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Les ateliers d'écriture et de lecture au primaire

Inspiré de la démarche des Units of Study du TCRWP

Catégorie

L’atelier d’écriture

L’autoévaluation des élèves et les ateliers d’écriture

Un article d’Amélie Beaudoin

J’ai eu la chance de vivre plusieurs journées de formation avec mon équipe des ressources éducatives en compagnie de François Massé, dont la présentation n’est plus à faire en ce qui a trait à la mise en place des communautés d’apprentissage professionnelles et l’harmonisation des pratiques efficaces au sein des écoles.  En tant que conseillère pédagogique, ces journées furent extrêmement riches en apprentissages, notamment en ce qui concerne l’évaluation et tout particulièrement, l’autoévaluation des élèves.  Si votre milieu ressemble au mien, l’évaluation est un sujet bien présent dans les discussions entre collègues; un sujet d’actualité et avouons-le, un sujet parfois sensible.  Par contre, nous parlons peu d’autoévaluation.  Est-ce si important?  Peut-elle réellement faire une différence dans la progression de l’élève?  En quoi les ateliers d’écriture favorisent-ils l’autoévaluation des élèves?  J’aimerais vous partager mes réflexions du moment à ce sujet.

Permettez-moi d’abord un bref rappel théorique.  Depuis plusieurs années, de nombreuses recherches en éducation ont mis en lumière l’importance de l’évaluation formative en salle de classe.  Cette forme d’évaluation, dite au service de l’apprentissage, vise à réguler les apprentissages de l’élève de manière continue, tout au long du processus d’apprentissage.  L’enseignant procède alors au recueil et au traitement de l’information afin de porter un jugement sur l’apprentissage de l’élève et pouvoir lui donner la rétroaction nécessaire à sa progression. 

Les entretiens individuels et en sous-groupes réalisés lors des ateliers d’écriture sont des occasions en or pour offrir cette précieuse rétroaction.  Bien sûr, faire des entretiens efficaces demande énormément de pratique et représente un défi de haut niveau pour tous ceux qui implantent des ateliers d’écriture dans leur classe.   Mais tous les efforts déployés pour recueillir des informations, consigner nos observations et planifier les entretiens valent leur pesant d’or sachant toute l’importance que revêt cette rétroaction dans la progression de l’élève.

Mais la responsabilité du processus de régulation peut et doit être partagée avec les élèves afin de conférer à ces derniers un rôle plus actif.  Plutôt que d’incomber uniquement à l’enseignant, la rétroaction viendra alors également de l’élève lui-même (autoévaluation) ou de ses pairs (évaluation par les pairs).  Et c’est en utilisant l’ensemble de ces rétroactions pour se situer dans son apprentissage et déterminer ce qu’il doit faire ensuite pour progresser que l’on parlera alors d’évaluation en tant qu’apprentissage

L’autoévaluation, c’est quoi?

C’est un processus par lequel l’élève recueille des données et réfléchit à son propre apprentissage.  L’élève évalue ses propres progrès en matière de connaissances, de compétences, de processus ou de comportement.  C’est une démarche qualitative qui n’a donc pas pour objectif que l’élève attribue une note à son travail.

Pourquoi amener les élèves à s’autoévaluer?

Pour toute personne qui essaie d’apprendre, la rétroaction sur ses efforts comporte trois éléments : 

  1. La conscience de l’objectif à atteindre
  2. Des indications sur son niveau actuel
  3. Une certaine compréhension de la façon de combler l’écart entre les deux premiers points.

Il est indispensable de comprendre ces trois éléments, dans une certaine mesure, si l’on veut améliorer son apprentissage (Black et Wiliam, 1998).  Ainsi, en s’autoévaluant, l’élève peut :

  • Mieux connaitre les attentes;
  • Participer activement à la tâche;
  • Situer l’état de sa progression;
  • Identifier ses points forts et ceux qui restent à améliorer;
  • Obtenir très rapidement un retour sur sa production ou sur ses connaissances;
  • Améliorer son autonomie dans le processus d’apprentissage.

De quelle façon les ateliers d’écriture favorisent-ils l’autoévaluation des élèves?

. En amenant les élèves à se fixer des objectifs, des buts précis;

Lorsque les élèves déterminent avec assurance des objectifs d’apprentissage d’une certaine difficulté, mais réalistes, puis déploient les efforts, l’énergie et les ressources nécessaires pour réaliser ces objectifs, leur apprentissage suit une courbe ascendante. « En enseignant précisément aux élèves la manière de fixer des objectifs appropriés et d’évaluer leur travail de façon réaliste et juste, les enseignants peuvent contribuer à cette amélioration de l’apprentissage et de la confiance en soi » (Ross, 2006)1.

  • En proposant des outils d’autoévaluation : Les grilles de microprogression2;
  • Les listes de vérification;

En utilisant ces outils, les élèves apprennent à mieux rectifier le travail qu’ils sont en train de faire en vue d’en améliorer la qualité.

  • En favorisant l’élaboration, avec les élèves, de cibles d’apprentissage clairement définies et en fournissant des copies types de travaux d’élèves;

Il est important que les élèves connaissent la cible qu’ils visent.  On peut ajouter à nos tableaux d’ancrage des exemples écrits par les élèves qui illustrent bien une cible d’apprentissage.

Une élève a ajouté des détails à son introduction. 

Sa page est affichée sur le tableau d’ancrage en guise de modèle.

Cet extrait du texte de Jule permet d’illustrer concrètement,

à l’ensemble du groupe, quelques techniques apprises

  • En variant les outils utilisés aux fins de réflexion et d’autoévaluation en fonction de l’âge et du niveau de développement des élèves;

Un élève du 1er cycle appose des autocollants aux endroits où il a utilisé les stratégies enseignées.  Dans ce cas-ci, il a intégré des paroles, une émotion et il a ajouté une phrase pour montrer l’émotion et non seulement la dire.

