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Les ateliers d'écriture et de lecture au primaire

Inspiré de la démarche des Units of Study du TCRWP

Catégorie

L’atelier d’écriture

Réinventer le livre informatif au 2e et au 3e cycle du primaire

Avec la collaboration spéciale d’Ariane Brunet

J’ai eu la chance d’aller à l’institut d’été De mots et de craie. Pendant 3 jours, j’ai eu la chance de vivre une expérience humaine des plus enrichissantes. Pendant 3 jours, Cheney Munson, formateur au Teachers College, nous a transmis une parcelle de ses nombreuses connaissances et compétences à enseigner l’écriture aux élèves du 2e et du 3e cycle du primaire. Je l’avoue, il est ma nouvelle idole 😉. Le prochain article est consacré à tenter de partager mes plus grands constats, ce qui s’est le plus imprégné dans mon cœur de prof. 

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Nous avons appris à réinventer le livre informatif, à en faire un livre interactif. Quand je parle de livre interactif, je parle de livres avec des rabats, des pages qui se déplient, des images qui tournent, des schémas, des dessins, des tableaux, des pochettes, des textes ou des images cachées, etc.

Dans ma classe, le livre informatif est un genre que les élèves affectionnent et ils se sentent souvent compétents puisqu’ils peuvent choisir leur sujet. Toutefois, en réinventant le livre informatif et en le rendant interactif, on rend les élèves d’autant plus motivés et surtout, beaucoup plus engagés dans leurs apprentissages. D’ailleurs, l’interactivité du livre permet aux élèves de développer leur créativité ainsi qu’un côté artistique qui est rarement utilisé dans ce type de texte. Ce livre s’écrit en équipe et nous savons que la discussion avec les pairs est une des pratiques les plus efficaces dans l’enseignement de l’écriture (Allington, 2005).

Voici le premier élément que je retiens; on peut s’amuser avec le format du livre que chaque équipe écrira. Il est parfois amusant, tout en conservant la philosophie, les étapes et les grandes lignes, de mettre les ateliers à notre couleur. L’observation de nos élèves est de mise pour s’assurer que nos ajustements tiennent compte de l’évolution et de l’intérêt de nos élèves.

Mon deuxième constat concerne la collecte d’informations. Dans ma classe, la plus grande problématique concernait la prise de notes. Il est très difficile pour les élèves de synthétiser les informations sans les recopier dans leur propre livre, ce qui est tout à faire normal puisque la synthèse est une des habiletés intellectuelles les plus complexes selon la taxonomie de Bloom. Cheney Munson nous a proposé une démarche différente qui permet de prendre des notes efficaces et de devenir des experts de son propre sujet avant d’écrire son livre. J’ai compris que l’on peut ajuster le temps que l’on passe sur la planification, l’écriture du livre et la révision. À son avis, la phase de collecte d’informations peut prendre presque une semaine complète. Une semaine où l’on alterne :

  • la présentation de livres modèles
  • la recherche d’informations (que l’on peut présélectionner pour les élèves)
  • les mini-leçons (pour entre autres, savoir prendre des notes efficaces)
  • une écriture ou des écritures sur demande pour synthétiser des informations
  • des jeux de vocabulaire avec les mots en lien avec le thème.

Je comprends maintenant l’importance que l’élève devienne un expert de son sujet, qu’il soit en mesure d’en parler et qu’il internalise les informations qu’il a recueillies avant d’écrire le livre au complet.

Mon dernier constat est le pouvoir du travail d’équipe. Je pense que tous les enseignants qui enseignent les ateliers d’écriture sont déjà convaincus que la collaboration avec les pairs est une des pratiques les plus efficaces puisque les élèves discutent de leurs textes, les améliorent ou trouvent des idées à l’aide de leurs pairs. À l’Institut, Cheney m’a fait comprendre que l’on peut aller encore plus loin. Pourquoi ne pas écrire le livre en équipe? Évidemment, la phase de recherche se fait davantage de manière individuelle, mais on peut les ramener en petits groupes fréquemment pour partager leurs nouvelles connaissances et les regrouper quand vient le temps d’organiser la structure du livre et d’écrire les chapitres. En discutant avec mes collègues, je me rends compte qu’il existe un malaise à évaluer les textes collaboratifs puisqu’il peut être difficile de se faire une idée de ce que l’élève est réellement capable d’écrire. Ma réponse se déploie en trois sous-réponses. Premièrement, pourquoi sommes-nous à l’aise d’évaluer des travaux d’équipe en sciences, en arts, en univers social, mais pas en écriture? Peut-être faut-il revoir notre façon d’évaluer l’écriture. Peut-être faut-il délaisser l’exactitude d’une note très précisément accordée à l’élève pour mettre plus d’énergie sur ce qu’il apprend, le type d’auteur que l’élève devient; redonner la place à l’apprentissage. Deuxièmement, les entrevues permettent de savoir ce que l’élève est capable de faire seul, de voir ses progrès, de cerner ses prochains pas. Il est donc primordial de se fier aussi à ces observations et ces conversations et non seulement à la production finale. Finalement, le but premier de l’école est d’apprendre, n’est-ce pas? Nos choix pédagogiques devraient donc être guidés en ce sens. L’évaluation devrait être planifiée, certes, mais je ne crois pas que nos choix pédagogiques devraient se faire en fonction de la simplicité de l’évaluation, mais toujours en fonction de l’apprentissage et de l’évolution de nos élèves.

