qui se fait passer pour un scientifique japonais)

Un adulte te racontera (sujets sensibles)

  • Deux garçons et un secret
  • Le garçon invisible
  • Pablo trouve un trésor
  • L’éphémère
  • La croûte
  • Azadah
  • Elliot

Je m’affirme. Je suis unique.

  • Boris Brindamour et la robe orange
  • Ada la grincheuse en tutu
  • Nos héroïnes
  • De petit à grand, David Bowie
  • Les enfants à colorier
  • Ce que j’aime vraiment

L’art dans notre vie

  • Riopelle l’artiste magicien
  • Frida, c’est moi
  • Le gardienne du musée

Être ensemble

  • Le concours de force
  • Bob et Marley Les ricochet
  • S’unir, c’est se mélanger
  • Ce qui nous rassemble

Le livre n’existe pas encore, alors écris-le:

  • Livres des auteurs de la classe (un de mes bacs à livres préférés)

Catherine Lapointe, enseignante de 2e année, septembre 2020

Bâtir une communauté de lecteurs et développer son identité à travers les études

Un article de Martine Arpin

Les ateliers de lecture et d’écriture représentent beaucoup plus qu’une méthode d’enseignement. Derrière toutes les décisions qui modulent nos interventions, il y a une solide philosophie de l’enseignement et de l’apprentissage. L’objectif va bien au-delà d’être « capable de lire ». Quand on veut encourager le plaisir de lire et d’écrire, provoquer un sentiment de nécessité, viser long terme en formant des élèves-lecteurs et non pas nous accommoder simplement de liseurs, faire de nos élèves des lecteurs-pour-toujours (Nadon, 2016), alors la façon d’enseigner est importante.

En lecture, l’une des bases sur lesquelles nous voulons appuyer nos interventions et notre enseignement est la communauté de lecteurs. En créant cette communauté dès la rentrée, en la développant tout au long de l’année et en la valorisant, nous encourageons l’engagement des élèves et le sentiment d’appartenance, et nous jetons les bases d’un environnement qui favorise le questionnement, la réflexion et l’entraide.

À la suite d’une formation sur les études (ou enquêtes) par Kathy Collins au Teachers College de l’Université Columbia en août 2018, mes collègues et moi avons ajouté dans nos classes ce dispositif qui permet aux élèves de mieux se connaitre eux-mêmes et entre eux, qui nous permet de mieux les connaitre aussi, tout en enrichissant et en contribuant à développer notre communauté d’apprenants.

Une étude est une démarche de réflexion évolutive personnelle et collective à partir d’un sujet donné. Le sujet peut venir des enfants :  leurs intérêts, leurs questionnements, leur curiosité naturelle. Elle peut venir aussi de l’enseignant :  ses intérêts, des questionnements, sa curiosité naturelle. Le sujet peut aussi être lié au programme, aux modules travaillés en classe (dans le cas des ateliers de lecture et d’écriture), aux matières, aux mandats de l’école (par exemple aux programmes de sensibilisation à l’intimidation), aux initiatives locales.

Nous avons choisi d’élaborer une série d’études sur l’identité de lecteur, que nous présentons à différents moments de l’année. Une telle étude étalée nous permet de porter attention au lecteur lui-même, de s’intéresser à la personne, en tant que lecteur/lectrice, ainsi qu’aux sujets, aux genres, aux livres, aux attitudes et aux comportements de lecteurs, autant qu’on porte attention aux stratégies de lecture. Lorsque l’enfant inclut dans son identité personnelle une identité de lecteur, alors il reconnait et réalise que cela fait partie de lui, de la personne qu’il est, et non seulement que c’est une partie de sa journée d’école. Il comprend l’apport que cela peut avoir pour lui, pour elle, personnellement, et non pas pour la tâche scolaire à réaliser. Les lectures que nous faisons contribuent à forger notre compréhension du monde et notre identité personnelle : « Notre cerveau semble fait pour ces histoires. Des histoires tellement bien racontées que nous pleurons, rions, sursautons, réfléchissons… même si nous savons qu’elles ne sont pas vraies. Le cerveau, lui, ne fait pas la différence. Et c’est tant mieux. Grâce aux histoires (…) nous faisons l’expérience de la vie de autres pour mieux vivre la nôtre. (…) Les histoires rendent nos vies plus humaines, nous font devenir plus empathiques et humains(Nadon, 2019). Dans le manifeste On a tous besoin d’histoire, Marie Barguirdjian affirme : S’il n’y a certes aucune recette à suivre pour faire découvrir la vie aux enfants, la littérature, par les milliers de petites expériences humaines qu’elle présente dans les histoires, propose des réponses à leurs questions et les soulage. Dans une fiction, le lecteur peut se connecter de près ou de loin à ce qu’il vit. Il reconnaît dans les situations ou les actions de l’histoire des éléments et des émotions proches de son vécu. Grâce à la littérature, l’enfant explore ainsi le frottement entre la réalité et la fiction, un aller-retour qui active sa pensée et enrichit sa connaissance de lui-même .