Je comprends maintenant beaucoup mieux la responsabilité de l’élève dans l’évaluation de ses apprentissages.  Je suis à même de constater à quel point son rôle est important, voire essentiel à sa progression.  En s’autoévaluant, l’élève améliore son rendement et le fait qu’il participe à ce processus renforce son degré de participation et sa motivation.  Tout ne doit pas nécessairement reposer sur les épaules de l’enseignant.   Bien sûr, il faudra offrir aux élèves de multiples occasions de s’exercer.  On ne saurait devenir compétent sans pratique!  Même s’il s’avère parfois difficile de mettre en place des pratiques d’autoévaluation, il m’apparait important d’en proposer de façon régulière.  Les ateliers d’écriture nous démontrent que même nos jeunes auteurs peuvent y arriver en étant bien outillés et bien accompagnés.  

Références :

  1. Accroitre la capacité – L’autoévaluation des élèves, Secrétariat de la littératie et de la numératie, Décembre 2007

http://www.edu.gov.on.ca/fre/literacynumeracy/inspire/research/studentselfassessment_fr.pdf

http://rire.ctreq.qc.ca/2017/04/evaluation-formative/

  • TA@l’école, L’autoévalation, Par Nicole Lauzon, EAO et conseillère pédagogique de l’AOTA, 2014

Aider les élèves à faire mieux

Un texte d’Isabelle Robert

Ça y est! L’année scolaire est bien commencée maintenant. Il est étonnant de constater à quelle rapidité les élèves font de nouveaux apprentissages. Chaque jour, mes élèves de première année apprennent quelque chose de nouveau. En lecture… en écriture… en mathématiques… et dans toutes les autres matières, sans oublier les relations sociales avec leurs pairs.  Ça fait de nombreux apprentissages pour une seule journée. Beaucoup d’apprentissages à chaque semaine. Il est normal de répéter, car les enfants oublient des choses parmi toutes celles qu’ils apprennent

Garder des traces des stratégies à mettre en pratique pour faire de nouveaux apprentissages s’avère essentiel afin de s’assurer de garder en vie tout ce qu’on apprend. Les tableaux sont des outils parfaits pour ça. Ils sont élaborés pour soutenir les élèves dans le développement de leurs compétences, pour les aider à se rappeler comment utiliser une stratégie et comment aller plus loin. Quand je vois des élèves mettre en pratique une même stratégie depuis quelques jours, je me pose toujours la question : « Est-ce qu’ils savent comment faire mieux? » C’est alors l’occasion d’être encore plus explicite dans l’enseignement d’une stratégie importante qui peut faire une différence dans leur travail. Les tableaux d’ancrage de démarche et les tableaux de microprogression sont des outils vraiment utiles pour y arriver. Ces tableaux rendent explicites les étapes du développement d’une habileté. Élaborés avec les élèves, ils sont encore plus efficaces.  

Voici quelques exemples de tableaux que j’utilise en classe pour aider mes élèves à voir comment faire mieux.

Avec mes élèves, nous avons élaboré le tableau de microprogression À quel point j’enseigne à mes lecteurs parce que je voulais les voir écrire un plus grand volume d’écriture sur chacune des pages de leur livre. Nous avons déterminé ensemble les étapes à franchir pour y parvenir. La première étape, destinée aux élèves en début d’apprentissage, consiste à écrire au moins trois étiquettes par page. Pour ceux qui maitrisent déjà cette étape, nous avons déterminé qu’écrire une phrase sera l’étape suivante. Et enfin, pour les scripteurs plus habiles, nous avons établi qu’ils peuvent penser à ajouter plus de phrases pour enseigner davantage aux lecteurs (texte informatif). Tous les élèves peuvent se situer dans ce tableau et sont en mesure de voir ce à quoi ressemble la prochaine étape.

Le tableau d’ancrage de démarche Quand j’écris… a été conçu pour un petit groupe d’élèves qui oubliaient d’écrire les étiquettes, car ils se concentraient sur l’écriture des phrases. J’aurais laissé passer cet oubli, mais je trouvais important qu’ils s’exercent encore à écrire des mots nouveaux de façon isolée pour prendre en note leurs connaissances sur les habiletés phonémiques et graphophonétiques. Ce tableau est donc très utile pour ces élèves.

En lecture, on amène rapidement les élèves à observer les lettres et à utiliser leurs connaissances graphophonétiques pour lire les mots.  Je voulais rendre cette stratégie plus explicite en illustrant le genre de travail qu’on peut faire pour reconnaitre un mot nouveau. Faire le son de la première lettre est un bon départ, mais on souhaite que l’élève regarde plus loin dans le mot pour, éventuellement, se rendre à la fin. Grâce au tableau Je fais le son des lettres, les lecteurs de la classe ont pu réfléchir à ce qu’ils font comme travail en ce moment et ils sont invités à tenter d’aller toujours un peu plus loin dans le mot.

Le tableau d’ancrage Pour rester dans ma bulle de lecture a été conçu parce que mes élèves avaient du mal à se concentrer lors de la période de lecture autonome. On a réfléchi ensemble à ce qu’on devait faire pour être dans une classe qui permet aux lecteurs de rentrer dans leur bulle de lecture, car il est important de s’exercer plusieurs minutes par jour pour grandir en tant lecteurs. Avant ce moment de réflexion, la période de lecture autonome était bruyante, certains élèves se levaient inutilement, d’autres prenaient des livres de leur bac sans vraiment les lire… Bref, l’endurance en lecture ne progressait plus et je devais gérer le groupe, ce qui me laissait peu de temps pour m’entretenir avec mes élèves. À partir du tableau, chacun a réfléchi à ce qu’il fait déjà très bien, pour ensuite réfléchir à ce qu’il trouve plus difficile. Par la suite, chaque élève a choisi un défi à relever pour améliorer son comportement de lecteur et a reproduit le pictogramme de ce comportement sur un papillon adhésif qu’il a collé dans son dossier de lecture.

Ce qui est bien de ces tableaux, c’est qu’ils conviennent à tous les niveaux d’élèves que j’ai en classe, car ils sont conçus pour eux et avec eux. Certains tableaux montrent le chemin à suivre pour progresser. D’autres tableaux démontrent explicitement ce qu’on attend d’eux. À l’aide de ces tableaux, les élèves peuvent se fixer des buts pour augmenter d’un cran ce qu’ils font déjà. Comme tous les autres outils que j’offre à mes élèves pour les soutenir dans leurs apprentissages, ces outils sont temporaires. Prendre un peu de temps pour concevoir de tels outils fait une grande différence pour favoriser l’apprentissage, l’autonomie et l’engagement des élèves.

