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Les ateliers d'écriture et de lecture au primaire

Inspiré de la démarche des Units of Study du TCRWP

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L’oral au service de l’écrit

Un article de Martine Arpin

Un jour, il y a quelques années maintenant, une collègue est entrée au salon du personnel durant la récréation en nous disant: « Je me demande bien combien je vais avoir pour ma présentation orale aujourd’hui! » Nous avons éclaté de rire. Évidemment, elle avait travaillé fort pour aider son fils, alors en première année, à préparer sa présentation: l’affiche (ce n’était pas encore l’époque du power point sur la clé USB, ni de WeTransfer, et encore moins de Teams), les photos, les dessins, les mots-clé, et beaucoup de pratique à la maison devant la famille et les peluches. Après avoir rigolé, nous avons quand même réfléchi à ce que cette situation disait sur nos pratiques face à la communication orale.

Quelques temps après, je me revois, un dimanche soir, avant l’histoire et la chanson du dodo, demander à mon fils, alors en première année, ce qu’il va raconter de sa fin de semaine lors de la causerie du matin. Il me répond: « Ben, la même chose que d’habitude! Que j’ai joué au hockey! » Et moi je lui rappelle tout ce qu’on a fait cette fin de semaine-là: pris le traversier avec des amis, cueilli des pommes, fait un pique-nique, cuisiné ensemble… Mon amoureux, discret sur le bord de la porte, me dit que franchement, il ne doit y avoir qu’un prof de première année pour préparer son enfant à la causerie du matin… En racontant cette anecdote aux copines à l’école, on a bien rigolé (c’est souvent comme ça…). Et nous avons encore réfléchi à ce que cette situation disait de nos pratique à la communication orale.

Nous nous sommes penchées sur ces pratiques. Celles que nous avions étaient celles répandues à l’époque. Nous sommes retournées dans le programme. Nous avons réfléchi au quoi, au pourquoi et au comment.

Qu’est-ce que l’expression orale?

Dans nos pratiques, que mettons-nous en place présentement?

Pourquoi?

Que voulons-nous développer chez les élèves?

Comment le faisons-nous présentement?

Pourquoi le faisons-nous ainsi?

Comment faire mieux?

Les principaux problèmes que nous avions étaient ceux-ci:

-peu des interactions planifiées ou évaluées étaient authentiques,

-les élèves avaient peu de temps de pratique régulière,

-nos méthodes consommaient beaucoup de temps à l’horaire pour peu de développement de la compétence,

Nous sommes parties de ces problèmes pour effectuer les changements nécessaires. Dans ma classe, ça se traduit ainsi:

Mon presque meilleur changement à vie: Fini la causerie le lundi matin! Pour moi, ce moment était non seulement dévoreur de temps, mais aussi énergivore! Et avec raison, quand on y pense. Écouter 20 élèves parler chacun leur tour de leur fin de semaine, de façon pas toujours cohérente ni audible, et souvent répétitive… moi-même, je trouvais ça long. Un passage obligé. Alors un enfant de 6 (ou même 10) ans? Ça devenait plutôt un problème de discipline….Maintenant, les élèves peuvent se raconter leur fin de semaine lors de la collation, et moi je circule parfois pour écouter, m’intéresser, échanger avec eux. Mais pas toujours.

J’ai plutôt remplacé ce long moment par plusieurs petits moments dans la semaine. Chaque jour, ça fait partie de notre routine, au début du rassemblement du matin, quatre élèves prennent la parole sur un sujet donné. En début d’année, je l’appelle la jasette du coeur. Nous parlons de nos jeux préférés à la récréation (cela permet en même temps d’apprendre à se connaitre, de découvrir des intérêts communs, de faire des liens, de trouver un ami sur la cour de récréation quand on se sent seul…). Nous parlons de nos familles, de nos animaux de compagnie. Dans le plan de travail à la maison, j’ai ajouté cette année La discussion en famille. Les parents sont invités à discuter avec leur enfant de différents sujets, et ils savent que nous en discuterons en classe: jusqu’à présent, nous avons parlé de l’histoire du prénom des enfants et de leurs « superpouvoirs » (un talent, puis une qualité, quelque chose qui ne se voit pas mais qui fait du bien aux autres).

Quel est mon super pouvoir?, Aviaq Johnston et Tim Mack, Les Malins. Cet album est magnifique et en plus, parfait pour aborder une discussion sur les talents et les qualités personnelles ce chacun.

Un peu plus tard, on l’appelle la jasette du jour, et les sujets sont centrés sur notre travail lors des ateliers d’écriture. Quand nous travaillons les Petits moments, alors chaque élève, à son tour, raconte un petit moment qui lui est arrivé. Quand nous sommes dans les livres informatifs, alors chaque élève nous enseigne quelque chose sur un sujet qu’il connait. Pour les textes d’opinion, nous parlons de nos préférences. Nous partons d’albums pour construire et partager une opinion, et la justifier.

Cette façon de faire comporte plusieurs avantages: elle favorise la capacité d’écoute, et permet ainsi de développer cette compétence. Elle me permet de travailler la structure de phrase et du discours dans la zone proximate de développement de chacun. Elle donne un contexte authentique de discussion. Elle renforce notre communauté parce qu’en apprenant ainsi à se connaitre dans différents aspects de leur vie, les élèves prennent conscience qu’ils ont des points communs avec d’autres vers qui ils ne vont pas nécessairement. Elle fait aussi un pont vers l’atelier d’écriture et leur travail d’auteur: trouver des idées (souvent, leur sujet de discussion devient le sujet de leur prochain texte, et donne même des idées aux autres), une occasion de planifier et de s’exercer à l’oral avant d’écrire, une façon de travailler la structure à l’oral, ce qui aide automatiquement l’écrit, puisque les élèves peuvent écrire ce qu’ils peuvent dire. Elle offre plusieurs occasions d’enseignement des comportements d’écoute et de prise de parole.

En deuxième année, notre routine du matin commençait toujours par la Jasette du livre, où les élèves discutent du livre lu la veille à partir d’un tableau d’ancrage de sujets de discussion qui s’enrichit au fil du temps et des leçons de lecture. Cela permet non seulement de parler des livres, mais aussi de favoriser un engagement dans la lecture à la maison. On a une obligation envers son partenaire!

Aussi, après une lecture à voix haute interactive, nous favorisons les discussions de groupe sur un sujet donné ou choisi par les enfants, en lien avec la lecture. En choisissant soigneusement les livres, nous pouvons soutenir la profondeur des discussions.

Un petit geste, Jacqueline Woodson et E.B. Lewis, Éditions d’Eux.

Les clubs de lecture sont aussi propices à enseigner et s’exercer à la discussion:

Nous prenons aussi du temps en classe pour enseigner explicitement les stratégies de prise de parole et d’écoute. Les ateliers d’écriture et de lecture, en favorisant les échanges avec les partenaires, donnent aussi plusieurs occasions de le faire. Si on veut organiser une présentation plus traditionnelle, nous prenons le temps de modeler ce qui est attendu. Par exemple, nous pouvons célébrer le module des textes informatifs en donnant du temps en classe pour permettre aux élèves de présenter le sujet de leur livre informatif à la façon de l’émission « Découverte », en se filmant. On peut ensuite envoyer les vidéos aux parents. Et cela n’empêche pas qu’une fois dans l’année, les élèves préparent une présentation orale à la maison, avec leurs parents. Une autre occasion de s’exercer.

