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Les ateliers d'écriture et de lecture au primaire

Inspiré de la démarche des Units of Study du TCRWP

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Autres composantes pour un enseignement efficace en lecture

L’importance des textes modèles: lire pour écrire, lire pour mieux comprendre

Un article de Marjorie Kuenzi

Mettre en place les ateliers d’écriture et de lecture dans sa classe promet un long chemin de changements et de découvertes. Les élèves découvrent pas à pas au fil de leçons. Pour nous enseignant-e-s, le chemin se fait également pas à pas au fil des modules, des lectures, des formations et de nos essais.
Ces derniers mois, j’ai mieux saisi l’importance des textes modèles et comment les utiliser plus activement, je souhaite donc partager ce pas supplémentaire avec vous.

Au début de la mise en place des ateliers en classe, il y a beaucoup de composantes à intégrer, mini-leçons, entretiens, stratégies, ….
Je mettais donc cela en place pas à pas en utilisant le texte modèle proposé dans le module en cours, sans lui donner une plus grande importance que cela. Le livre trouvait ensuite sa place dans un bac de textes modèles et n’était pas vraiment consulté par les élèves, faute de savoir vraiment quoi en faire. Ensuite, je me suis dit qu’il pouvait être intéressant de varier les textes modèles pour que chaque auteur trouve « son » texte modèle qui lui parlerait peut-être plus. J’en lisais donc un certain nombre qui venaient compléter le fameux bac, mais il manquait encore quelque chose pour que cela devienne porteur de sens.

L’utilisation du texte modèle peut être bien plus puissante que mes premières pratiques. Le texte modèle peut être utilisé en lecture interactive ou étudié avec les élèves pour observer ce que l’auteur a fait de puissant dans son texte, ce que l’on admire ou que l’on aimerait essayer dans nos propres textes. Cet article met en avant la découverte du texte modèle en lecture interactive.

L’atelier d’écriture est une des composantes d’un enseignement équilibré de la littératie. Pour l’enrichir et lui donner sa pleine puissance, il est primordial de l’accompagner des autres composantes.

Pour en savoir plus :

  • Lire le chapitre 5 du livre L’atelier de lecture, fondements et pratiques en lecture » Chenelière Éducation.
  • Document Composante d’une littératie équilibrée sur le blogue (cliquez ici pour y accéder.)

La lecture interactive est une pratique de la lecture à haute voix avec conversation qui se déroule sur plusieurs moments en dehors de l’atelier d’écriture ou de lecture. Cette pratique est liée aux ateliers, car on lit pour écrire, on lit pour mieux comprendre, on lit pour essayer dans nos écrits.
L’enseignant lit un texte oralement et fait interagir les élèves avant, pendant et après la lecture pour augmenter les prédictions, la compréhension et l’observation de ce que font les auteurs dans leur texte. Une lecture interactive doit permettre d’engager l’élève et de lui permettre d’exercer des stratégies et des réflexions.

Voici un exemple de préparation de lecture interactive avec le livre Jabari plonge de Gaia Cornwall aux éditions d’Eux.

Cela peut être fait directement avec des papillons adhésifs dans le livre ou sur un document annexe.

Exemple d’un questionnement lors de la 2e session de lecture

Comment préparer une lecture interactive ? À vous d’essayer !

1. Choisissez un livre en faisant attention à sa qualité littéraire et qui fonctionne avec les compétences que vous souhaitez enseigner dans votre module.

2. Lisez le livre pour le plaisir en étant attentif aux pensées que vous avez en cours de lecture, aux questions de compréhension qui vous viennent, aux prédictions que vous faites.

3. Relisez le livre une ou plusieurs fois en repérant les stratégies qui peuvent être travaillées avec vos élèves avant, pendant et après la lecture. Vous pouvez ajouter des post-it dans le livre pour vous aider. Voici quelques propositions :
– jeter un coup d’œil et faire des prédictions sur le livre,
– faire émerger des réflexions, des liens que l’on fait à l’histoire,
– se poser des questions sur l’histoire,
– repérer des éléments sur les personnages, les lieux,
– observer les illustrations pour voir plus de détails,
– et redire et résumer l’histoire.

4. Relisez le livre comme un auteur en étudiant la structure et en vous posant la question: « Que fait l’auteur de puissant dans son texte ? » Listez les procédés littéraires que vous repérez.
Si vous êtes perdu-e-s, étudiez les procédés littéraires enseignés dans le module que vous utilisez.