Telle une feuille qui tourbillonne dans le vent

Un texte d’Isabelle Robert

Voilà! Les sept premiers jours d’école viennent de défiler au milieu d’un grand tourbillon. Des jours précieux à faire connaissance, à installer des routines, à permettre aux élèves de s’approprier leur nouvel environnement et l’horaire d’une journée de première année, à instaurer de nouvelles façons de faire, à mener les premières activités d’apprentissage et surtout, à créer des liens entre nous. Des jours essoufflants, des jours pleins d’espoir, des jours inégaux, des nuits courtes à revoir mon plan de match.

Mais chaque jour, nous avons lu des histoires (d’ailleurs, Mathieu Lavoie est la vedette de l’heure de la classe!!!), parlé des auteurs que l’on connait, parlé de nos livres préférés, des endroits où nous aimons lire, des sujets de documentaires qui nous intéressent. Nous avons parlé de la chance que nous avons de pouvoir choisir des livres qu’on a le gout de lire. Et j’ai enchainé, jour après jour, les premières leçons de lecture ainsi que des moments de lecture seuls et en tandem.

Parallèlement à cela, nous avons étudié des lettres et des sons, Nous avons fait des activités de conscience phonologique, de conscience phonémique et du travail sur les éléments graphophonétiques.

Les élèves ont aussi écrit dès le premier jour. Il y a eu des leçons explicites bâties sur mesure grâce à l’étude de leurs premiers textes, et du temps pour pratiquer et mettre en œuvre les nouvelles connaissances. Par ces écrits, nous avons appris à se connaitre les uns les autres, toujours un peu plus. Et on installait des habitudes.

C’est maintenant que je me dépose, telle une feuille qui tourbillonne dans le vent depuis le premier septembre et qui se pose doucement au sol.

Oui, il était temps de se poser et de constater tout ce qu’on a accompli jusqu’à maintenant, de grand et de petit. Tout compte!

Hier, 10 septembre, journée parfaite pour organiser notre première célébration. Chaque année, j’organise assez rapidement la première célébration et m’assure d’en vivre fréquemment lors des deux premiers mois.  Je fais cela pour plusieurs raisons :

  1. Elles donnent du sens aux apprentissages;
  2. Elles permettent de mettre les individus en valeur;
  3. Elles permettent de mettre les apprentissages en valeur ;
  4. Elles permettent de se connaitre les uns les autres encore plus;
  5. Elles permettent de construire notre communauté en célébrant la diversité ;
  6. Elles donnent un élan incroyable pour la poursuite de l’apprentissage;
  7. Elles donnent du sens au travail d’auteur.

Donc, aux deux semaines environ, nous célébrons!

Cette première célébration est aussi pour moi l’occasion de faire à un pas de recul, ce pas qui permet d’avoir un portait de la situation, une vision plus panoramique. Constater le travail des élèves. Voir des étoiles dans les yeux lorsqu’ils présentent leur travail à la classe. Ressentir cette fierté. Entendre des questions d’élèves qui veulent en savoir plus sur ce que d’autres ont écrit. Entendre des compliments sur le progrès de certains. Revoir cette assurance qui s’installe lorsqu’ils écrivent. Constater que cette classe que je visualise chaque année sera bien réelle, encore.

J’apprends beaucoup d’eux. Ils sont arrivés avec un niveau varié de connaissances sur la langue et progresseront selon ce qu’ils sont. J’aime cette diversité. Et malgré quelques dossiers d’aide plutôt épais de certains, je suis émerveillée de ce qu’ils sont vraiment. Parmi eux, des élèves qui n’ont pas gagné à la loterie familiale, mais qui sont d’une force incroyable et qui attendent juste qu’on croie en eux.  Ces élèves me font frissonner. Et me rappellent combien je suis chanceuse de les accompagner. Cela même si certains jours sont plus difficiles. Complexes. Je sais profondément que l’atelier d’écriture permettra de mettre en valeur chacun d’eux.

Je suis prête pour une année incroyable!

Voici des progrès que j’ai observés. Déjà!

1er septembre: L’élève a écrit des étiquettes (Juliette, salade, Léa).
10 septembre: Elle écrit maintenant une phrase en plus de 4 étiquettes. Elle laisse des espaces entre les mots. Elle utilise un mot du mur « Je ». (Je suis au zoo).

1er septembre: L’élève a écrit une phrase et deux étiquettes. (Je joue avec Rosie.)
10 septembre: L’élève écrit deux phrases pour raconter et utilise le point pour délimiter ses phrases. (Je suis avec maman et Zachary. Je lis avec maman.)
1er septembre: L’élève présente des personnages immobiles. (C’est moi, ma soeur et mon chat.)
10 septembre: L’élève écrit une phrase. Elle forme de plus petites lettres. Elle est en action. (Je saute sur le trampoline.)
1er septembre: L’élève appuie difficilement sur le crayon. Trace sans avoir d’intention de communication. Laisse le crayon glisser sur la feuille.
10 septembre: Il veut dire qu’il aime jouer au XBox. Il se dessine avec une manette. À gauche, on voit la console. À droite, c’est l’escalier. On constate un trait plus assuré. Il tente aussi d’écrire son nom à l’aide de son modèle qu’il prend par lui-même.

1er septembre L’élève se dessine dans une piscine et a écrit deux étiquettes.
10 septembre: L’élève écrit trois étiquettes et une phrase en étirant les mots. Il utilise la ponctuation. Il fait bouger son personnage. Il se fait davantage confiance.

Prévoir les problèmes en écriture ou Comment répondre à l’inévitable: « Je n’ai pas d’idééée! »

Un article de Martine Arpin

Lucy Calkins affirme ceci :  «  La seule chose dont on peut être certain lors d’un atelier d’écriture, c’est qu’il y aura des problèmes » .

En effet, nous travaillons avec de jeunes enfants. Même en sixième année ils sont, après tout, de jeunes enfants. Lors des ateliers d’écriture, nous leur demandons d’être autonomes et responsables de leur apprentissage. Nous leur demandons un travail cognitif et émotionnel exigeant. Nos élèves sont en apprentissage, il est donc tout à fait normal que certaines interventions soient nécessaires pour les soutenir.