Riches de ces constats, une étude sur l’identité de lecteur nous apparait importante. Elle contribuera à ce que chacun puisse affirmer son identité dans notre communauté d’apprenants lecteurs.

La première partie de cette étude, qui a lieu durant les premiers jours d’école, part de la question :  « Qui suis-je comme lecteur, comme lectrice? » Nous y présentons, à partir de livres  à propos des livres , diverses questions qui amènent les élèves à réfléchir sur eux-mêmes en tant que lecteur, à échanger avec les autres et avec leurs familles à ce sujet. Nous en profitons pour présenter le Carnet de lecture et mettre en place différents comportements et habitudes de lecteurs qui seront importants durant l’année pour le bon fonctionnement de l’atelier de lecture. Chaque jour, nous y consacrons quinze à vingt minutes, incluant la lecture de l’album lorsque c’est le cas.

 

 

 

 

 

 

 

Voici un exemple de ce à quoi cette étude peut ressembler sur 5 jours (cliquer sur le lien):

Étude identité de lecteur, partie 1

Durant les études, et tout au long de l’année à d’autres moments, des entrées dans le carnet de lecture permettront de laisser des traces de cette identité de lecteur qui se construit. Par exemple, après la lecture d’un livre ou d’un chapitre, les élèves peuvent faire un croquis pour représenter ce qui les a marqué, une information importante pour eux, la partie la plus importante du récit selon eux, les émotions que la lecture leur a fait vivre, une leçon de vie apprise, un lien avec leur propre vie. Plus les enfants sont jeunes, plus l’utilisation du croquis est importante :  le visuel est la représentation de la pensée, permettant ainsi l’évolution de la réflexion.

Pour poursuivre dans la même lignée, nos prochaines études seront autour du thème de la communauté, des discussions autour du livre, de l’engagement à la lecture et de la façon dont les livres peuvent changer nos vies (article à venir).

Dans notre horaire chargé, nous sommes toujours à la recherche de ce que nous pouvons faire en classe qui maximisera notre temps d’enseignement. Nous voulons donc adopter des pratiques qui agiront en synergie et qui s’enrichiront les unes et les autres. Dans cette optique, les études sont une valeur ajoutée à notre enseignement. En touchant la construction de l’identité, le développement de la communauté, et les apprentissages, elles nous permettent de faire des liens, favorisant le transfert des apprentissages en contexte authentique, contribuant à créer une ambiance riche et positive et encourageant la réflexion et l »autorégulation, permettant ainsi à chacun d’être reconnu et apprécié à sa juste valeur, pour la personne qu’il est et pour celle qu’il est en train de devenir.

 

Références:

Planification  des questions d’étude : Julie Bouchard, École À l’Orée-du-Bois.

Comme un roman, édition anniversaire, Daniel Pennac, D’eux, 2016

Que sait la littérature?, Collectif sous la direction de Normand Baillargeon et Kateri Lemmens, Leméac, 2019

Pour une lecture à la maison : https://enclasse.telequebec.tv/contenu/papa-maman-nos-livres-et-moi/1455

 

Lâcher prise

Un article de Martine Arpin

Enseigner virtuellement, c’est aussi apprendre à lâcher prise.

On peut bien préparer un Padlet incluant une multitude d’outils pratiques et d’informations: les tableaux d’ancrage de la classe, des consignes précises pour la lecture à soi, des activités numériques et/ou à imprimer pour rejoindre les demandes et les besoins des parents, des idées pour travailler les mathématiques dans la vie de tous les jours, des livres numériques, des capsules d’enseignement de mini-leçons en écriture préenregistrées, etc…

Lire la suite

Faire autrement pour nos lecteurs et nos auteurs dans un nouveau contexte de classe

Par Marlyn Grant et Isabelle Robert

Dès que nous avons su que nous allions retourner en classe, nous avons commencé à réfléchir à comment organiser le tout.  Dans ce contexte si contraignant, que peut-on faire et comment allons-nous nous y prendre? On se retrouve avec une toute nouvelle réalité de classe, mais nos croyances demeurent les mêmes.