Quand on enseigne, on aurait toujours besoin d’une période de plus, ou d’une journée de plus dans la semaine, pour tout faire ce que nous aimerions faire avec nos élèves. Le temps est précieux. On doit miser sur des pratiques efficaces. Si en plus ces pratiques s’enrichissent l’une et l’autre, nous sommes gagnants sur toute la ligne et nos élèves aussi. Chaque fois que nous mettons en place un dispositif, et même pour ce que nous faisons de façon instinctive, il vaut vraiment la peine de se questionner sur la pertinence et l’effet de rayonnement de celui-ci. Réfléchir en équipe sur le quoi, le comment et le pourquoi peut nous aider à mieux choisir et à orienter nos décisions.

Quand au développement de la compétence à l’oral, quand j’entends mon ado me répondre en mono-syllabes, je me demande parfois pourquoi on met autant d’efforts… Et j’essaie de ne pas oublier que nous semons de petites graines, et que la raison pour laquelle nous portons autant d’attention à nos pratiques, c’est que cette base doit être solide pour passer à travers les tempêtes. Parce qu’après l’hiver de l’adolescence, ce sont toutes ces petites choses qui ont solidifié la base qui remonteront à la surface, comme une fleur au printemps… Et quand je vois mon fils être capable de s’exprimer devant mes copines de façon intelligible et intelligente, en leur racontant sa nouvelle saison de hockey, je me dis que tout n’est pas perdu, que la vie nous ramène d’elle même à la base, et que peu importe tout ce que nous faisons, notre famille n’échappera jamais aux discussions sur le hockey…

Aider les élèves à faire mieux

Un texte d’Isabelle Robert

Ça y est! L’année scolaire est bien commencée maintenant. Il est étonnant de constater à quelle rapidité les élèves font de nouveaux apprentissages. Chaque jour, mes élèves de première année apprennent quelque chose de nouveau. En lecture… en écriture… en mathématiques… et dans toutes les autres matières, sans oublier les relations sociales avec leurs pairs.  Ça fait de nombreux apprentissages pour une seule journée. Beaucoup d’apprentissages à chaque semaine. Il est normal de répéter, car les enfants oublient des choses parmi toutes celles qu’ils apprennent

Garder des traces des stratégies à mettre en pratique pour faire de nouveaux apprentissages s’avère essentiel afin de s’assurer de garder en vie tout ce qu’on apprend. Les tableaux sont des outils parfaits pour ça. Ils sont élaborés pour soutenir les élèves dans le développement de leurs compétences, pour les aider à se rappeler comment utiliser une stratégie et comment aller plus loin. Quand je vois des élèves mettre en pratique une même stratégie depuis quelques jours, je me pose toujours la question : « Est-ce qu’ils savent comment faire mieux? » C’est alors l’occasion d’être encore plus explicite dans l’enseignement d’une stratégie importante qui peut faire une différence dans leur travail. Les tableaux d’ancrage de démarche et les tableaux de microprogression sont des outils vraiment utiles pour y arriver. Ces tableaux rendent explicites les étapes du développement d’une habileté. Élaborés avec les élèves, ils sont encore plus efficaces.  

Voici quelques exemples de tableaux que j’utilise en classe pour aider mes élèves à voir comment faire mieux.

Avec mes élèves, nous avons élaboré le tableau de microprogression À quel point j’enseigne à mes lecteurs parce que je voulais les voir écrire un plus grand volume d’écriture sur chacune des pages de leur livre. Nous avons déterminé ensemble les étapes à franchir pour y parvenir. La première étape, destinée aux élèves en début d’apprentissage, consiste à écrire au moins trois étiquettes par page. Pour ceux qui maitrisent déjà cette étape, nous avons déterminé qu’écrire une phrase sera l’étape suivante. Et enfin, pour les scripteurs plus habiles, nous avons établi qu’ils peuvent penser à ajouter plus de phrases pour enseigner davantage aux lecteurs (texte informatif). Tous les élèves peuvent se situer dans ce tableau et sont en mesure de voir ce à quoi ressemble la prochaine étape.

Le tableau d’ancrage de démarche Quand j’écris… a été conçu pour un petit groupe d’élèves qui oubliaient d’écrire les étiquettes, car ils se concentraient sur l’écriture des phrases. J’aurais laissé passer cet oubli, mais je trouvais important qu’ils s’exercent encore à écrire des mots nouveaux de façon isolée pour prendre en note leurs connaissances sur les habiletés phonémiques et graphophonétiques. Ce tableau est donc très utile pour ces élèves.

En lecture, on amène rapidement les élèves à observer les lettres et à utiliser leurs connaissances graphophonétiques pour lire les mots.  Je voulais rendre cette stratégie plus explicite en illustrant le genre de travail qu’on peut faire pour reconnaitre un mot nouveau. Faire le son de la première lettre est un bon départ, mais on souhaite que l’élève regarde plus loin dans le mot pour, éventuellement, se rendre à la fin. Grâce au tableau Je fais le son des lettres, les lecteurs de la classe ont pu réfléchir à ce qu’ils font comme travail en ce moment et ils sont invités à tenter d’aller toujours un peu plus loin dans le mot.

Le tableau d’ancrage Pour rester dans ma bulle de lecture a été conçu parce que mes élèves avaient du mal à se concentrer lors de la période de lecture autonome. On a réfléchi ensemble à ce qu’on devait faire pour être dans une classe qui permet aux lecteurs de rentrer dans leur bulle de lecture, car il est important de s’exercer plusieurs minutes par jour pour grandir en tant lecteurs. Avant ce moment de réflexion, la période de lecture autonome était bruyante, certains élèves se levaient inutilement, d’autres prenaient des livres de leur bac sans vraiment les lire… Bref, l’endurance en lecture ne progressait plus et je devais gérer le groupe, ce qui me laissait peu de temps pour m’entretenir avec mes élèves. À partir du tableau, chacun a réfléchi à ce qu’il fait déjà très bien, pour ensuite réfléchir à ce qu’il trouve plus difficile. Par la suite, chaque élève a choisi un défi à relever pour améliorer son comportement de lecteur et a reproduit le pictogramme de ce comportement sur un papillon adhésif qu’il a collé dans son dossier de lecture.

Ce qui est bien de ces tableaux, c’est qu’ils conviennent à tous les niveaux d’élèves que j’ai en classe, car ils sont conçus pour eux et avec eux. Certains tableaux montrent le chemin à suivre pour progresser. D’autres tableaux démontrent explicitement ce qu’on attend d’eux. À l’aide de ces tableaux, les élèves peuvent se fixer des buts pour augmenter d’un cran ce qu’ils font déjà. Comme tous les autres outils que j’offre à mes élèves pour les soutenir dans leurs apprentissages, ces outils sont temporaires. Prendre un peu de temps pour concevoir de tels outils fait une grande différence pour favoriser l’apprentissage, l’autonomie et l’engagement des élèves.

Une identité d’auteur-e et de lecteur-lectrice

Un texte de Marjorie Kuenzi

S’interroger sur son identité est devenu plus présent dans notre société suite au confinement, à l’école à distance, au mouvement Black Lives Matter ou à bien d’autres évènements… Ces derniers nous font nous interroger sur nos valeurs, nos aspirations, ce qui est important pour nous et où se situe-t-on par rapport à tous cela ? Nos réalités diffèrent selon les écoles dans lesquelles nous intervenons, les quartiers où nous vivons, les personnes que nous côtoyons, tout cela prend part à forger notre identité. 

 Mais quel est le lien avec les ateliers de lecture ou d’écriture me direz-vous ? 

Réfléchir à son identité personnelle permet aussi de mieux définir son identité d’auteur-e ou de lecteur-lectrice. 

Alors comment évoquer la notion d’identité avec les élèves et dans quels buts ? 

1- Pour faire connaissance!