L’un des problèmes qui surviendra assurément dans toutes les classes, qui survient chaque année dans la mienne en tout cas, c’est le manque d’idées. Même si au début d’un module on enseigne certaines stratégies pour trouver des idées, il y aura quand même toujours des élèves qui n’en ont pas (ou qui pensent qu’ils n’en ont pas…). 

Voici quelques trucs pour générer des idées en groupe, en petit groupe ou lors d’entretiens individuels :

  1. S’assurer que les stratégies que nous enseignons soient transférables :  Notre premier réflexe pourrait être de donner des idées à l’enfant qui n’en a pas. C’est possible de le faire, il sera engagé plus rapidement dans l’écriture, mais le problème reviendra assurément au prochain texte, puis aux suivants… Quand nos interventions sont assez spécifiques pour soutenir l’éclosion d’idées mais assez générales pour que la stratégie puisse s’appliquer à différents textes, et, encore mieux, à différents genres littéraires, alors on s’assure que notre enseignement soit transférable.

Voici trois façons intéressantes de générer des idées avec les élèves de façon transférable. Ils peuvent ensuite placer leurs dessins dans le dossier d’écriture pour consultation future :

Pense à…

On peut aussi aller plus loin dans le « Pense à… », tel que le suggère l’autrice et illustratrice Marianne Dubuc: « Ma façon de débloquer, des fois, c’est de penser à un événement, un moment où j’ai ressenti une émotion TRÈS forte. Les idées viennent plus vite. » Je m’imagine facilement la portée de nos paroles lorsqu’on cite des auteurs que les élèves lisent et admirent. Les rencontres d’auteurs avec les élèves sont d’ailleurs une excellente façon de rendre concret le processus d’écriture et de donner du poids aux stratégies enseignées. « Si Marianne Dubuc le fait… » 😉

Rayon X: « Moi! »

Faire une carte

2. Favoriser les idées personnelles qui célèbrent l’identité

L’écriture est un excellent véhicule pour exprimer et affirmer son identité. Quand on veut générer des idées, on peut donc inviter les élèves à célébrer leur identité et à l’utiliser dans leur écriture. Quand nous faisons une démonstration, on doit porter une attention spéciale aux idées que nous présentons. Comme on demande à nos élèves de le faire, nous devons être plus braves dans nos textes:  ne pas se présenter toujours sous notre meilleur jour! Nous ne sommes pas toujours joyeuse, ou parfaite. Utilisons nous-mêmes nos identités pour trouver des idées.

3. Générer plusieurs idées à la fois puis choisir.

Générer des idées est difficile! Plus les élèves sont jeunes, plus la quantité de texte qu’ils écrivent est grande. C’est important, parce qu’il passent souvent à travers le processus d’écriture pour l’intégrer, alors ils ont besoin de beaucoup d’idées! Aussi, générer plusieurs idées à la fois permet d’être mieux préparé à écrire. Cela permet aussi de devenir intentionnel dans ses choix d’écriture. Ils deviendront des auteurs qui choisissent leurs sujet dans un ordre déterminé, au lieu d’être des auteurs qui ne font que prendre la première idée et essayer d’écrire à ce sujet. Comment?

  • Faire un jeu.

On peut cacher les stratégies enseignées sous des post-it numérotés. Un élève nomme un chiffre, puis donne une idée selon la stratégie qui s’y cache. Les autres élèves notent leurs propres idées, ou la partagent avec leur partenaire oralement.

  •  Des livres en banque!

On pourrait demander aux élèves de préparer cinq pages couvertures. De cette façon, les idées sont déjà là pour plusieurs textes. (J’essaierai cette stratégie au début du module des Petits moments cette année!)

4. Semer de petites graines

Dans Les histoires de Raffi (Abby Hanlon, éditions d’Eux), l’enseignante répète : «  Les histoires sont partout! ». C’est vrai qu’on l’affirme souvent, lors des ateliers d’écriture. Mais il ne suffit pas de l’affirmer. Il faut aussi prendre le temps de montrer aux élèves que c’est vrai, tout au long de la journée, de la semaine. Porter à leur attention les petits moments qui surviennent et qui feraient de bonnes histoires, qui peuvent devenir un sujet d’écriture :  une compote renversée, un conflit à la récréation, gagner (ou perdre…) à un jeu de cartes, l’abeille autour de nous à la récréation, manquer son autobus, prendre l’autobus pour la première fois… Cela leur permet de vivre comme des auteurs, qui puisent des idées dans les petits événements du quotidien, dans leur vie et celles qui les entourent.

Peu importe le problème, quand on sait que ce sera un problème, alors mieux vaut s’y préparer puisque nous savons que nous devrons intervenir. Que ce soit pour soutenir les élèves qui ne savent pas encore trouver des idées d’écriture, ou pour tout autous serons ainsi plus efficace dans nos interventions et pour les rétroactions aux élèves lors des entretiens ou de l’enseignement en petit groupe. Discuter avec des collègues des problèmes qui surviennent lors des ateliers d’écriture et se préparer ensemble à y faire face de différentes façons en partageant nos expériences est assurément un bon moyen de trouver des solutions…

Quels autres problèmes risquent de survenir lors de vos ateliers d’écriture cette année? Comment pouvez-vous vous y préparer?  Avec qui?

Idées inspirées d’un atelier avec Sara Berg, TCRWP, mars 2021.

S’inspirer des grands auteurs pour écrire, ou comment Connor McDavid inspire des milliers de petits joueurs de hockey

Un article de Martine Arpin

Mon fils adore le hockey. Il joue au hockey depuis qu’il a quatre ans. Depuis des années, donc, des entraineurs lui ont enseigné et montré les habiletés et les règles de ce sport, pour lui permettre de se développer comme joueur. Tous les jours, il est sur la patinoire: il pratique ses feintes, ses lancers, son coup de patin. Il regarde des parties de hockey avec son père et sa sœur (et parfois avec sa mère aussi, mais moi, j’aime bien mieux le regarder, lui, jouer!). Grâce à la technologie, il recule parfois la séquence pour visionner à nouveau certains jeux impressionnants. Il écoute des émissions qui parlent de son sport. Il est aussi à un « clic » des vidéos de ses joueurs favoris, les meilleurs de la ligue, qui jouent, s’exercent ou font des démonstrations d’habiletés exceptionnelles. Il les observe souvent. Il s’en inspire ensuite sur la patinoire, dans la rue, dans la cour, dans sa chambre, dans le corridor… Il ne jouera probablement jamais dans la ligue nationale, heureusement qu’il a un plan b (ne lui dites pas que j’ai écrit ça!), mais il développe une passion grâce aux modèles qui l’entourent.