Finalement, je retiens que le bonheur d’écrire, d’enseigner et de planifier reste le vecteur premier pour amener nos élèves à être de bons auteurs; des auteurs qui écrivent avec le cœur. Je souhaite que ce texte vous donne envie de vous amuser avec les livres interactifs et d’être créatifs avec votre planification tout en réfléchissant aux meilleures façons de faire évoluer vos petits auteurs.

Célébrer, un petit plus qui fait toute la différence…

C’est l’Halloween demain. Mes enfants sont grands, c’est avec leurs copains qu’ils célèbrent et se costument. On n’ouvre plus la porte depuis quelque temps déjà. Cette année, une autre étape: même pas de décoration à l’extérieur. Pourtant, au début du mois d’octobre, mes enfants m’ont demandé où était le bac d’Halloween. Avec le chat qui fait un bruit de sorcière qui nous fait faire le saut chaque fois qu’on monte l’escalier. Et les autres décorations qui leur ramènent des « Ah oui! Oh, c’est vrai! » chaque fois qu’ils sortent un nouvel objet. Ils m’ont aussi demandé si je ferais les biscuits à la citrouille (« Sinon, dis-le, on va les faire, nous autres… »), et le squelette en crudités. Demain, les lumières seront éteintes à l’extérieur, mais dans la maison, nous recréerons un rituel qui nous sert en fait de prétexte à être ensemble, à se rappeler de bons moments, à avoir du plaisir en famille et entre amis. Prendre le temps de célébrer, c’est créer et participer à un événement qui cimente nos identités familiales et sociales.

La célébration est aussi une étape indispensable à la mise en œuvre d’une séquence d’enseignement de l’écriture.

Peu importe la forme de célébration choisie, il est important de garder en tête l’objectif principal : donner un sens à l’acte d’écrire en classe et surtout reconnaitre, et permettre aux élèves de reconnaitre eux-mêmes, tout le travail accompli par en tant qu’auteurs pendant les six semaines d’étude en profondeur d’un genre par les ateliers d’écriture.

Comme pour toute célébration, un temps de préparation est nécessaire.

On prend le temps de choisir le texte que nous voudrons présenter. Celui qui montre notre meilleur travail d’auteur. Celui dont on est déjà le plus fier. Puis, on le prépare à être partagé avec d’autres. Cet objectif permet de contextualiser un travail de révision, de correction, et même d’édition plus approfondi. Il fait la différence entre « le faire parce que l’enseignant le demande », et le faire parce que c’est nécessaire pour le texte, pour qu’il puisse être lu, apprécié et célébré. Cette perspective amène un niveau d’engagement supérieur et plus durable.

Dans ma classe de 2e année, pour la première célébration d’écriture, plusieurs élèves ont décidé de publier le texte sur demande qu’ils avaient écrit à la fin du module d’écriture narrative Écrire des séries d’histoires réalistes (Chenelière, 2019). Nous avions trouvé une idée en groupe (la fois où un élève a fait tomber une plante dans la classe), planifié ensemble et préparé un lexique.

Puis, chacun a écrit l’histoire à sa façon en faisant vivre l’événement au personnage de sa série personnelle et en utilisant les stratégies apprises pour l’écriture, la révision et la correction. Ces étapes du processus étaient donc déjà faites par les élèves.

D’autres ont choisi de publier un autre texte écrit durant le module, souvent celui pour lequel ils avaient porté plus d’attention à la révision et la correction. Les traces de leur travail d’auteur pour améliorer ces textes sont pour eux des preuves concrètes de l’effet de ces étapes importantes du processus d’écriture. Ceux qui avaient choisi un autre texte pouvaient prendre le temps de réviser et corriger une dernière fois pour s’assurer que leur texte présentait vraiment leurs meilleures connaissances, à ce jour, sur l’écriture narrative.