En début d’année, chaque enseignant réfléchit à des activités pour faire connaissance, construire une communauté dans sa classe. Cette année, j’ai proposé à mes élèves de se présenter sous forme de carte mentale (mind map). Cela pourrait également se faire avec des dessins, des photos ou une liste. J’ai préparé la carte mentale de ce que j’avais envie de partager de mon identité, ce qui a permis aux élèves d’observer les éléments présents ou qui pourraient y figurer. 

Une liste a été effectuée des éléments pouvant parler de notre identité : 

  • Ce que j’aime
  • Ce que je n’aime pas
  • Musique
  • Sport
  • Animaux
  • Ce que je préfère (couleur, nourriture, livre, sujet,…)
  • Religion
  • Langue(s)
  • Age
  • Genre
  • Famille
  • Origine
  • Physique
  • Activités
  • Amis
  • Difficultés
  • Qualités

Chaque enfant a réalisé sa propre carte. En voici quelques exemples : 

Cette carte a trouvé sa place dans la pochette d’écriture et sera complétée au fur et à mesure de l’année selon les besoins et les envies. 

2. Proposer des livres, des thèmes qui peuvent intéresser nos élèves.

Connaître les goûts, les activités et les origines de nos élèves permet de leur mettre à disposition des livres miroirs (dans lesquels ils pourront se retrouver) ou des livres fenêtres (avec lesquels ils pourront effectuer des découvertes).

3. Avoir des discussions sur les lectures à haute voix que l’on effectue ensemble.

Réfléchir à ce que l’on est pour ensuite définir pour chacun d’entre nous si c’est un livre miroir ou fenêtre et échanger à ce propos pour continuer à se construire. 

4. Générer des idées d’écriture en pensant à son identité, pour trouver des idées en regardant sa carte ou son collage photo. 

Pour ceux qui lisent en anglais, voici un magnifique album qui questionne l’identité : 

Outside, Inside de LeUyen Pham 


À découvrir sur youtube.com/watch?v=odYlqOZsg_g
 
Et vous qu’elle est votre identité ? 

 

Telle une feuille qui tourbillonne dans le vent

Un texte d’Isabelle Robert

Voilà! Les sept premiers jours d’école viennent de défiler au milieu d’un grand tourbillon. Des jours précieux à faire connaissance, à installer des routines, à permettre aux élèves de s’approprier leur nouvel environnement et l’horaire d’une journée de première année, à instaurer de nouvelles façons de faire, à mener les premières activités d’apprentissage et surtout, à créer des liens entre nous. Des jours essoufflants, des jours pleins d’espoir, des jours inégaux, des nuits courtes à revoir mon plan de match.

Mais chaque jour, nous avons lu des histoires (d’ailleurs, Mathieu Lavoie est la vedette de l’heure de la classe!!!), parlé des auteurs que l’on connait, parlé de nos livres préférés, des endroits où nous aimons lire, des sujets de documentaires qui nous intéressent. Nous avons parlé de la chance que nous avons de pouvoir choisir des livres qu’on a le gout de lire. Et j’ai enchainé, jour après jour, les premières leçons de lecture ainsi que des moments de lecture seuls et en tandem.

Parallèlement à cela, nous avons étudié des lettres et des sons, Nous avons fait des activités de conscience phonologique, de conscience phonémique et du travail sur les éléments graphophonétiques.

Les élèves ont aussi écrit dès le premier jour. Il y a eu des leçons explicites bâties sur mesure grâce à l’étude de leurs premiers textes, et du temps pour pratiquer et mettre en œuvre les nouvelles connaissances. Par ces écrits, nous avons appris à se connaitre les uns les autres, toujours un peu plus. Et on installait des habitudes.

C’est maintenant que je me dépose, telle une feuille qui tourbillonne dans le vent depuis le premier septembre et qui se pose doucement au sol.

Oui, il était temps de se poser et de constater tout ce qu’on a accompli jusqu’à maintenant, de grand et de petit. Tout compte!

Hier, 10 septembre, journée parfaite pour organiser notre première célébration. Chaque année, j’organise assez rapidement la première célébration et m’assure d’en vivre fréquemment lors des deux premiers mois.  Je fais cela pour plusieurs raisons :

  1. Elles donnent du sens aux apprentissages;
  2. Elles permettent de mettre les individus en valeur;
  3. Elles permettent de mettre les apprentissages en valeur ;
  4. Elles permettent de se connaitre les uns les autres encore plus;
  5. Elles permettent de construire notre communauté en célébrant la diversité ;
  6. Elles donnent un élan incroyable pour la poursuite de l’apprentissage;
  7. Elles donnent du sens au travail d’auteur.

Donc, aux deux semaines environ, nous célébrons!

Cette première célébration est aussi pour moi l’occasion de faire à un pas de recul, ce pas qui permet d’avoir un portait de la situation, une vision plus panoramique. Constater le travail des élèves. Voir des étoiles dans les yeux lorsqu’ils présentent leur travail à la classe. Ressentir cette fierté. Entendre des questions d’élèves qui veulent en savoir plus sur ce que d’autres ont écrit. Entendre des compliments sur le progrès de certains. Revoir cette assurance qui s’installe lorsqu’ils écrivent. Constater que cette classe que je visualise chaque année sera bien réelle, encore.

J’apprends beaucoup d’eux. Ils sont arrivés avec un niveau varié de connaissances sur la langue et progresseront selon ce qu’ils sont. J’aime cette diversité. Et malgré quelques dossiers d’aide plutôt épais de certains, je suis émerveillée de ce qu’ils sont vraiment. Parmi eux, des élèves qui n’ont pas gagné à la loterie familiale, mais qui sont d’une force incroyable et qui attendent juste qu’on croie en eux.  Ces élèves me font frissonner. Et me rappellent combien je suis chanceuse de les accompagner. Cela même si certains jours sont plus difficiles. Complexes. Je sais profondément que l’atelier d’écriture permettra de mettre en valeur chacun d’eux.

Je suis prête pour une année incroyable!

Voici des progrès que j’ai observés. Déjà!

1er septembre: L’élève a écrit des étiquettes (Juliette, salade, Léa).
10 septembre: Elle écrit maintenant une phrase en plus de 4 étiquettes. Elle laisse des espaces entre les mots. Elle utilise un mot du mur « Je ». (Je suis au zoo).

1er septembre: L’élève a écrit une phrase et deux étiquettes. (Je joue avec Rosie.)
10 septembre: L’élève écrit deux phrases pour raconter et utilise le point pour délimiter ses phrases. (Je suis avec maman et Zachary. Je lis avec maman.)
1er septembre: L’élève présente des personnages immobiles. (C’est moi, ma soeur et mon chat.)
10 septembre: L’élève écrit une phrase. Elle forme de plus petites lettres. Elle est en action. (Je saute sur le trampoline.)
1er septembre: L’élève appuie difficilement sur le crayon. Trace sans avoir d’intention de communication. Laisse le crayon glisser sur la feuille.
10 septembre: Il veut dire qu’il aime jouer au XBox. Il se dessine avec une manette. À gauche, on voit la console. À droite, c’est l’escalier. On constate un trait plus assuré. Il tente aussi d’écrire son nom à l’aide de son modèle qu’il prend par lui-même.

1er septembre L’élève se dessine dans une piscine et a écrit deux étiquettes.
10 septembre: L’élève écrit trois étiquettes et une phrase en étirant les mots. Il utilise la ponctuation. Il fait bouger son personnage. Il se fait davantage confiance.

Des apprentissages bien plus qu’essentiels

Un article de Charlotte Therrien, enseignante à Montréal

Pour ceux qui comme moi ont eu la chance de participer au si enrichissant et pertinent congrès De Mots et de Craie 2021, vous avez peut-être remarqué un discours commun de nos chers collègues américains. Autant Shanna Schwartz qu’ Amanda Hartman ou même le grand Peter Johnston nous ont rappelés avec conviction l’importance de l’enseignement des habiletés socioémotionnelles à travers notre pédagogie. Oui, former des lecteurs et des auteurs pour la vie, mais surtout, former des petits êtres humains tolérants, ouverts d’esprits et empathiques.