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L’amour à travers les yeux de Matt de la Peña

Un article de Martine Arpin

En lecture, nous travaillons avec les élèves les stratégies de compréhension du langage littéraire. Plus les lecteurs évoluent, plus les livres qu’ils lisent sont étoffés, moins les éléments sont explicites et plus le langage utilisé peut amener des confusions. Les élèves sont capables de décoder les mots qu’ils lisent, mais peuvent avoir de la difficulté à en comprendre le sens. Dans les textes narratifs, nous enseignons aux élèves à porter attention à la façon dont l’auteur s’amuse à jouer avec les mots de façon inventive, à s’arrêter, remarquer et comprendre son intention. Nous les encourageons à relire, visualiser le sens en jouant la scène, discuter avec un partenaire. Nous leur enseignons à comprendre les comparaisons en réfléchissant au texte, à l’ambiance créée et à l’intention de l’auteur, à remarquer quand un mot est utilisé dans un autre sens que celui pour lequel nous avons l’habitude de l’utiliser, par exemple dans les expressions et les métaphores.

Nous pouvons aussi enseigner aux élèves à lire ce genre de textes comme des auteurs. Ils peuvent penser aux différentes stratégies apprises en écriture et remarquer leur présence dans les livres qu’ils lisent. À l’inverse, ils peuvent aussi s’inspirer des différentes façons dont les auteurs utilisent le langage littéraire pour tenter de le faire eux aussi dans leurs textes, en essayant de nommer ce que l’auteur fait et son intention. Par exemple, on pourrait s’attarder aux comparaisons pour montrer une émotion, à la répétition pour marquer une action importante, aux allitérations pour donner de la musicalité, au choix des expressions pour montrer le temps qui passe… Cet aller-retour entre leurs lectures et leur travail d’auteur contribue au transfert des apprentissages et permet d’approfondir la compréhension du langage littéraire, une habileté dont ils auront de plus en plus besoin en grandissant comme lecteurs.

Les élèves sont invités à s’exercer souvent, dans leurs lectures et dans leurs écritures personnelles, lors des ateliers de lecture et d’écriture.

Parfois, certains sujets ou éléments se prêtent bien, aussi, à une mise en contexte commune. Dans le cadre de la St-Valentin (mais ça aurait pu aussi être dans une étude sur la poésie, à la fête des mères ou des pères, dans une thématique d’amitié…), suite à la lecture de l’album Amour (Matt de la Peña, D’eux), nous avons réalisé une écriture partagée. Nous avons lu l’album une première fois, pour le découvrir, pour s’imprégner de sa beauté. Puis, nous l’avons relu avec une intention précise: porter attention à la façon dont cet auteur utilise le langage littéraire. Nous avons discuté en groupe des différentes façons dont l’auteur a montré l’amour, sans jamais utiliser les mots j’aime ou je t’aime. Nous avons observé qu’il a plutôt décidé de montrer différentes situations où l’on peut ressentir l’amour, d’illustrer différents moments où l’amour est présent, en utilisant un vocabulaire précis, évocateur et imagé. Nous avons porté attention à son utilisation du langage littéraire (comparaisons, personnification, expressions, utilisation inventive des verbes…). Nous avons pensé à ces situations et ces moments de leurs vies où ils ressentent l’amour de leurs parents. À partir des cinq sens, les élèves ont trouvé différentes façons de montrer cette émotion. Ensuite, chacun a choisi les phrases qu’il voulait écrire pour sa famille.

Un beau message d’amour loin des « Tu es belle comme une fleur. Je t’aime grand comme le ciel… » et compagnie (des messages tout simples qui font autant plaisir au cœur de maman, évidemment). L’avantage, c’est qu’en réinvestissant directement les notions travaillées en lecture et en écriture dans un contexte collectif d’écriture partagée liée à un événement à souligner plutôt que de faire une activité « à part » pour cet événement, nous favorisons le transfert en donnant une autre occasion aux élèves de s’exercer à l’oral et à l’écrit, et nous leur offrons un étayage supplémentaire pour mieux comprendre l’enseignement afin qu’ils puissent ensuite l’utiliser de façon autonome.

Stratégies tirées de: Units of Study for Teaching Reading, Bigger Books Mean Aming Up Reading Power, Heinemann.

Amour, Matt de la Peña, Éditions D’eux, Sherbrooke, 2019

L’importance des textes modèles: lire pour écrire, lire pour mieux comprendre

Un article de Marjorie Kuenzi

Mettre en place les ateliers d’écriture et de lecture dans sa classe promet un long chemin de changements et de découvertes. Les élèves découvrent pas à pas au fil de leçons. Pour nous enseignant-e-s, le chemin se fait également pas à pas au fil des modules, des lectures, des formations et de nos essais.
Ces derniers mois, j’ai mieux saisi l’importance des textes modèles et comment les utiliser plus activement, je souhaite donc partager ce pas supplémentaire avec vous.

Au début de la mise en place des ateliers en classe, il y a beaucoup de composantes à intégrer, mini-leçons, entretiens, stratégies, ….
Je mettais donc cela en place pas à pas en utilisant le texte modèle proposé dans le module en cours, sans lui donner une plus grande importance que cela. Le livre trouvait ensuite sa place dans un bac de textes modèles et n’était pas vraiment consulté par les élèves, faute de savoir vraiment quoi en faire. Ensuite, je me suis dit qu’il pouvait être intéressant de varier les textes modèles pour que chaque auteur trouve « son » texte modèle qui lui parlerait peut-être plus. J’en lisais donc un certain nombre qui venaient compléter le fameux bac, mais il manquait encore quelque chose pour que cela devienne porteur de sens.

L’utilisation du texte modèle peut être bien plus puissante que mes premières pratiques. Le texte modèle peut être utilisé en lecture interactive ou étudié avec les élèves pour observer ce que l’auteur a fait de puissant dans son texte, ce que l’on admire ou que l’on aimerait essayer dans nos propres textes. Cet article met en avant la découverte du texte modèle en lecture interactive.