Pour préparer le texte choisi à être publié pour la célébration, les élèves étaient invités à revoir leurs pages pour décider lesquelles mériteraient d’être recopiées pour s’assurer que le lecteur puisse lire leur histoire facilement. La plupart des élèves ont choisi de recopier une page. Pour certains, ce n’était pas nécessaire, et pour d’autres, tout le texte a été recopié. Le jugement de chaque auteur est pris en considération pour cette étape, comme pour les autres étapes du processus d’écriture. Durant l’année, recopier au propre n’est pas toujours nécessaire pour la célébration choisie, et jamais pour tous les textes produits. Il faut toujours avoir son objectif en tête :  voir le « avant-après », qui peut montrer à certains l’avantage d’écrire lisiblement et proprement même pour soi, rendre un passage lisible pour le lecteur, afin qu’il puisse apprécier la qualité de nos stratégies d’écriture, juste rendre le produit fini « plus beau »?  Et varier les demandes ou exigences en ce sens durant l’année.

Ensuite, nous avons étudié dans les livres de la classe « les petits plus » qui font partie de l’édition :  les pages de garde, la quatrième de couverture, les dédicaces… Les élèves pouvaient choisir d’en ajouter au texte publié. Ils ont aussi ajouté une page couverture, choisi un titre et colorié/amélioré les croquis. Jusqu’à la fin, l’auteur est amené à être autonome dans ses prises de décisions.

Les textes étaient fin prêts à être partagés avec d’autres auteurs de la classe et des autres classes de 2e année. La fierté des élèves, leur bonheur de partager leur travail et leur capacité à pouvoir nommer ce qu’ils font mieux maintenant en tant qu’auteurs autant que de complimenter les autres auteurs de leur communauté de façon précise et enthousiaste consolide leur confiance en tant qu’auteurs et confirme leur identité.

La célébration est un contexte idéal pour cimenter des habitudes et des attitudes d’auteur importantes. Décorations ou pas, bonbons ou pas, porte ouverte ou pas, l’important est de revenir à l’essentiel: créer un prétexte pour être ensemble, se rappeler de bons (petits 😉 ) moments et avoir du plaisir ensemble.

Images des « petits plus » (pas corrigés) dont les élèves ont agrémenté leurs textes publiés. Des petites perles de bonheur à voir et lire, qui vont chercher une touche créative pour plusieurs!

Les dédicaces:

Les 4e de couverture

Les pages de garde

Après six semaines, il est temps de s’y pencher sérieusement!

Un texte d’Isabelle Robert

Septembre, on ne le voit jamais passer. Faire connaissance, installer les routines et bâtir les fondations sur lesquelles se déposeront nos habitudes, nos façons de faire, notre travail acharné, nos expériences, nos moments de joie, nos doutes et tout ce qu’on sera en tant que communauté font que les journées s’enchainent et défilent à toute vitesse.

Octobre, on se dépose un peu. Toutefois, dans ma classe de première année, c’est le moment de se pencher sérieusement sur un élément clé du travail d’écriture : la capacité de se relire pour réviser.

Le timing est parfait. Depuis maintenant six semaines, les élèves écrivent tous les jours. Ils identifient plus facilement les sons (phonèmes) des mots qu’ils veulent écrire et ils parviennent à y faire correspondre de plus en plus de lettres (graphèmes). Ils connaissent l’orthographe lexicale de plusieurs mots fréquents et ils pensent davantage à les utiliser dans leurs phrases. Le tracé des lettres est plus facile et des espaces se glissent entre les mots. Alors oui! Amener les élèves à se relire et en créer une habitude devient prioritaire. Une habitude essentielle à la révision. Après six semaines, il est temps de s’y pencher sérieusement.

Pour y parvenir, nous avons tout d’abord abordé différentes stratégies qui rendent nos textes faciles à lire. Un tableau d’ancrage est en place dans la classe pour nous permettre de nous y référer régulièrement. Aussi, on prend le temps d’étudier le travail de certains élèves pour voir ce qui rend leur texte facile à lire. C’est essentiel que les élèves voient ce à quoi ça ressemble, un texte facile à lire.

Pour les élèves qui n’arrivent pas à se relire, de l’enseignement en petit groupe s’organise autour d’objectifs divers, selon le besoin prioritaire de chacun: utiliser les mots du mur (les mots d’usage fréquent étudiés en classe), étirer les mots pour écrire plus de lettres, écrire les mots partie par partie, relire chaque mot en faisant glisser son doigt sous chaque lettre… L’écriture guidée est aussi une belle façon d’accompagner les élèves dans l’écriture de mots et de phrases.