Et ce n’est pas pour rien qu’on en parle autant. Les deux dernières années ont été marquées par le mouvement BLM (black lives matter), les féminicides, les droits des autochtones jusqu’aux injustices qui se déroulent présentement en Palestine, et j’en passe plusieurs. Des conflits éclatent chaque jour à travers le monde. Et il faut se questionner. Quels apprentissages puis-je intégrer à mon enseignement afin de créer des meilleurs mini humains?

C’est alors que je me suis lancée dans cette démarche dès le lundi suivant le congrès. Comment faire pour intégrer ces apprentissages bien plus qu’essentiels dans mes ateliers de lecture et d’écriture ? Comment mettre de l’avant la richesse culturelle de ma classe de Saint-Léonard afin de leur enseigner la bienveillance les uns envers les autres ?

D’abord, j’ai constaté les pas que j’avais déjà pris dans cette direction :

  • Les partenariats riches amènent mes élèves à apprendre l’un de l’autre et à comprendre que tous ont un rôle important dans notre classe.
  • La diversité de ma classe (tous des immigrants de 1re ou 2e génération) nous amène naturellement une curiosité de l’autre.
  • J’ai déjà fait l’achat en début d’année de quelques albums mettant de l’avant des personnages racisés ou différents.
  • En complimentant des élèves de différentes forces dans nos partages, j’ai réussi à créer le sentiment que chacun a une place bien importante dans notre communauté.

Mais comment faire plus ? En me basant sur de beaux conseils de Kathy Collins, j’ai décidé de faire un petit module d’inquiry (j’ai traduit librement par module de recherche) sur les bons amis (ça m’aidait aussi à gérer de nombreux conflits en récréation). J’ai ciblé des livres modèles pour notre module des séries en écriture (aussi, pour notre module en lecture) qui enseignent de bons comportements à adopter pour être de bons amis. Nous avons discuté, analysé, fait des parallèles avec notre vie de classe, nous avons pris des notes, et plus on découvrait de livres, plus le discours de mes élèves évoluait positivement. Nous avons dévié naturellement du sujet de notre module de recherche vers les différences, mais surtout sur l’acceptation de la différence. En deux semaines de recherche seulement, j’ai entendu des mots magnifiques sortir de la bouche de mes élèves de 6 et 7 ans.

Nous avons pris un moment pour noter ce que nos auteurs modèles nous ont enseigné dernièrement, et voici quelques-unes de leurs réflexions:

Et en voici un qui m’a rendue si fière. Cette élève a reçu des commentaires blessants en lien avec une différence physique à l’école, à plusieurs reprises. Après vérification avec sa maman, notre module de recherche a réussi à faire cesser cette situation et voici ce qu’elle retient de tout ça.

Mes prochains pas :

  • Leur montrer que leurs différences culturelles et religieuses peuvent alimenter leur écriture en créant un livre en écriture partagée sur la fête de l’Aïd (fin du Ramadan) que mes élèves musulmans ont fêté le 13 mai dernier.
  • Intégrer des livres qui encouragent la discussion sur la différence dans mon bac de livres jumeaux.

Et moi, ce que je retiens de tout ça? Ne jamais, jamais sous-estimer l’impact de ce genre d’enseignement dans la vie de nos élèves.

La lecture à voix haute : visualiser pour construire des sens et entrer dans l’univers de l’auteur

Écrit par Isabelle Robert

Depuis quelques années, j’aime lire à voix haute Le roman d’Ernest et Célestine (Daniel Pennac, 2012) à mes élèves de première année. Cette année ne fait pas exception. Je le trouve parfait, entre autres, pour réfléchir aux personnages et à la relation qui se développe entre eux. La longueur est idéale pour une lecture étalée sur plusieurs jours et le rythme du récit nous tient en haleine jusqu’à la fin. Chaque jour, ou parfois deux fois par jour, on poursuit la lecture du récit de Daniel Pennac si bien rédigé et remarquablement bien ficelé.

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Un club de lecture avec mes grands

Un texte d’Isabelle Denis

Quand je visualise un club de lecture avec mes grands, je les imagine, se rassemblant dans un petit coin qu’ils ont choisi, avec le sourire aux lèvres, pour jaser d’une œuvre commune ou différente. Je m’attends à les voir jongler entre les 4 dimensions en lecture tout en explorant des concepts tels que le thème, la leçon de vie, l’évolution des personnages… Je m’attends à les voir lier leurs expériences de vie avec la lecture qu’ils ont faite. Je m’attends à ce qu’il y ait des interactions entre les lecteurs. Je m’attends à ce qu’ils soient touchés par les propos d’un copain, qu’ils trouvent les mots pour y réagir. Bref, je m’attends à ce que les échanges qu’ils ont aient un impact sur leur personnalité, sur leur façon de voir le monde et d’y interagir.

Ça, c’est ma cible.

Pourquoi croire et s’intéresser aux échanges entre ces lecteurs adolescents? Pour l’art de s’exprimer et d’écouter ce qui s’y développe. Pour le développement de l’oral qui nourrit le développement de l’écrit et vice versa. Pour qu’ensemble nous construisions des sens. Pour qu’en discutant, ces jeunes puissent apprendre à se connaitre à travers un livre-miroir, à réfléchir à qui ils sont, qui ils désirent être ou encore qu’ils puissent observer les scènes d’un livre-fenêtre et réaliser, par exemple, qu’une grossesse à 16 ans, ça peut arriver et ça peut être difficile.

Également, pour qu’ensemble nous progressions. Je me souviens d’une élève qui m’avait dit : « Madame Isabelle, si j’avais été seule, jamais je n’aurais attaqué ce livre, mais avec les autres, j’ai été capable. » Aussi, parce que la lecture, c’est social. Lire et jaser de nos lectures est naturel. Qui n’a jamais dit dans une conversation : « Oh oui, justement, j’ai lu ceci la semaine dernière… » Et nous voilà partis à discuter sur un sujet. Rappelons-nous que nous avons des élèves dans nos classes qui sont des lecteurs sociaux. Je me souviendrai toujours de Théo. Il avait lu la série des Tom Gates en entier. Bien sûr, il était en deuil de cette série. Il n’arrivait pas à donner une chance à un autre livre, à tomber amoureux à nouveau. C’est à travers un club de lecture que je l’ai vu s’épanouir comme au premier jour où il fût en contact avec le tome 1 de sa série préférée. Les clubs de lecture brisent la barrière de l’isolement. Ils permettent aux élèves de s’élever comme lecteur. Je remarque qu’ils ont un impact considérable sur les lecteurs moins engagés. La force du groupe nous engage, nous tient, nous motive.

Pour atteindre cette cible, comment s’y prendre?

Qui dit club de lecture,  dit discussions et rencontres fréquentes. Quand je discute avec une amie, par exemple, j’ai en tête des sujets qui nous unissent. J’en fais le suivi en lui posant des questions, en l’écoutant et en réagissant à ce qu’elle me dit.  Je prends soin de cette relation. Quand je suis membre d’un club de lecture, c’est la même chose, je prends soin des liens littéraires que je tisse.

Quand nous nous lançons dans la belle aventure des clubs de lecture, au tout début, je vois des élèves faire des résumés oraux de ce qu’ils ont lu. Je vois des élèves penser à ce qu’ils vont dire et quand c’est fait les échanges cessent. Les membres se regardent. Il y a des silences ou bien des conversations parallèles.