L’atelier d’écriture est une des composantes d’un enseignement équilibré de la littératie. Pour l’enrichir et lui donner sa pleine puissance, il est primordial de l’accompagner des autres composantes.

Pour en savoir plus :

  • Lire le chapitre 5 du livre L’atelier de lecture, fondements et pratiques en lecture » Chenelière Éducation.
  • Document Composante d’une littératie équilibrée sur le blogue (cliquez ici pour y accéder.)

La lecture interactive est une pratique de la lecture à haute voix avec conversation qui se déroule sur plusieurs moments en dehors de l’atelier d’écriture ou de lecture. Cette pratique est liée aux ateliers, car on lit pour écrire, on lit pour mieux comprendre, on lit pour essayer dans nos écrits.
L’enseignant lit un texte oralement et fait interagir les élèves avant, pendant et après la lecture pour augmenter les prédictions, la compréhension et l’observation de ce que font les auteurs dans leur texte. Une lecture interactive doit permettre d’engager l’élève et de lui permettre d’exercer des stratégies et des réflexions.

Voici un exemple de préparation de lecture interactive avec le livre Jabari plonge de Gaia Cornwall aux éditions d’Eux.

Cela peut être fait directement avec des papillons adhésifs dans le livre ou sur un document annexe.

Exemple d’un questionnement lors de la 2e session de lecture

Comment préparer une lecture interactive ? À vous d’essayer !

1. Choisissez un livre en faisant attention à sa qualité littéraire et qui fonctionne avec les compétences que vous souhaitez enseigner dans votre module.

2. Lisez le livre pour le plaisir en étant attentif aux pensées que vous avez en cours de lecture, aux questions de compréhension qui vous viennent, aux prédictions que vous faites.

3. Relisez le livre une ou plusieurs fois en repérant les stratégies qui peuvent être travaillées avec vos élèves avant, pendant et après la lecture. Vous pouvez ajouter des post-it dans le livre pour vous aider. Voici quelques propositions :
– jeter un coup d’œil et faire des prédictions sur le livre,
– faire émerger des réflexions, des liens que l’on fait à l’histoire,
– se poser des questions sur l’histoire,
– repérer des éléments sur les personnages, les lieux,
– observer les illustrations pour voir plus de détails,
– et redire et résumer l’histoire.

4. Relisez le livre comme un auteur en étudiant la structure et en vous posant la question: « Que fait l’auteur de puissant dans son texte ? » Listez les procédés littéraires que vous repérez.
Si vous êtes perdu-e-s, étudiez les procédés littéraires enseignés dans le module que vous utilisez.

5. Demandez-vous comment engager vos élèves durant la lecture et les conversations.

À gauche: illustration tirée du livre L’atelier de
lecture: fondements et pratiques en lecture
, Chenelière, p.172

6. Préparer vos papillons adhésifs ou votre document.

7. Essayez avec vos élèves et faites-nous un retour de votre expérience 😉

Dernière précision, la lecture interactive peut également se faire avec des textes informatifs ou d’opinions.


Ouvrages cités:

Gaia Cornwall, Jabari plonge, éditions D’EUX, 2020

Lucy Calkins, L’atelier de lecture, fondements et pratiques, Chenelière Éducation, 2019

 

La rentrée et le premier texte sur demande

Un article de Martine Arpin

J’aime faire lire et écrire mes élèves dès les premiers jours d’école. Ces premiers moments placent les fondations de notre année. Nous pouvons commencer à mettre en place les comportements et les bonnes habitudes dès le départ. Je peux tout de suite montrer comment j’encourage l’autonomie, et valoriser ce qu’ils connaissent déjà. Cette année, j’accueille pour la première fois une presque totalité d’élèves qui ont vécu plus d’un module d’écriture à la maternelle et aussi en première année. Deux ans d’écriture derrière la cravate, et ils n’ont même pas encore 8 ans! Lire la suite

Faire autrement pour nos lecteurs et nos auteurs dans un nouveau contexte de classe

Par Marlyn Grant et Isabelle Robert

Dès que nous avons su que nous allions retourner en classe, nous avons commencé à réfléchir à comment organiser le tout.  Dans ce contexte si contraignant, que peut-on faire et comment allons-nous nous y prendre? On se retrouve avec une toute nouvelle réalité de classe, mais nos croyances demeurent les mêmes.

Tout d’abord les livres

Oui, s’il y a une chose qu’on peut donner aux élèves, ce sont bien des bacs remplis de livres. Des livres variés, colorés, drôles… pas juste nivelés. Nous avons choisi de former trois catégories de bacs de livres qui seront remis à nos élèves, selon le niveau de leurs lectures.

  • Des bacs pour les lecteurs débutants (livres avec une phrase et des illustrations aidantes ou facilitantes) ;
  • Des bacs pour les lecteurs qui lisent avec de plus en plus de fluidité (livres contentant plus d’une phrase, mais assez simples à lire, avec des illustrations qui peuvent soutenir le texte) ;
  • Et enfin, des bacs pour les lecteurs plus avancés, avec des livres correspondants à ce niveau de lecture.

Évidemment, dans chaque bac, nous ajouterons des livres informatifs très illustrés (peu importe le niveau de lecture), des livres qu’on a lus cette année, des classiques, des nouveautés, des bandes dessinées. On s’assurera d’offrir à chaque élève un choix varié et une quantité suffisante de livres (environ une quinzaine) pour qu’il n’en manque pas au cours de la semaine. Ce bac restera à côté de l’élève et l’accompagnera du lundi au vendredi. Les livres prendront une pause pendant la fin de semaine et hop, le lundi suivant, le bac ira à côté d’un autre lecteur qui lit des livres d’un niveau de lecture similaire.

Quand le lecteur recevra son bac, il pourra feuilleter les livres qu’il contient et planifier l’ordre dans lequel il les lira. Il pourra tenter de classer ceux qu’il peut lire facilement, ceux qu’il lira au retour des récréations, ceux qu’il utilisera pour travailler certaines habiletés (comme l’aisance-fluidité et l’expression) ou tout autre classement qui lui viendra en tête.