Tant pour l’ensemble de la classe que pour le travail en petit groupe, l’écriture interactive est le dispositif idéal pour l’apprentissage des différentes étapes du processus d’écriture et pour le travail spécifique concernant l’écriture des mots et la relecture.  En écrivant ensemble de courts textes, on invite les élèves à mettre en pratique des stratégies apprises, on les guide sur divers éléments de la langue, on fournit un modèle où l’on orchestre plusieurs stratégies. L’écriture interactive est vraiment très efficace pour montrer ce à quoi ressemble une idée qu’on met sur papier. Les élèves gagnent à être régulièrement exposés à ce modèle. Non seulement ils ont besoin de voir, mais ils ont également besoin d’entendre les réflexions qui conduisent vers l’écriture et comment on relit d’une façon attentive pour vérifier que tout soit correct.  

Se relire ouvre donc la porte à la révision. Il est essentiel que les élèves comprennent qu’à cette étape, des traces apparaitront dans leurs textes. Des traces très importantes. Des tentatives de réparation, des marques de vérification et des ratures de toutes sortes… car lorsqu’on ne parvient pas se relire, il peut être utile de reprendre une partie du travail plutôt que de perdre du temps à se souvenir de ce qu’on voulait écrire. Ces traces de révision peuvent parfois être déstabilisantes pour certains élèves jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’elles ajoutent de la valeur à leur texte. Elles signifient qu’ils deviennent des auteurs responsables de leur travail d’écriture. Il est à noter qu’il sera nécessaire d’enseigner aux élèves comment faire des ratures propres pour s’assurer que la page révisée demeure lisible.

Pourquoi travailler la révision si tôt dans l’année? Parce que c’est une habitude à créer le plus rapidement possible. Je veux former des auteurs responsables, des auteurs qui revoient ce qu’ils écrivent, qui se posent des questions, qui réfléchissent à ce qu’ils écrivent et qui ajustent comment ils l’écrivent. Je veux que les gens qui entrent dans la classe voient des élèves pour qui réviser fait partie des habitudes d’écriture.

Célébrons la révision! C’est un travail important à valoriser. Les élèves doivent comprendre la valeur qu’on accorde à cette étape du processus. Célébrons nos auteurs responsables qui utilisent tout ce qu’ils ont appris de l’écriture, et ce, en seulement six semaines de première année!

Extraits des livres des élèves

La poésie, reflet du coeur

Un article de Martine Arpin

Quand j’écris de la poésie( extrait, Mireille Levert)

La poésie

c’est avoir des yeux

dans le trou des yeux

dans la paume des mains

au bout des doigts

sur le ventre

Mais surtout

dans le coeur (…)

La poésie

c’est voir ce qui est invisible

J’aime entendre et voir des experts parler du sujet qui les animent.

Que ce soit Kim Thuy qui parle d’écriture, Romain Druris jouant le rôle d’un Gustave Eiffel qui s’enflamme devant les ouvriers et qui a réponse à tous ceux qui s’opposent à son idée, mon fils qui parle de sa dernière pratique de hockey ou mon élève de première année qui me parle de son chien, ils ont tous en commun que leur gestuelle parle autant que leurs mots, et leurs yeux ont la même lueur… C’est magnétique et inspirant.

Entendre Georgia Heard parler de l’importance de la poésie dans la vie de nos jeunes élèves m’a créé cet effet. En ce début de dernier droit de l’année scolaire, alors que j’aime bien aborder ce genre littéraire avec les élèves, je partage aujourd’hui avec vous mes réflexions après avoir assisté à une conférence de Georgia Heard offerte par le Teacher’s College en mars dernier.

Pourquoi la poésie?

Nous avons tous une vie intérieure, et sans cette vie intérieure, nous serions une coquille vide. C’est ce qui nous rend humain, unique. La poésie est le reflet de cette vie intérieure. En éducation, nous devons porter attention au cœur des enfants autant qu’à leur esprit. Cela permet de reconnaitre et de respecter l’être humain qu’ils sont. Les enfants doivent savoir que nous vivons toutes sortes d’émotions à l’intérieur, que c’est normal, et qu’on peut écrire à ce sujet.