Réfléchissons aux bases à installer. Avant de débuter en petits cercles, à travers la lecture à voix haute animée, en grand groupe, nous aurons pris plaisir à échanger entre nous. Relire le texte d’Isabelle Robert à ce propos.

Ensuite, notre lunette de membre d’un club de lecture deviendra plus microscopique. Il y aura des mini-leçons sur les 4 dimensions en lecture. Qu’est-ce qu’interpréter? Comment s’y prend un lecteur pour faire une interprétation? Sur quoi se base-t-il? Aussi, nous réfléchirons à ce que j’appelle le vocabulaire littéraire. Le nôtre est-il riche? Est-ce que je sais ce qu’est un point de vue, un stéréotype, la narration, une métaphore, un thème… Ai-je eu l’occasion d’en observer  et de discuter à ce propos avec ma classe de lecteurs? Suis-je assez solide pour réagir et apprécier tant à l’oral qu’à l’écrit? Ai-je l’occasion de le faire souvent et de façon naturelle à travers les discussions que nous avons en classe. Un de mes élèves me disait dernièrement : « Madame Isabelle, mon personnage se vante. Il se pense bon. Mais un moment donné, il se fait remettre à sa place par une fille. Et là, il change. Mais, je ne suis pas capable de dire le mot… » Après une discussion, nous avons découvert qu’Émile voulait exprimer que son personnage devenait plus HUMBLE. Imaginez le travail derrière ce mot. Nos jeunes ont besoin de ce genre de discussion. Ils ont besoin de rétroaction par rapport au langage qu’ils tentent d’adopter, mais qui n’est pas encore acquis. Je sais que l’on veut bien faire, au 3e cycle, en préparant les élèves à répondre à des questions écrites concernant les 4 dimensions en lecture comme dans les examens du MEES ou encore dans des tâches lecture-question. Toutefois, si nous nous en tenons qu’à cette pratique dans l’enseignement de la lecture, ne nous surprenons pas si nos lecteurs nous offrent une pensée très peu élaborée ou encore une pensée répétée sous la forme d’une recette.

Quand on veut apprendre à un enfant à faire du ski alpin, nous avons une idée de la destination où nous désirons le conduire. Nous descendons au-devant de lui. Nous prenons le temps de jaser à chaque palier de la montagne. Nous discutons, l’écoutons parler de ses difficultés et de ses réussites, lui donnons des conseils et convenons de la façon de faire jusqu’au prochain palier. Un peu à l’image de l’enfant à qui on apprend à faire du ski alpin, nous nous devons de réfléchir à ce qu’est un club de lecture pour nous, dans notre milieu de vie scolaire ainsi qu’à ce qu’on désire modéliser afin d’atteindre la destination.  Grâce à cette réflexion, nous serons en mesure de guider nos élèves d’un palier littéraire à l’autre.

Il y aura aussi des mini-leçons qui nous feront réfléchir à comment agissent les membres dans un club de lecture? Que disent-ils? Comment font-ils pour cibler de quoi ils parleront? Comment font-ils pour rebondir sur ce que vient de dire tel lecteur? Se préparent-ils? Lisent-ils les mêmes pages ou non? Tout ce que je nomme ci-dessus deviendra ou aura été le point d’enseignement de plusieurs mini-leçons et réflexions avec les élèves. Plusieurs mini-leçons auront guidé les lecteurs dans leurs lectures individuelles, lors de la lecture interactive ou encore à deux depuis septembre.

Que dois-je offrir comme points d’enseignement à mes élèves pour qu’ils puissent devenir des lecteurs qui échangent avec passion? De plus, il est important de garder en tête qu’il est important que les membres du club de lecture prennent en main l’organisation, qu’ils gèrent leur club de lecture et qu’ils se réajustent afin qu’ils s’engagent et contribuent à développer leur propre vie de lecteur. En tant qu’enseignant, cela demande de modéliser comment le faire, cela demande également de lâcher prise en début de processus (les élèves lisent-ils vraiment? Les discussions portent-elles réellement sur ce qu’ils lisent? Comment évaluer leurs compétences en lecture?) afin de pouvoir se lancer et le vivre en classe. Ensuite, cela demande une présence constante lorsque vient le temps des rencontres des clubs de lecture.

Comme l’enfant à qui l’on apprendra à faire du ski alpin, avec les lecteurs de nos classes, ce sera une danse continuelle entre la modélisation de stratégies et de comportements, les périodes d’échange, les rétroactions et  les réajustements.

Quand je commence les clubs de lecture avec mes élèves, j’ai l’impression d’être partout, en mouvement constant. Je circule d’une équipe à l’autre. J’écoute. Je note. Je recadre. Je fais bien attention de rester à l’extérieur des cercles. J’entends Félix qui tente une interprétation. Wow! Je me dis que Samuel aurait l’occasion de réagir, mais je vois qu’il ne trouve pas les mots. Je me penche et lui chuchote ce qu’il pourrait dire à Félix (…au début, je chuchote énormément.) Je me déplace. Je surveille son regard.  Il se lance. Félix lui répond et on atteint un niveau supérieur… Les propos de Félix touchent les membres… Et moi, j’ai des frissons. Samuel est figé, sans doute  ému. Il réalise qu’il a eu un impact dans la conversation d’aujourd’hui. Pour ne pas briser la magie, quand la période sera terminée, j’expliquerai à toute la classe ce qui s’est passé dans le club de lecture de Samuel, ce que j’ai eu la chance d’observer. En fait, pourquoi la magie a opéré.

Autre chose intéressante que nous faisons. Chaque club de lecture se filme. Pas à chaque fois, mais assez souvent. Il est fort intéressant de s’observer. Ça s’apprend. Ça se modélise. Selon les objectifs de chaque club, les jeunes s’observent. Tellement riches, ces observations… Les constats faits leur permettent de se réajuster pour mieux se diriger vers leurs cibles. Ils en ont la preuve, ils se voient. Au début, les observations sont plus simplistes, légères. Combien de fois ai-je parlé, ai-je réagi aujourd’hui? De fil en aiguille, les jeunes murissent, progressent, s’attardent à ce qu’ils disent, à comment ils le formulent jusqu’à réfléchir à l’impact qu’ils ont sur la richesse des échanges dans leur club de lecture. Bien entendu, ce bagage qui fait partie d’eux, un peu comme les habiletés permanentes du skieur,  se répercute sur tous les échanges en classe (conseil de coopération, débat en éthique et culture…)

Ainsi, l’année avance et je remarque que je suis de plus en plus observatrice, moins essoufflée. Je savoure. Un peu comme la maman qui regarde son enfant s’élancer sur les pentes avant elle, je remarque la progression et j’en suis fière. Je me sens privilégiée. Je vois  Juliette qui se propose de mener les discussions. Je vois Vyctor qui tient le crayon de la parole, car dans son cercle, ils ont décidé qu’ils en avaient besoin étant donné que la prise de parole ne se fait pas, pour le moment,  de façon fluide. Je vois le club de lecture Les rapides et dangereux faire un résumé de ce qu’ils viennent de lire pour s’assurer que tous comprennent. Ils sont des modèles les uns pour les autres. En me tournant, j’entends Antoine qui rebondit sur ce que vient de dire Anaïs : « Je comprends très bien que tu te sentes comme Ashley, le personnage principal. Mais je crois que tu devrais laisser une chance à ta belle-mère. Se faire une deuxième famille, ça peut amener du bonheur aussi. » Je surprends Maude qui jette un coup d’œil aux phrases d’amorce sur les tableaux d’ancrage. La voilà qui sort de sa zone de confort et qui tente de réagir aux propos de Noah.