À la fin de la semaine, il serait intéressant d’inviter chaque élève à écrire une critique littéraire à propos d’un livre qui se trouve dans son bac et qu’il a beaucoup aimé, un livre qu’il l’a fait rire, qu’il lui a fait découvrir de nouvelles informations ou pour toute autre raison. Il pourrait y attribuer des étoiles pour indiquer son niveau d’intérêt. Et pourquoi ne pas laisser ce texte dans le bac pour le prochain lecteur ? Quelle belle occasion de travailler l’écriture du texte d’opinion! On pourrait certainement planifier quelques leçons à ce sujet et utiliser des textes modèles divers pour s’inspirer. C’est le temps d’être créatifs!

Voici quelques suggestions de livres qui pourraient se trouver dans les bacs. Comme vous le verrez, il est possible de planifier le contenu des bacs avec une intention précise. Les exemples s’adressent à des élèves de première année, mais vous pourrez les adapter à votre niveau d’enseignement.

  • Des albums du même auteur

Par exemple, les albums de Jean Maubille qui sont habituellement des textes répétitifs, drôles et faciles à lire. Pendant la semaine, on peut faire la lecture à voix haute de quelques albums de cet auteur. Par la suite, on pourra comparer ces lectures avec les livres du même auteur qu’on a déposés dans les bacs des élèves.  Ensemble, on pourra dégager ce que l’on a observé à propos de l’auteur et partager nos passages préférés. Chaque élève pourra aussi s’exercer à lire le livre de son bac avec une voix de vedette. À la fin de la semaine, on pourra faire une célébration. Ceux qui le désirent pourront lire leur livre à voix haute sur leur chaise. Les autres élèves pourront commenter, complimenter, donner une rétroaction. C’est possible aussi de s’inspirer de l’auteur pour écrire un peu à la manière de…

  • Des albums sans texte

La mer de Marianne Dubuc, La vague de Suzy Lee, les BD de Petit poilu, Les trois petits cochons de Rascal, Dessine de Bill Thomson, etc. On peut lire les images, rédiger sur des papillons adhésifs ce que l’auteur aurait pu écrire, développer les compétences à communiquer oralement en racontant l’histoire… On peut aussi proposer aux élèves de devenir des auteurs d’albums sans texte.

  • Des livres de poésie (ou des albums écrits de façon poétique)

Par exemple, la collection Clin d’œil chez Isatis ou Poésies pour la vie de Gilles Tibo. Encore une fois, on pourrait s’en inspirer pour écrire ou pour réciter des poèmes.

  • Des albums d’une même collection

Éléphant et Rosie sont vraiment bien pour travailler les dialogues entre les personnages. Les livrets des éditions Fonfon  (Claudia, Robert, etc.) sont vraiment bien pour écrire de courtes phrases à propos de soi.

  • Des documentaires

Choisir des livres d’informations qui traitent d’un même sujet et en déposer un dans chaque bac. Par exemple, choisir des livres sur les bestioles, sur les planètes, des livres de la collection Tatsu Nagata, etc. On peut faire une écriture partagée à partir des informations trouvées dans les livres ; l’enseignant.e tient le crayon et les élèves partagent les idées.

Nous savons qu’il faudra beaucoup, beaucoup de livres pour bien garnir les bacs de lecture en temps de distanciation sociale, mais ce sera possible, car nous aurons moins d’élèves. Et la bibliothèque de l’école étant fermée, c’est un bon temps pour aller la dévaliser.

Une autre idée que nous avons eue est d’ajouter une fiche cartonnée dans le bac de lecture de chaque élève pour qu’il puisse se faire une liste des livres qu’il aimerait avoir dans son bac la semaine suivante. Peut-être que ce sera un livre lu à voix haute, le tome 2 d’une série, un livre d’un auteur qu’il aime, un documentaire sur un sujet précis, un livre suggéré par un autre élève… Bref, une façon de choisir un peu lui-même les livres pour lesquels il a de l’intérêt. Cette liste nous permettra de nous aider bonifier le bac et à le personnaliser au gout de l’élève.

 

La période de lecture autonome

L’élève devra rester à sa place, on le sait. Toutefois, plusieurs positions de lecture sont tout de même possibles. Il pourra rester sur sa chaise, la tourner pour s’assoir à califourchon, s’assoir sous la table sur un agenouilloir de jardin (ce qui donne l’effet de lire dans une cabane). Et pourquoi ne pas s’assoir sur la table si celle-ci est bien stable ? Selon la configuration de la classe, est-il possible  pour ceux qui sont placés à l’avant de la classe de passer sous leur table pour s’assoir dans une chaise coquille sans être dans la zone d’un autre ami? Est-il possible pour ceux qui sont placés à l’arrière de la classe d’avoir suffisamment d’espace derrière eux pour s’installer dans un petit siège de ce genre ? Essayer différentes positions de lecture prendra quelques jours, mais quand ce sera fait, on pourra se fixer des défis d’endurance en lecture comme on le faisait au début de l’année.

Pour les ateliers de lecture et d’écriture

Étant donné qu’on ne pourra pas se rassembler, il faudra faire preuve de créativité pour former une communauté de lecteurs et d’auteurs à distance. Peut-on créer un petit rituel (une chanson, une comptine…) pour marquer le début de la leçon? Permettre aux élèves de s’assoir sur la table ou le pupitre (si le mobilier est stable) durant la leçon? Se fabriquer une couronne Auteur au travail ou Lecteur au travail pour accompagner les périodes d’ateliers? Nous croyons qu’il est important de s’assurer de marquer, d’une façon ou d’une autre, le début de l’atelier.

En ce qui concerne les leçons, nous croyons que la caméra document sera un incontournable. Lors de la partie Engagement, les discussions entre partenaires seront faites à distance, alors les tandems seront choisis principalement selon l’emplacement des élèves dans la classe. Il est certain que ces échanges se dérouleront à un plus haut niveau sonore, mais nous savons à quel point il est important de les maintenir.

Il faudra sans doute procéder différemment pour les tableaux d’ancrage si on a plusieurs élèves qui se trouvent très loin dans la classe. Nous avons pensé les créer dans un format de 8 ½ x 11 sous la caméra  document pour les projeter au TNI. Tout au long de la semaine, durant la période de travail autonome (en lecture ou en écriture), ils seront ainsi visibles au TNI. À la fin de la semaine, il sera facile de les imprimer et d’en remettre une copie à chaque élève.