Pour certains enfants, la poésie sera la porte d’entrée dans l’écriture et dans la littératie. Comme la poésie est un genre littéraire habituellement plus court, certains verront à travers le travail de poète qu’ils peuvent exprimer des idées complexes et démontrer leurs aptitudes. Parfois, c’est le genre qui leur permet de briller enfin. Je n’oublierai jamais l’étincelle dans les yeux de K., une enfant de 8 ans avec de grandes difficultés d’apprentissage, mais surtout d’estime de soi, le jour où elle a écrit son premier poème, en s’inspirant d’une émotion forte qu’elle avait vécue et s’est exclamée: « C’est moi qui a écrit tout ça? Je ne savais pas que j’étais capable! » Quand un enfant réalise qu’il peut écrire, alors il apporte avec lui son identité d’auteur compétent dans les autres genres et les autres aspects de son écriture. En poésie, notamment, on utilise des procédés littéraires empruntés à tous les autres genres (certains diront que ce sont plutôt les autres genres qui empruntent à la poésie…), ce qui en fait un terreau fertile pour le transfert des apprentissages.

[Sans titre]

Je suis couchée
sur le lit
j’attends le docteur. J’ai peur.

Peur de mourir.
Mais ce que je sais,
C’est que je veux
Faire confiance au docteur
Alors

Je prends la main de ma mère
Je serre fort.
Je peux faire confiance au docteur. Inspire. Expire. Cœur.
J’ai confiance au docteur.

K., 8 ans.

Aussi, la poésie donne de l’espace et du temps à chacun pour réfléchir, ressentir, se connecter avec soi-même. Nous connaissons les bienfaits de la pleine conscience.  La pleine conscience, ce n’est pas d’être toujours heureux. C’est d’être en vie, présent, empathique envers soi-même et envers les autres. C’est ralentir, prêter attention à ses émotions, aux petits moments. Voir la beauté dans l’ordinaire. La poésie fait exactement la même chose.

Trucs pour les enseignants

Un poème, c’est exprimer sa propre voix. C’est dire la vérité sur ses expériences et ses émotions, sur sa vie. Nous sommes tous des poètes!

Lorsqu’on construit une maison, les poutres, les fondations et le revêtement extérieurs sont essentiels, mais ce n’est pas ça qui en fait un endroit où il fait bon vivre. Il y a une différence entre une maison et un « chez-soi ». C’est la même chose en poésie. Il y a des règles, des formes, des procédés que l’on peut enseigner, mais ils ne font pas le poème. Ils sont au service de ce que l’auteur veut exprimer, au service du cœur.

Une recette pour écrire de la poésie :

Écrire chaque jour

Regarder et observer

Penser aux émotions que l’on vit

Penser aux questions que l’on se pose

Écrire

Laisser reposer

Revenir

Il faut penser à ce qui se passe à l’intérieur de soi, à ce qui fait battre notre cœur plus fort:

Quelqu’un qui aime, quelqu’un qui meurt, regarder les étoiles, observer ses enfants…

On peut faire du modelage à partir d’un poème que l’on veut écrire.

Explorer.

Écrire beaucoup de poèmes que nous avons envie d’écrire

Parfois, il faut aussi s’enlever du chemin et laisser l’imagination des enfants se déployer librement… (oh que j’aime cette image…)

Où trouver de la poésie?

Demandez à un, dix ou mille poètes, ils vous répondront sensiblement la même chose. J’avais d’ailleurs fait l’exercice au moment d’adapter le module Écrire de grandes pensées en poésie (Collection Les ateliers d’écriture, Chenelière) :  Elle est partout. En nous, et autour de nous.

Poésies pour la vie (extrait, Gilles Tibo)

La poésie habite dans les livres mais aussi dans les étoiles,
sur la lune,
dans les arbres.

La poésie
ressemble à la vie,
celle des jours
comme celle des nuits
La poésie c’est :
lancer un ballon sur le soleil,
attraper un poisson sous l’arc-en-ciel,
faire un tour de vélo
dans les bras de l’été,
attraper une coccinelle
et la laisser danser,
boire tout l’océan
dans un petit verre d’eau,
et détacher le ciel pour qu’il s’envole très haut […]

On peut trouver de la poésie dans notre cœur, notre regard sur le monde, nos observations, nos préoccupations à propos du monde qui nous entoure, nos émerveillements, notre curiosité, notre mémoire et nos souvenirs. On peut aussi inviter les élèves à écrire avec la perspective (la voix) de quelque chose. Parfois, ce masque peut aider à provoquer une étincelle pour l’imaginaire.

Comment amener la poésie dans le quotidien de la classe

(et pas seulement dans un module précis)

-Étudier un poème une fois par semaine et en discuter (15 à 30 minutes)

-Utiliser un poème comme lecture partagée ou lecture à voix haute, ou comme modèle lors de l’atelier de lecture.

-En lecture partagée ou interactive, aller plus loin, plus en profondeur : voir si au fil des jours on ressent la même chose à travers ce poème, remarquer les images/métaphores, remarquer la ponctuation… Souvent, cela permet d’aimer le poème encore plus!