Je me dis qu’ils y sont arrivés, car ils ont eu l’occasion de s’exercer, de s’observer, de se réajuster. Je me dis que c’est beau, que ces échanges sont riches. Par nos rapprochements, notre intention commune, nous tentons de faire émerger des sens. Tout cela nous fait réfléchir. Les mots des auteurs ont un impact sur nos personnalités, sur nos gestes dans la vie.

Ce n’est pas à négliger dans une société qui s’individualise à vitesse grand V, une société dans laquelle les jeunes font face à une quantité incroyable d’informations. Soyons conscients que nous avons un rôle à jouer afin que nos jeunes demeurent critiques et je suis persuadée que les clubs de lecture contribuent à mettre des bases solides pour une pensée analytique. Comme le disent si bien Sonja Cherry-Paul et Dana Johansen dans Breathing New Life into Book Clubs, « nous valorisons les clubs de lecture à cause de leur influence indélébile sur le lecteur vu qu’il se développe comme penseur critique, lecteur pour la vie et agent de changement dans le monde. » (traduction personnelle). Dans les semaines qui suivront, vous retrouverez un article en lien avec le club de lecture chez les grands, mais davantage axé sur le pratico-pratique.

Référence :

Cherry-Paul, Sonja et Dana Johansen, Breathing New Life into Book Clubs, 2019.

L’amour à travers les yeux de Matt de la Peña

Un article de Martine Arpin

En lecture, nous travaillons avec les élèves les stratégies de compréhension du langage littéraire. Plus les lecteurs évoluent, plus les livres qu’ils lisent sont étoffés, moins les éléments sont explicites et plus le langage utilisé peut amener des confusions. Les élèves sont capables de décoder les mots qu’ils lisent, mais peuvent avoir de la difficulté à en comprendre le sens. Dans les textes narratifs, nous enseignons aux élèves à porter attention à la façon dont l’auteur s’amuse à jouer avec les mots de façon inventive, à s’arrêter, remarquer et comprendre son intention. Nous les encourageons à relire, visualiser le sens en jouant la scène, discuter avec un partenaire. Nous leur enseignons à comprendre les comparaisons en réfléchissant au texte, à l’ambiance créée et à l’intention de l’auteur, à remarquer quand un mot est utilisé dans un autre sens que celui pour lequel nous avons l’habitude de l’utiliser, par exemple dans les expressions et les métaphores.

Nous pouvons aussi enseigner aux élèves à lire ce genre de textes comme des auteurs. Ils peuvent penser aux différentes stratégies apprises en écriture et remarquer leur présence dans les livres qu’ils lisent. À l’inverse, ils peuvent aussi s’inspirer des différentes façons dont les auteurs utilisent le langage littéraire pour tenter de le faire eux aussi dans leurs textes, en essayant de nommer ce que l’auteur fait et son intention. Par exemple, on pourrait s’attarder aux comparaisons pour montrer une émotion, à la répétition pour marquer une action importante, aux allitérations pour donner de la musicalité, au choix des expressions pour montrer le temps qui passe… Cet aller-retour entre leurs lectures et leur travail d’auteur contribue au transfert des apprentissages et permet d’approfondir la compréhension du langage littéraire, une habileté dont ils auront de plus en plus besoin en grandissant comme lecteurs.

Les élèves sont invités à s’exercer souvent, dans leurs lectures et dans leurs écritures personnelles, lors des ateliers de lecture et d’écriture.

Parfois, certains sujets ou éléments se prêtent bien, aussi, à une mise en contexte commune. Dans le cadre de la St-Valentin (mais ça aurait pu aussi être dans une étude sur la poésie, à la fête des mères ou des pères, dans une thématique d’amitié…), suite à la lecture de l’album Amour (Matt de la Peña, D’eux), nous avons réalisé une écriture partagée. Nous avons lu l’album une première fois, pour le découvrir, pour s’imprégner de sa beauté. Puis, nous l’avons relu avec une intention précise: porter attention à la façon dont cet auteur utilise le langage littéraire. Nous avons discuté en groupe des différentes façons dont l’auteur a montré l’amour, sans jamais utiliser les mots j’aime ou je t’aime. Nous avons observé qu’il a plutôt décidé de montrer différentes situations où l’on peut ressentir l’amour, d’illustrer différents moments où l’amour est présent, en utilisant un vocabulaire précis, évocateur et imagé. Nous avons porté attention à son utilisation du langage littéraire (comparaisons, personnification, expressions, utilisation inventive des verbes…). Nous avons pensé à ces situations et ces moments de leurs vies où ils ressentent l’amour de leurs parents. À partir des cinq sens, les élèves ont trouvé différentes façons de montrer cette émotion. Ensuite, chacun a choisi les phrases qu’il voulait écrire pour sa famille.

Un beau message d’amour loin des « Tu es belle comme une fleur. Je t’aime grand comme le ciel… » et compagnie (des messages tout simples qui font autant plaisir au cœur de maman, évidemment). L’avantage, c’est qu’en réinvestissant directement les notions travaillées en lecture et en écriture dans un contexte collectif d’écriture partagée liée à un événement à souligner plutôt que de faire une activité « à part » pour cet événement, nous favorisons le transfert en donnant une autre occasion aux élèves de s’exercer à l’oral et à l’écrit, et nous leur offrons un étayage supplémentaire pour mieux comprendre l’enseignement afin qu’ils puissent ensuite l’utiliser de façon autonome.

Stratégies tirées de: Units of Study for Teaching Reading, Bigger Books Mean Aming Up Reading Power, Heinemann.

Amour, Matt de la Peña, Éditions D’eux, Sherbrooke, 2019

Les crayons magiques

Un texte de Martine Arpin

Depuis quelques semaines, un questionnement revient dans ma tête:  Qu’est-ce qu’il y a encore à dire sur les ateliers d’écriture? Le blogue est né, il y a cinq ans déjà, d’un constat : Comment se fait-il que nous n’ayons à peu près pas accès, ici, en français, à de telles connaissances sur l’enseignement? Sur l’enseignement de l’écriture, oui, mais surtout, sur l’enseignement tout court. Sur ce que c’est, être enseignant. Il est parti d’un élan de partage, de passion et d’enthousiasme. Le « pourquoi » était là. Un beau terrain, vaste, défriché par d’autres avant nous, à explorer. 

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Partir du bon pied

Un article de Martine Arpin

Il y a quelques années, j’ai lu un entrefilet qui parlait d’un endroit où la tradition était de célébrer en grand la rentrée scolaire, plus que la fin de l’année. Je me souviens d’avoir trouvé ce point de vue intéressant:  les familles, le milieu scolaire, tout le monde faisait en sorte que pour les enfants, une grande fierté soit associée à la rentrée scolaire, au fait de grandir, de se retrouver et d’apprendre plus. On mettait l’accent sur le début d’une belle aventure, qu’il valait la peine de souligner de façon spéciale. Je me rappelle d’une image: les élèves les plus jeunes étaient accueillis par les plus grands, formant une haie d’honneur et applaudissant à tout rompre.

Malheureusement, j’ai perdu la référence de cet article, mais alors que nous commençons un nouveau module, que nous passons des textes narratifs aux documentaires, autant en lecture qu’en écriture, son contenu me revient en tête, et un constat refait surface: commencer un module devrait être aussi excitant que d’en terminer un.

Après avoir célébré tous les apprentissages réalisés pendant quelques semaines, il est aussi important de mettre la table pour ce qui s’en vient. Notre façon d’aborder un nouveau module peut influencer le degré d’engagement de nos élèves pour les semaines à venir.