Pour la Mise en commun de l’atelier d’écriture, puisque nous aurons difficilement accès aux textes des élèves afin de donner de la rétroaction, et qu’ils ne pourront pas recourir aux conseils de leur partenaire,  nous pensons qu’il sera important d’offrir plus de temps au partage en grand groupe du travail fait durant la période d’atelier. Permettre à un auteur de monter sur sa chaise et de lire à voix haute ce qu’il a écrit, parler de son processus, recevoir des compliments et des conseils pour la suite du travail sera sans doute une bonne formule. Il sera aussi possible de procéder ainsi lors de l’Enseignement de mi-atelier. Privilégier la rétroaction plutôt que l’enseignement durant cette pause de mi-atelier sera une option gagnante à notre avis. Ces moments de partage seront importants pour prendre en note les besoins des élèves afin de planifier les prochaines leçons.

La Mise en commun de l’atelier de lecture sera aussi un moment privilégié pour permettre à un élève de lire à voix haute un extrait de son livre, de faire le rappel de l’histoire, de partager ce qu’il a appris, de parler des personnages. Il y a plusieurs possibilités, mais on tentera d’être en lien avec la leçon du jour. Se mettre debout derrière sa chaise ou monter sur celle-ci pour partager nous semble être aussi une belle idée pour cette mise en commun.

La lecture à deux sera un beau défi. Est-ce que lire à deux à distance est réaliste? On le verra bien en l’essayant. Il faudra établir des règles et modéliser différentes possibilités. Et s’ajuster, c’est certain. Pourquoi ne pas offrir des livres jumeaux pour permettre aux élèves de lire ensemble, en étant éloignés, et de discuter d’une même lecture ?

Pour les entretiens, dans un monde idéal de distanciation sociale où tous les élèves auraient accès à une tablette électronique, on pourrait organiser des visioconférences pendant la période de lecture ou d’écriture autonome. Des rencontres entre partenaires peut-être…  Il y a certainement des avenues à explorer de ce côté si ce matériel est accessible à vos élèves.

Publier les textes plus fréquemment est une bonne idée pour avoir accès à ceux-ci de plus près.  Si les publications reposent sur les tables pendant la fin de semaine, au retour, on pourra les récupérer et les étudier attentivement afin de cibler les besoins et d’ajuster notre enseignement. On pourrait choisir de déposer les textes des élèves sur une plateforme numérique utilisée par la classe (Seesaw, Padlet, etc.) De cette façon, les élèves auraient facilement accès aux textes de leurs pairs. Ceux-ci pourraient aussi être partagés à la maison et les parents pourraient être invités à y laisser des commentaires.

En lecture, établir un rituel festif de partage entre lecteurs sera bien pour la communauté que nous sommes, car nous craignons que l’aspect social de la lecture perde un peu de plumes.  Nous multiplierons les moments où les élèves feront la lecture à voix haute aux autres élèves de la classe. Ce sera une occasion d’apprentissage pour développer l’aisance-fluidité et la lecture expressive. Ce sera également une opportunité pour partager un coup de cœur littéraire et pour donner le gout aux autres lecteurs d’ajouter ce livre sur la liste de ceux qu’ils aimeraient retrouver dans leur bac la semaine suivante. On pourrait instaurer Le vendredi partage!

Comme vous le voyez, il existe des façons de faire qui seront différentes, mais qui conviendront à cette nouvelle réalité si contraignante. Vous avez surement pensé à de nouvelles façons de faire, vous aussi. Réinventons l’école. Ce ne sera pas pareil. Beaucoup de deuils à faire. Comme le dit Richard Robillard, psychopédagogue, on doit être positif et optimiste face à la réalité. La bienveillance, la joie, le partage feront partie des ingrédients essentiels de ce court chapitre. L’important est que les élèves y trouvent des repères. On fera du mieux qu’on peut. On accueillera tout ça et on s’applaudira haut et fort sur l’incroyable capacité d’adaptation que nous avons, nous, les enseignant.e.s.

Bon retour collègues !

 

 

 

Utiliser les textes des élèves pour planifier son enseignement de l’orthographe et de la grammaire

Un article de Martine Arpin

Fin décembre. Fin du module informatif dans ma classe de 2e année. J’observe les textes sur demande de mes élèves avec attention. Je relis chacun des textes quelques fois, avec une intention différente chaque fois : en comparant le premier et le dernier « sur demande » du module, et en observant les textes de son dossier d’écriture, quelle évolution puis-je constater chez cet élève ? J’en prends note, pour pouvoir en faire part à l’élève et à ses parents. Lire la suite

Développer son identité d’auteur et célébrer qui on est!

Un article d’Isabelle Robert

C’est à la fin du mois de septembre que mes élèves ont vécu leur première célébration. Ils ont travaillé fort en écriture pendant les quatre premières semaines de classe. C’est énormément d’apprentissages et de temps de pratique pour ces petits de première année qui ont tant à découvrir à propos de la lecture et de l’écriture. Mes élèves écrivent depuis le premier jour, et moi, j’enseigne ce qu’ils ont besoin de savoir pour être plus efficaces, plus clairs, plus précis et pour que la créativité puisse prendre son élan. Ils écrivent. Je regarde leurs écrits. J’enseigne. Ils écrivent. Je regarde leurs écrits. J’enseigne. Ils écrivent… Et je vois les écrits se transformer sous mes yeux. Lire la suite

L’atelier, ce n’est pas une recette, mais…

Un article de Martine Arpin

Lorsque j’ai adopté l’atelier d’écriture dans ma classe, plusieurs collègues qui connaissaient les croyances et valeurs qui teintaient déjà ma pratique depuis quelques années se demandaient bien comment je pouvais m’intéresser autant à un ouvrage aussi structurant, ressemblant pour un non-initié à un « guide du maître » avec une recette toute faite. En anglais en plus. Où tout ce que je pouvais dire et faire était scripté. Moi qui avais laissé tomber les manuels scolaires et les cahiers d’exercices depuis longtemps, qui avais toujours de nouvelles idées pour de beaux projets à partir de la littérature jeunesse…

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