Tout d’abord les livres

Oui, s’il y a une chose qu’on peut donner aux élèves, ce sont bien des bacs remplis de livres. Des livres variés, colorés, drôles… pas juste nivelés. Nous avons choisi de former trois catégories de bacs de livres qui seront remis à nos élèves, selon le niveau de leurs lectures.

  • Des bacs pour les lecteurs débutants (livres avec une phrase et des illustrations aidantes ou facilitantes) ;
  • Des bacs pour les lecteurs qui lisent avec de plus en plus de fluidité (livres contentant plus d’une phrase, mais assez simples à lire, avec des illustrations qui peuvent soutenir le texte) ;
  • Et enfin, des bacs pour les lecteurs plus avancés, avec des livres correspondants à ce niveau de lecture.

Évidemment, dans chaque bac, nous ajouterons des livres informatifs très illustrés (peu importe le niveau de lecture), des livres qu’on a lus cette année, des classiques, des nouveautés, des bandes dessinées. On s’assurera d’offrir à chaque élève un choix varié et une quantité suffisante de livres (environ une quinzaine) pour qu’il n’en manque pas au cours de la semaine. Ce bac restera à côté de l’élève et l’accompagnera du lundi au vendredi. Les livres prendront une pause pendant la fin de semaine et hop, le lundi suivant, le bac ira à côté d’un autre lecteur qui lit des livres d’un niveau de lecture similaire.

Quand le lecteur recevra son bac, il pourra feuilleter les livres qu’il contient et planifier l’ordre dans lequel il les lira. Il pourra tenter de classer ceux qu’il peut lire facilement, ceux qu’il lira au retour des récréations, ceux qu’il utilisera pour travailler certaines habiletés (comme l’aisance-fluidité et l’expression) ou tout autre classement qui lui viendra en tête.

À la fin de la semaine, il serait intéressant d’inviter chaque élève à écrire une critique littéraire à propos d’un livre qui se trouve dans son bac et qu’il a beaucoup aimé, un livre qu’il l’a fait rire, qu’il lui a fait découvrir de nouvelles informations ou pour toute autre raison. Il pourrait y attribuer des étoiles pour indiquer son niveau d’intérêt. Et pourquoi ne pas laisser ce texte dans le bac pour le prochain lecteur ? Quelle belle occasion de travailler l’écriture du texte d’opinion! On pourrait certainement planifier quelques leçons à ce sujet et utiliser des textes modèles divers pour s’inspirer. C’est le temps d’être créatifs!

Voici quelques suggestions de livres qui pourraient se trouver dans les bacs. Comme vous le verrez, il est possible de planifier le contenu des bacs avec une intention précise. Les exemples s’adressent à des élèves de première année, mais vous pourrez les adapter à votre niveau d’enseignement.

  • Des albums du même auteur

Par exemple, les albums de Jean Maubille qui sont habituellement des textes répétitifs, drôles et faciles à lire. Pendant la semaine, on peut faire la lecture à voix haute de quelques albums de cet auteur. Par la suite, on pourra comparer ces lectures avec les livres du même auteur qu’on a déposés dans les bacs des élèves.  Ensemble, on pourra dégager ce que l’on a observé à propos de l’auteur et partager nos passages préférés. Chaque élève pourra aussi s’exercer à lire le livre de son bac avec une voix de vedette. À la fin de la semaine, on pourra faire une célébration. Ceux qui le désirent pourront lire leur livre à voix haute sur leur chaise. Les autres élèves pourront commenter, complimenter, donner une rétroaction. C’est possible aussi de s’inspirer de l’auteur pour écrire un peu à la manière de…

  • Des albums sans texte

La mer de Marianne Dubuc, La vague de Suzy Lee, les BD de Petit poilu, Les trois petits cochons de Rascal, Dessine de Bill Thomson, etc. On peut lire les images, rédiger sur des papillons adhésifs ce que l’auteur aurait pu écrire, développer les compétences à communiquer oralement en racontant l’histoire… On peut aussi proposer aux élèves de devenir des auteurs d’albums sans texte.

  • Des livres de poésie (ou des albums écrits de façon poétique)

Par exemple, la collection Clin d’œil chez Isatis ou Poésies pour la vie de Gilles Tibo. Encore une fois, on pourrait s’en inspirer pour écrire ou pour réciter des poèmes.

  • Des albums d’une même collection

Éléphant et Rosie sont vraiment bien pour travailler les dialogues entre les personnages. Les livrets des éditions Fonfon  (Claudia, Robert, etc.) sont vraiment bien pour écrire de courtes phrases à propos de soi.