Bien sûr, on peut souligner la première leçon d’un nouveau module de façon spéciale:  organiser une cérémonie d’ouverture avec coupure de ruban, inventer une chanson, lever nos verres à ce que nous allons apprendre de plus en tant qu’auteurs. Mais au-delà de « l’événement », plusieurs petits gestes, mots et décisions pédagogiques ou organisationnelles peuvent avoir un grand impact:

-À la fin d’un module, préparer notre dossier d’écriture pour le prochain, en vidant tout ce qui s’y trouve, sauf la feuille des défis.Nous en profitons pour vérifier si les défis sont atteints, et si c’est le cas, nous les plaçons sur le côté « défi relevé » pour faire de la place à de nouveaux. Sinon, nous les conservons du côtés « Mes défis » pour ne pas oublier de trouver des moyens de les atteindre dans les prochaines semaines. C’est le grand ménage du printemps pour mieux accueillir la nouvelle saison!

-Nommer aux élèves notre excitation. La façon dont on présente les choses influence la perception des élèves. Notre plaisir et notre engouement à commencer un nouveau module doit être réel et contagieux.

Un écriteau apposé juste à côté de l’étiquette atelier d’écriture de l’horaire de la journée.

-Déplacer les livres de la bibliothèque de classe, mettre en évidence et en valeur le nouveau genre travaillé. Les enfants sont physiquement immergés dans le genre.

-Montrer le ou les livres modèles que nous présenterons, et annoncer qu’ils sont tellement extraordinaires qu’on y reviendra souvent pour apprendre du travail de leurs auteurs. Lorsque les élèves sont familiers avec le contenu des livres que nous utilisons comme textes modèles, ils peuvent se centrer sur les procédés et techniques présentés tout au long du module. Leur présenter aussi d’autres livres intéressants qui seront utilisés pour des lectures partagées ou interactives.

-Processus d’écriture: changer seulement le titre du tableau d’ancrage illustrant le processus d’écriture, pour montrer aux élèves qu’ils pourront s’appuyer sur ce qu’ils connaissent déjà pour bâtir de nouvelles connaissances. 

-Écriture partagée: commencer un texte de classe qui montrera aux élèves la nouvelle structure de texte qu’ils seront appelés à écrire et dont on pourra se servir tout au long du module pour modeler un enseignement, ou pour travailler en petits groupes, individuellement. Choisir un sujet qu’ils connaissent tous (l’école, la cour de récréation, le sujet d’une sortie scolaire ou d’un invité à l’école…), afin qu’ils puissent mettre en commun leurs idées et leurs connaissances pour le contenu du texte.

-Nommer les différences et les ressemblances entre le nouveau genre et le dernier travaillé.

-Penser aux différentes sphères d’un enseignement efficace en littératie:  Par exemple, lorsque nous écrivons des textes informatifs, nous lisons aussi beaucoup de documentaires. Heureusement, les modules sont souvent déjà pensés pour s’aligner. Les élèves ont des documentaires dans leur sac de lecture, ils en lisent à la maison, nous visionnons parfois des documentaires sur différents sujets, les lectures partagées et interactives se font surtout à partir de documentaires et on invite des experts sur différents sujets dans la classe.

-Développement du langage oral:  les discussions, causeries, présentations sont orientées vers le langage du genre que les élèves seront appelés à écrire et à lire. Pour le module informatif, nous dirigeons les discussions vers la présetnation de sujets que les élèves connaissent. Par exemple, dans ma classe, trois fois par semaine, 2 ou 3 élèves parlent d’un sujet sur lequel ils sont des experts. Ce n’est pas une présentation planifiée et préparée durant des jours. Spontanément, l’élève nous enseigne tout ce qu’il sait sur son sujet. Les autres peuvent questionner, réagir, renchérir. Cela ne prend que quelques minutes, mais ces minutes sont précieuses non seulement pour le développement des compétences à l’oral, mais aussi parce elles sont « payantes » dans les autres sphères d’apprentissage: pour donner des idées quand vient le temps d’écrire des textes informatifs, penser à la structure du texte, structurer les phrases, développer le vocabulaire, construire des connaissances qui favorisent la compréhension en lecture…

Comme l’arrivée d’une nouvelle saison, d’une nouvelle étape, d’un nouveau bébé, l’arrivée d’un nouveau module se prépare et se célèbre. Peu importe la façon dont nous soulignons l’événement, chaque petit geste compte pour favoriser l’engagement des élèves (et de l’enseignant.e) nécessaire à l’apprentissage.

La cerise sur le gâteau

Un article de Martine Arpin

La semaine dernière, nous terminions notre premier module des ateliers d’écriture. Alors que j’ouvrais mon cahier de planification pour organiser ma semaine, j’ai vu que j’y avais déjà inscrit la date et l’heure de la célébration. Effectivement, lorsque je planifie un module, je planifie aussi la fin de celui-ci. Dans les premiers jours du module, j’annonce cette date aux enfants. En plus de m’aider à ne pas m’égarer en cours de route, et d’étirer le module en ajoutant, morcelant et reprenant trop de leçons, cela nous permet tous de se centrer sur l’objectif premier de l’acte d’écrire: être lu! 

Ce focus sur l’objectif permet aux élèves de mieux comprendre l’importance de toutes les stratégies, techniques et conventions enseignées. Il permet aussi un engagement réel des élèves, à long terme, puisqu’il crée un changement de perception chez l’enfant :  il ne fait pas les choses parce que l’enseignant l’a demandé, ou pour lui faire plaisir, ou parce que c’est la consigne. Il le fera parce que son texte en a besoin, pour que l’histoire ou l’information ou l’opinion qu’il veut partager soit intéressante pour le lecteur, parce qu’il veut que son texte soit le meilleur possible pour que le monde entier puisse accéder à ce qu’il a à raconter. 

Pour moi, la première célébration de l’année doit absolument refléter cette façon de penser, cet état d’esprit dans lequel je veux plonger les élèves. Au-delà de la fête, la célébration devient donc surtout un moment de réflexion sur le travail accompli et sur celui qui reste à faire, autant pour moi que pour les élèves. Philippe Pollet-Villard l’exprime bien: « Ce n’est pas la destination qui compte, mais le chemin parcouru, et les détours surtout.»1

Et cela se prépare bien avant le jour de la célébration, pas seulement en allant acheter des ballons, de belles nappes, des guirlandes, du jus pétillant et des gâteaux.

Dans la classe, lorsqu’on arrive à la moitié du module, on commence à compter les jours avant la célébration. Cela crée un sentiment « d’urgence » qui est parfois nécessaire pour redonner un peu d’énergie au travail.

La semaine avant la célébration, on prend du temps pour choisir le texte à publier et le réviser plus en profondeur. C’est le moment où les élèves comprennent que publier un texte, ce n’est pas que le mettre au « propre » et le rendre plus beau. C’est un bon moment pour revoir les stratégies de révision, les procédés littéraires enseignés, et les techniques de correction. 

Le choix du texte est important. Il faut enseigner aux élèves à choisir le « bon » texte à publier. Ils ne choisiront pas toujours celui que nous aurions choisi, mais ce sont eux les auteurs, alors ce choix leur appartient. Nous pouvons par contre les guider à faire le meilleur choix. En utilisant des termes spécifiques, nous pouvons diriger leur sélection. Lorsque nous disons aux élèves : « Prenez votre meilleur texte, celui qui démontre tout ce que vous savez maintenant faire comme auteur, et nous allons le travailler encore pour qu’il devienne encore meilleur! », cela sous-entend que son travail est déjà bon. Qu’il vaut la peine qu’on y accorde encore de l’attention. C’est une façon puissante de rendre la révision et la correction contextualisées, nécessaires et positives.