-Lire un court poème chaque jour

-Lire différentes sortes de poèmes, sur différents sujets

-Demander aux élèves de collectionner ceux qu’ils aiment, ceux qui leur parlent particulièrement

-Inclure la poésie dans nos rituels (par exemple, pour les transitions, au lieu d’une chanson)

-Commencer la journée avec un poème et en discuter

-Avoir un « bac de poèmes » sur les tables des élèves à différents moments dans l’année.

-Ajouter de courts poèmes aux sacs de lecture

-Relier les poèmes aux autres matières

-Relier les poèmes à l’actualité

La poésie et le vocabulaire

En poésie, on doit trouver les mots justes pour dire que ce que l’on veut exprimer de la bonne façon. C’est un contexte idéal pour travailler le vocabulaire. On doit trouver l’image, et surtout le son, pour que tout colle ensemble. La rime n’est pas la seule « colle », on peut même chercher à s’en éloigner au départ, pour que les enfants n’associent pas que cet aspect à la poésie.

Comme les poèmes sont des textes courts, il s’agit d’une bonne opportunité pour s’attarder aux sons, à la précision, à l’orthographe, au vocabulaire, aux façons de jouer avec les mots et avec la langue (assonance, allitération…). Par exemple, porter attention au son du serpent, sssssss, et l’intégrer dans un poème qui parle du serpent.

Le requin

Le requin
Attentttttion !
Le requin s’avancccccce.
Il glissssssse douccccccement vers sa proie. Il a faim.
Il sssss’approche. Il ouvre la gueule.
Chlak ! Clic ! Clac !
À l’attaque !
Il croque sa proie calmement.

Raphaël, 8 ans

Et aussi…

Pour être confortable pour enseigner la poésie, il faut souvent se placer en posture d’apprenant :  apprendre aux côtés de ses élèves. Vous devez trouver un poème que vous aimez, et vous demander pourquoi vous l’aimez et ce qu’il vous fait ressentir. On peut aussi faire cet exercice avec les élèves :  présenter quatre poèmes sur des sujets différents, et écrits différement. Chacun chosit son poème préféré, et ils se placent en petits groupes et en discutent :  que ressentent-ils? Que signifie-t-il pour eux? L’enseignant peut aussi se placer dans un groupe.

Il n’y a pas d’intérêt à faire de la poésie si on ne fait pas de lien avec le cœur. Pour parler des procédés littéraires, on peut se demander : « Comment ce poème nous a fait ressentir ___ (la peur, la peine, la joie, la beauté…) ». On relit, et on le découvre ensemble. On doit partir de l’intérieur.

On peut aussi enseigner à bien lire un poème :  les strophes (c’est le nombre de parties à ton poème, le nombre de « salles »), les brisures de lignes (petites pauses entre les strophes), les espaces blancs (les poètes jouent avec les silences, il faut les honorer en lisant), mais aussi, pour bien lire un poème, il faut le connaitre, le comprendre et le ressentir. Il faut saisir sa « personnalité », c’est ce qui dictera la façon de le lire. C’est une jeu d’interprétation.

Publication

En poésie, (presque) tout est permis. Lors de la publication, on veut s’amuser!  Jouer avec les polices d’écriture, afficher des poèmes dans la ville, créer un café littéraire, ou un événement de lecture de poèmes…

La poésie doit être vivante, naturelle.

Elle doit venir de l’intérieur.

Elle peut faire partie de la classe.

Écrire sur les émotions permet de se comprendre soi-même, de comprendre les autres et de tisser des liens. C’est une façon de se connaitre, de créer la communauté (oui, cette expression est en surexposition dernièrement, mais il n’y a pas d’apprentissage sans lien, sans cette communauté, alors utilisons bien les outils que nous avons déjà pour la rendre plus forte…). Elle peut être une base solide pour connecter de nombreux apprentissages qui seront transférables dans toutes les sphères d’un environnement d’apprentissage riche, équilibré et surtout efficace en littératie. Il n’y a pas de meilleure raison pour l’intégrer à la routine de la classe bien avant le module du mois d’avril, mai ou juin…

Et vous, qu’est-ce qui fait battre votre cœur plus vite et plus fort?