  • Des documentaires

Choisir des livres d’informations qui traitent d’un même sujet et en déposer un dans chaque bac. Par exemple, choisir des livres sur les bestioles, sur les planètes, des livres de la collection Tatsu Nagata, etc. On peut faire une écriture partagée à partir des informations trouvées dans les livres ; l’enseignant.e tient le crayon et les élèves partagent les idées.

Nous savons qu’il faudra beaucoup, beaucoup de livres pour bien garnir les bacs de lecture en temps de distanciation sociale, mais ce sera possible, car nous aurons moins d’élèves. Et la bibliothèque de l’école étant fermée, c’est un bon temps pour aller la dévaliser.

Une autre idée que nous avons eue est d’ajouter une fiche cartonnée dans le bac de lecture de chaque élève pour qu’il puisse se faire une liste des livres qu’il aimerait avoir dans son bac la semaine suivante. Peut-être que ce sera un livre lu à voix haute, le tome 2 d’une série, un livre d’un auteur qu’il aime, un documentaire sur un sujet précis, un livre suggéré par un autre élève… Bref, une façon de choisir un peu lui-même les livres pour lesquels il a de l’intérêt. Cette liste nous permettra de nous aider bonifier le bac et à le personnaliser au gout de l’élève.

 

La période de lecture autonome

L’élève devra rester à sa place, on le sait. Toutefois, plusieurs positions de lecture sont tout de même possibles. Il pourra rester sur sa chaise, la tourner pour s’assoir à califourchon, s’assoir sous la table sur un agenouilloir de jardin (ce qui donne l’effet de lire dans une cabane). Et pourquoi ne pas s’assoir sur la table si celle-ci est bien stable ? Selon la configuration de la classe, est-il possible  pour ceux qui sont placés à l’avant de la classe de passer sous leur table pour s’assoir dans une chaise coquille sans être dans la zone d’un autre ami? Est-il possible pour ceux qui sont placés à l’arrière de la classe d’avoir suffisamment d’espace derrière eux pour s’installer dans un petit siège de ce genre ? Essayer différentes positions de lecture prendra quelques jours, mais quand ce sera fait, on pourra se fixer des défis d’endurance en lecture comme on le faisait au début de l’année.

Pour les ateliers de lecture et d’écriture

Étant donné qu’on ne pourra pas se rassembler, il faudra faire preuve de créativité pour former une communauté de lecteurs et d’auteurs à distance. Peut-on créer un petit rituel (une chanson, une comptine…) pour marquer le début de la leçon? Permettre aux élèves de s’assoir sur la table ou le pupitre (si le mobilier est stable) durant la leçon? Se fabriquer une couronne Auteur au travail ou Lecteur au travail pour accompagner les périodes d’ateliers? Nous croyons qu’il est important de s’assurer de marquer, d’une façon ou d’une autre, le début de l’atelier.

En ce qui concerne les leçons, nous croyons que la caméra document sera un incontournable. Lors de la partie Engagement, les discussions entre partenaires seront faites à distance, alors les tandems seront choisis principalement selon l’emplacement des élèves dans la classe. Il est certain que ces échanges se dérouleront à un plus haut niveau sonore, mais nous savons à quel point il est important de les maintenir.

Il faudra sans doute procéder différemment pour les tableaux d’ancrage si on a plusieurs élèves qui se trouvent très loin dans la classe. Nous avons pensé les créer dans un format de 8 ½ x 11 sous la caméra  document pour les projeter au TNI. Tout au long de la semaine, durant la période de travail autonome (en lecture ou en écriture), ils seront ainsi visibles au TNI. À la fin de la semaine, il sera facile de les imprimer et d’en remettre une copie à chaque élève.

Pour la Mise en commun de l’atelier d’écriture, puisque nous aurons difficilement accès aux textes des élèves afin de donner de la rétroaction, et qu’ils ne pourront pas recourir aux conseils de leur partenaire,  nous pensons qu’il sera important d’offrir plus de temps au partage en grand groupe du travail fait durant la période d’atelier. Permettre à un auteur de monter sur sa chaise et de lire à voix haute ce qu’il a écrit, parler de son processus, recevoir des compliments et des conseils pour la suite du travail sera sans doute une bonne formule. Il sera aussi possible de procéder ainsi lors de l’Enseignement de mi-atelier. Privilégier la rétroaction plutôt que l’enseignement durant cette pause de mi-atelier sera une option gagnante à notre avis. Ces moments de partage seront importants pour prendre en note les besoins des élèves afin de planifier les prochaines leçons.