Une image que j’aime utiliser avec les enfants est celle de la préparation d’un gâteau. C’est ainsi que j’amorce le dernier sprint avant la célébration, et ça peut ressembler à ceci:

Quand on veut préparer un gâteau, on doit d’abord choisir celui qu’on veut faire (vous avez commencé par trouver des idées pour votre texte, c’est fait!).

Ensuite, on prépare nos ingrédients, on sort ce dont on a besoin, on se prépare (vous avez planifié ce texte avant de l’écrire, c’est fait!)

Puis, on mélange nos ingrédients (vous avez choisi des stratégies à utiliser, des procédés littéraires, et les avez mis ensemble pour écrire votre texte, fait!) et on s’assure que nous n’avons rien oublié. Est-ce que vous aimez goûter pendant que vous cuisinez? C’est important, n’est-ce pas? Quand on goûte un mélange à gâteau, on peut trouver que c’est trop sucré, ou pas assez, qu’il y a trop de pépites de chocolats, ou pas assez. En relisant la recette, on peut réaliser qu’on a oublié la poudre à pâte, et que même si elle ne goûte rien, elle est importante pour faire « lever » le gâteau… C’est la même chose avec les textes. Regardez les tableaux d’ancrage: Est-ce qu’il y a une stratégie que vous n’avez pas utilisée, ou pas assez, et qui pourrait rendre votre texte plus vivant? Est-ce qu’il y a une stratégie que vous utilisez trop? (dans ma classe, en 2e année, il s’agit souvent des dialogues!!!). Est-ce qu’il y en a une qui ne parait pas beaucoup, mais qui peut faire toute la différence, comme la poudre à pâte (peut-être montrer au lieu de dire, qui est plus subtil dans les texte)? Est-ce que les phrases se lisent bien et que mon texte est clair? Est-ce que ma ponctuation dit au lecteur exactement comment ce texte doit être lu? Cela peut amorcer la période de révision finale, mais amène quand même l’idée que la révision, idéalement, se fait tout au long de l’écriture (comme on goûte pendant qu’on fait une recette de gâteau, pas seulement à la fin).

Puis, on met son gâteau au four. C’est le moment où les règles de cuisson sont importantes. Si je peux jouer avec les ingrédients selon mes goûts, je ne joue pas avec les degrés et le temps de cuisson (les règles et conventions). Cela peut dépendre de mon four (mon niveau, mon âge), mais la base reste la même. C’est le moment de la correction. On vérifie les mots du mur, les mots appris, que tous les mots sont présents, les majuscules… 

Ici, il peut être intéressant de mettre le partenaire à contribution. Plus les élèves sont jeunes, plus ils sont centrés sur ce qu’ils ont voulu écrire et non sur ce qui est réellement écrit (mais c’est aussi vrai pour les grands… et même pour les adultes!). Le partenaire peut aider à voir ce que l’auteur ne voit pas dans son propre texte, autant pour la révision que pour la correction.

Ensuite, on sort le gâteau et il est prêt à déguster. 

Il est prêt. Terminé.

Pas besoin de plus. 

Si on est gourmand, on le laisse refroidir un peu, on le coupe, on le mange, et c’est encore mieux si on peut le partager.

MAIS.

On peut aussi choisir de mettre du crémage. De la crème fouettée. Du coulis au chocolat…

Ce n’est pas nécessaire, mais ça donne un petit quelque chose de plus.

Dans ma classe, le crémage, ce sont tous les petits extras qu’on peut ajouter pour rendre notre texte plus invitant :  la page couverture colorée, les illustrations colorées et détaillées, une dédicace, une maison d’édition (mes élèves ont voté pour Éditions 204!), la quatrième de couverture, les pages de garde. Et surtout, parfois, décider de réécrire une page, ou un texte entier, pour que ce soit plus lisible pour le lecteur. Et dans ce cas, on se fait un point d’honneur de ne pas cacher entièrement la page originale. En ce moment, c’est encore un choix parmi d’autres, et ça ne veut pas dire qu’on ne le fera jamais de façon plus formelle dans l’année. Certains choisiront même de le faire à un autre moment, par souci artistique. Mais pour le moment, on mise sur le travail accompli, alors on ne veut pas le faire disparaitre. On choisit une page sur laquelle on a travaillé tellement fort qu’elle peut être difficile à lire pour le lecteur (encore là, la façon de le présenter est importante), et on place un rabat qui permettra à tout le monde de voir, sous la page copiée, tout le travail accompli. 

L’important, c’est que même dans ce dernier sprint, les options restent un choix pour les élèves. Lorsqu’on leur enseigne, même petits, la raison d’être des choses, quand on relativise l’importance réelle de chaque partie du processus, ils apprennent ainsi à faire de meilleurs choix, des choix intentionnels.

Alors vendredi dernier, jour de célébration, nous avons choisi de mettre nos vêtements préférés. J’ai quand même décoré la classe un peu, après tout, c’est une fête (mais parfois, je ne le fais pas du tout). J’ai affiché la banderole de célébration créée par ma collègue Sara-Emily pour les élèves. J’ai placé les nappes colorées.

J’ai installé devant chaque élève leur premier texte de l’année, écrit les 2e et 3e jours d’école, et leur texte publié, vingt-neuf jours plus tard. Vingt-neuf jours, quand on y pense, c’est vraiment peu dans une année scolaire, et dans une vie d’auteur. Mais la différence entre ces textes est énorme! Le chemin parcouru n’est pas le même pour tout le monde, mais le point commun est que chacun a grandi beaucoup! 

Nous avons repris l’image du gâteau pour faire des liens avec le processus d’écriture. Nous avons revu les tableaux d’ancrage pour se rappeler de tout ce que nous avons appris jusqu’à présent. Chacun a noté ce qu’il fait maintenant qu’il ne faisait pas en début d’année. La liste est longue! Ce constat rend concrète la notion de « grandir en tant qu’auteur ».

Puis, les élèves ont pu circuler pour lire les textes des autres. La moitié de la classe d’abord a joué le rôle de l’auteur, les autres ceux de lecteurs, puis ils ont échangé les rôles, et nous avons levé nos verres à notre santé!

Il n’y avait pas de gâteaux, ni cinquante invités, ni des ballons. 

Les gâteaux, c’étaient nos textes, contenant tout le travail accompli depuis la rentrée. Certains avec beaucoup de glaçage, d’autres moins, mais tous prêts à partager avec la communauté d’auteurs que nous devenons. 

Et la cerise sur le gâteau, c’était de voir la fierté de chacun et de savourer le bonheur d’être ensemble.

  1. Tiré du module en cours d’adaptation: Écrire pour présenter ce qui nous tient à coeur, Chenelière (2020). Philippe Pollet-Villard, Mondial Nomade, 2011, Flammarion.

LA « SCIENCE DE LA LECTURE » N’APPARTIENT À PERSONNE

Par Lucy Calkins (article tiré du site De mots et de craie, http://www.demotsetdecraie.ca)

On m’a demandé de répondre aux tenants de l’approche phonique qui s’approprient le champ de la « science de la lecture ». Je tiens à souligner que la science, et ce peu importe le domaine, n’appartient à aucun groupe en particulier. Moult données mettent en évidence l’importance de la lecture à voix haute, de la compréhension, de l’écriture, d’un bon apprentissage du langage oral, de l’accent mis sur la mentalité de croissance, ainsi que de plusieurs autres composantes d’un bon enseignement. Et, oui, l’approche phonique systématique et explicite fait partie de ces composantes d’un bon enseignement.

Cet exposé sera long et détaillé, et je m’excuse à l’avance. L’enjeu est tellement complexe que je ne connais aucune autre façon de l’aborder.

Pour lire la suite de ce texte, cliquez sur ce lien: http://www.demotsetdecraie.ca/wp-content/uploads/2020/10/CalkinsScience.pdf

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