Références et suggestions

Écrire de grandes pensées en poésie, Collection Les ateliers d’écriture, Chenelière Éducation

Quand j’écris avec mon coeur, Mireille Levert, Éditions de La Bagnole

Poésies pour la vie, Gilles Tibo et Manon Gauthier, Éditions de l’Isatis

autres suggestions littéraires en poésie (mai 2021) :https://www.demotsetdecraie.ca/wp-content/uploads/2021/04/Amanda-Suggestions-de-po%C3%A9sie.pdf

Une nouvelle série documentaire sur la poésie, animée par David Goudreault, Du monde des mots, première le 6 mai, sur ICI ARTv. (https://ici.artv.ca/emissions/du-monde-des-mots/

La danse, Savannah, 8 ans.

Il y a de la musique qui joue dans l’air La danse
Les bras bougent avec le cœur

La danse
Les pieds bougent les cheveux volent dans les airs
La danse
La danse

La chicane, J. 8 ans

Tu es comme un volcan qui est en éruption

Un volcan et la lave coule. C’est tes larmes.
Tu es comme
du tonnerre

qui grogne dans les airs avec ses amis éclairs de pluie explosion explosion explosion

L’univers, Laurie D., 8 ans

  • –  Maman, pourquoi l’univers a des planètes ?
  • –  Ma chérie, c’et pour y habiter.
  • –  Maman, pourquoi dans l’univers il y a des trous noirs ?
  • –  Ma chérie, c’est pour nous aspirer.
  • –  Maman, pourquoi dans l’univers il y a un soleil ?
  • –  Ma chérie, c’est pour qu’il fasse plus chaud.
  • –  Maman, pourquoi il y a des milliers d’étoiles ?
  • –  Ma chérie, c’est pour que la nuit soit plus belle.
  • –  Maman, pourquoi l’univers est tout noir ?
  • –  Ma chérie, c’est pour la nuit.
  • –  Maman, pourquoi l’univers est infini ?
  • –  Ma chérie, c’est pour que les parents aiment leurs enfants

à l’infini…

Écrire, c’est du gâteau!

Un article de Martine Arpin

Les groupes d’élèves sont toujours différents. Malgré des pratiques que l’on sait exemplaires, malgré une séquence d’enseignement qui a fait ses preuves et avec laquelle j’ai de plus en plus d’expérience, des défis se présentent chaque année, et chaque année, ils sont différents.

Cette année, je sens que l’engagement est particulièrement difficile pour mes élèves. Le temps de disponibilité lors des mini-leçon est au minimum. Peu d’élèves semblent mettre en pratique le contenu des leçons. Je l’explique de différentes façons (parce que le premier pas vers une solution efficace est de trouver la cause du problème…): l’âge des élèves (plus du tiers des élèves sont nés en juillet, août et septembre, et personne en octobre, ni en novembre… à 6 ans, ça fait une grande différence!), les différents besoins particuliers, dont plusieurs en lien avec l’aspect réceptif de la communication, les fragilités affectives, les effets de la gestion de la pandémie…

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L’autoévaluation des élèves et les ateliers d’écriture

Un article d’Amélie Beaudoin

J’ai eu la chance de vivre plusieurs journées de formation avec mon équipe des ressources éducatives en compagnie de François Massé, dont la présentation n’est plus à faire en ce qui a trait à la mise en place des communautés d’apprentissage professionnelles et l’harmonisation des pratiques efficaces au sein des écoles.  En tant que conseillère pédagogique, ces journées furent extrêmement riches en apprentissages, notamment en ce qui concerne l’évaluation et tout particulièrement, l’autoévaluation des élèves.  Si votre milieu ressemble au mien, l’évaluation est un sujet bien présent dans les discussions entre collègues; un sujet d’actualité et avouons-le, un sujet parfois sensible.  Par contre, nous parlons peu d’autoévaluation.  Est-ce si important?  Peut-elle réellement faire une différence dans la progression de l’élève?  En quoi les ateliers d’écriture favorisent-ils l’autoévaluation des élèves?  J’aimerais vous partager mes réflexions du moment à ce sujet.

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Aider les élèves à faire mieux

Un texte d’Isabelle Robert

Ça y est! L’année scolaire est bien commencée maintenant. Il est étonnant de constater à quelle rapidité les élèves font de nouveaux apprentissages. Chaque jour, mes élèves de première année apprennent quelque chose de nouveau. En lecture… en écriture… en mathématiques… et dans toutes les autres matières, sans oublier les relations sociales avec leurs pairs.  Ça fait de nombreux apprentissages pour une seule journée. Beaucoup d’apprentissages à chaque semaine. Il est normal de répéter, car les enfants oublient des choses parmi toutes celles qu’ils apprennent.