La Mise en commun de l’atelier de lecture sera aussi un moment privilégié pour permettre à un élève de lire à voix haute un extrait de son livre, de faire le rappel de l’histoire, de partager ce qu’il a appris, de parler des personnages. Il y a plusieurs possibilités, mais on tentera d’être en lien avec la leçon du jour. Se mettre debout derrière sa chaise ou monter sur celle-ci pour partager nous semble être aussi une belle idée pour cette mise en commun.

La lecture à deux sera un beau défi. Est-ce que lire à deux à distance est réaliste? On le verra bien en l’essayant. Il faudra établir des règles et modéliser différentes possibilités. Et s’ajuster, c’est certain. Pourquoi ne pas offrir des livres jumeaux pour permettre aux élèves de lire ensemble, en étant éloignés, et de discuter d’une même lecture ?

Pour les entretiens, dans un monde idéal de distanciation sociale où tous les élèves auraient accès à une tablette électronique, on pourrait organiser des visioconférences pendant la période de lecture ou d’écriture autonome. Des rencontres entre partenaires peut-être…  Il y a certainement des avenues à explorer de ce côté si ce matériel est accessible à vos élèves.

Publier les textes plus fréquemment est une bonne idée pour avoir accès à ceux-ci de plus près.  Si les publications reposent sur les tables pendant la fin de semaine, au retour, on pourra les récupérer et les étudier attentivement afin de cibler les besoins et d’ajuster notre enseignement. On pourrait choisir de déposer les textes des élèves sur une plateforme numérique utilisée par la classe (Seesaw, Padlet, etc.) De cette façon, les élèves auraient facilement accès aux textes de leurs pairs. Ceux-ci pourraient aussi être partagés à la maison et les parents pourraient être invités à y laisser des commentaires.

En lecture, établir un rituel festif de partage entre lecteurs sera bien pour la communauté que nous sommes, car nous craignons que l’aspect social de la lecture perde un peu de plumes.  Nous multiplierons les moments où les élèves feront la lecture à voix haute aux autres élèves de la classe. Ce sera une occasion d’apprentissage pour développer l’aisance-fluidité et la lecture expressive. Ce sera également une opportunité pour partager un coup de cœur littéraire et pour donner le gout aux autres lecteurs d’ajouter ce livre sur la liste de ceux qu’ils aimeraient retrouver dans leur bac la semaine suivante. On pourrait instaurer Le vendredi partage!

Comme vous le voyez, il existe des façons de faire qui seront différentes, mais qui conviendront à cette nouvelle réalité si contraignante. Vous avez surement pensé à de nouvelles façons de faire, vous aussi. Réinventons l’école. Ce ne sera pas pareil. Beaucoup de deuils à faire. Comme le dit Richard Robillard, psychopédagogue, on doit être positif et optimiste face à la réalité. La bienveillance, la joie, le partage feront partie des ingrédients essentiels de ce court chapitre. L’important est que les élèves y trouvent des repères. On fera du mieux qu’on peut. On accueillera tout ça et on s’applaudira haut et fort sur l’incroyable capacité d’adaptation que nous avons, nous, les enseignant.e.s.

Bon retour collègues !

 

 

 

Un bon moment pour réfléchir sur ses pratiques

Un article de Martine Arpin

Série Réflexions pédagogiques en temps de pandémie

Les nouvelles réalités d’accompagnement de nos élèves font ressortir certaines compétences qui ne sont pas nécessairement les mêmes qu’en classe, ou qui prennent une importance différente. Tout en restant fidèle aux valeurs et aux croyances pédagogiques qui animent notre enseignement en classe, on doit planifier notre enseignement différemment, s’organiser différemment, utiliser ce que nous avons à portée de main ou d’écran. Mais surtout, on doit être vraiment efficace, précis et concis dans notre enseignement. C’est vrai dans la classe, ça l’est encore plus virtuellement.

Lire la suite

Rendre l’enseignement virtuel aussi magique que possible

Série Réflexions pédagogiques en temps de pandémie

Un article de Martine Arpin

« Tout ce qu’on fait depuis toujours pour les ateliers de lecture et d’écriture mène à ce moment que nous vivons. C’est maintenant que ça arrive ! C’est le moment où les élèves peuvent pleinement prendre conscience, ainsi que les enseignants, de ce que signifie : “Tu es l’auteur de ta vie ! Tu as une vie de lecteur !”. » Lucy Calkins

Lire la suite

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