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Telle une feuille qui tourbillonne dans le vent

Un texte d’Isabelle Robert

Voilà! Les sept premiers jours d’école viennent de défiler au milieu d’un grand tourbillon. Des jours précieux à faire connaissance, à installer des routines, à permettre aux élèves de s’approprier leur nouvel environnement et l’horaire d’une journée de première année, à instaurer de nouvelles façons de faire, à mener les premières activités d’apprentissage et surtout, à créer des liens entre nous. Des jours essoufflants, des jours pleins d’espoir, des jours inégaux, des nuits courtes à revoir mon plan de match.

Mais chaque jour, nous avons lu des histoires (d’ailleurs, Mathieu Lavoie est la vedette de l’heure de la classe!!!), parlé des auteurs que l’on connait, parlé de nos livres préférés, des endroits où nous aimons lire, des sujets de documentaires qui nous intéressent. Nous avons parlé de la chance que nous avons de pouvoir choisir des livres qu’on a le gout de lire. Et j’ai enchainé, jour après jour, les premières leçons de lecture ainsi que des moments de lecture seuls et en tandem.

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Prévoir les problèmes en écriture ou Comment répondre à l’inévitable: « Je n’ai pas d’idééée! »

Un article de Martine Arpin

Lucy Calkins affirme ceci :  «  La seule chose dont on peut être certain lors d’un atelier d’écriture, c’est qu’il y aura des problèmes » .

En effet, nous travaillons avec de jeunes enfants. Même en sixième année ils sont, après tout, de jeunes enfants. Lors des ateliers d’écriture, nous leur demandons d’être autonomes et responsables de leur apprentissage. Nous leur demandons un travail cognitif et émotionnel exigeant. Nos élèves sont en apprentissage, il est donc tout à fait normal que certaines interventions soient nécessaires pour les soutenir.

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S’inspirer des grands auteurs pour écrire, ou comment Connor McDavid inspire des milliers de petits joueurs de hockey

Un article de Martine Arpin

Mon fils adore le hockey. Il joue au hockey depuis qu’il a quatre ans. Depuis des années, donc, des entraineurs lui ont enseigné et montré les habiletés et les règles de ce sport, pour lui permettre de se développer comme joueur. Tous les jours, il est sur la patinoire: il pratique ses feintes, ses lancers, son coup de patin. Il regarde des parties de hockey avec son père et sa sœur (et parfois avec sa mère aussi, mais moi, j’aime bien mieux le regarder, lui, jouer!). Grâce à la technologie, il recule parfois la séquence pour visionner à nouveau certains jeux impressionnants. Il écoute des émissions qui parlent de son sport. Il est aussi à un « clic » des vidéos de ses joueurs favoris, les meilleurs de la ligue, qui jouent, s’exercent ou font des démonstrations d’habiletés exceptionnelles. Il les observe souvent. Il s’en inspire ensuite sur la patinoire, dans la rue, dans la cour, dans sa chambre, dans le corridor… Il ne jouera probablement jamais dans la ligue nationale, heureusement qu’il a un plan b (ne lui dites pas que j’ai écrit ça!), mais il développe une passion grâce aux modèles qui l’entourent.

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L’amour à travers les yeux de Matt de la Peña

Un article de Martine Arpin

En lecture, nous travaillons avec les élèves les stratégies de compréhension du langage littéraire. Plus les lecteurs évoluent, plus les livres qu’ils lisent sont étoffés, moins les éléments sont explicites et plus le langage utilisé peut amener des confusions. Les élèves sont capables de décoder les mots qu’ils lisent, mais peuvent avoir de la difficulté à en comprendre le sens. Dans les textes narratifs, nous enseignons aux élèves à porter attention à la façon dont l’auteur s’amuse à jouer avec les mots de façon inventive, à s’arrêter, remarquer et comprendre son intention. Nous les encourageons à relire, visualiser le sens en jouant la scène, discuter avec un partenaire. Nous leur enseignons à comprendre les comparaisons en réfléchissant au texte, à l’ambiance créée et à l’intention de l’auteur, à remarquer quand un mot est utilisé dans un autre sens que celui pour lequel nous avons l’habitude de l’utiliser, par exemple dans les expressions et les métaphores.

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L’importance des textes modèles: lire pour écrire, lire pour mieux comprendre

Un article de Marjorie Kuenzi

Mettre en place les ateliers d’écriture et de lecture dans sa classe promet un long chemin de changements et de découvertes. Les élèves découvrent pas à pas au fil de leçons. Pour nous enseignant-e-s, le chemin se fait également pas à pas au fil des modules, des lectures, des formations et de nos essais.
Ces derniers mois, j’ai mieux saisi l’importance des textes modèles et comment les utiliser plus activement, je souhaite donc partager ce pas supplémentaire avec vous.

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