5. Demandez-vous comment engager vos élèves durant la lecture et les conversations.

À gauche: illustration tirée du livre L’atelier de
lecture: fondements et pratiques en lecture
, Chenelière, p.172

6. Préparer vos papillons adhésifs ou votre document.

7. Essayez avec vos élèves et faites-nous un retour de votre expérience 😉

Dernière précision, la lecture interactive peut également se faire avec des textes informatifs ou d’opinions.


Ouvrages cités:

Gaia Cornwall, Jabari plonge, éditions D’EUX, 2020

Lucy Calkins, L’atelier de lecture, fondements et pratiques, Chenelière Éducation, 2019

 

Les discussions de groupe sur la lecture : un pas vers les clubs de lecteurs

Un article d’Isabelle Robert

Un de mes grands objectifs des dernières années consiste à développer des clubs de lecteurs dans ma classe de première année. Au sein de ces clubs, je souhaite entendre des discussions riches sur la lecture… et aussi sur les élèves, en tant que lecteurs. Je sais à quel point ces discussions peuvent être importantes dans leur vie de lecteurs.

À mon avis, la façon la plus efficace d’amener les élèves à avoir des discussions riches à propos de leurs lectures est de vivre de tels échanges en grand groupe le plus souvent possible. Guider et soutenir mes élèves à échanger sur leurs lectures se fait plus facilement lorsque je n’ai qu’une seule discussion sur laquelle porter mon attention.

Dès la première vraie discussion de groupe, je m’assure de mettre en place les règles de fonctionnement. J’explique quelques règles et je mène un peu la discussion. Je répète souvent cette pratique. C’est grâce à de fréquents échanges de groupe à propos de leurs lectures que les élèves acquièrent les bonnes habitudes. À mesure que les élèves deviennent plus habiles à tenir des discussions riches et prolongées, je me retire tranquillement, jusqu’à leur laisser toute la place. 

Voici quelques règles de fonctionnement : les élèves s’assoient en cercle pour permettre à tous de se voir; l’enseignante se trouve à l’extérieur du cercle pour inviter les élèves à réagir directement à l’élève qui avait la parole (voir le croquis plus bas) ; les élèves doivent lever le pouce pour indiquer à la personne qui parle qu’ils souhaitent réagir; lorsque l’élève a terminé de dire son idée, il choisit un élève qui a le pouce levé pour poursuivre la discussion (pour garder un bon rythme, il est important que le choix du prochain locuteur se fasse rapidement);  on écoute bien la personne qui parle pour développer l’idée qui est avancée. Ceci est important car on veut donc éviter que chaque élève émette son idée sans développer davantage. Ce ne serait pas une discussion.  

Cette année, c’est Elsie de Nadine Robert qui a fait l’objet de notre première vraie discussion de groupe. Dans ce magnifique album, on fait la connaissance d’Elsie et des autres lapins de la famille Filpot. Comme tous les dimanches, les sept enfants partent pêcher à la rivière. Ils ont des habitudes bien ancrées, mais Elsie voudrait faire les choses autrement. 

Nous sommes assis en cercle, car nous venons de terminer la lecture interactive de l’album. Je lance la question de départ, question que j’utilise souvent et qui peut nous amener sur plusieurs pistes : « Quelle idée importante gardes-tu de cette histoire? »

Ce qui est bien avec ce genre de question, c’est que d’une année à l’autre, pour un même livre, la discussion peut nous amener dans des directions différentes. Parfois, on s’attend à ce que la discussion prenne un certain angle, et non, elle prend un angle différent, mais tout aussi pertinent. Il m’arrive souvent d’être surprise… et fascinée! Il importe de garder en tête que si l’idée évoquée est reliée à l’histoire, elle peut faire l’objet d’une discussion.

Alors, la discussion commence :

Un élève soulève le point du bouton-d’or en guise d’appât. Habitué à la pêche, il dit que la fleur ne peut pas s’enfoncer dans l’eau, qu’Elsie doit mettre un plomb parce que sinon, c’est impossible…  Bon, je vous avais bien dit que ça peut aller dans toutes les directions… Il était important pour mon élève de réagir à ce détail. Il savait de quoi il parlait et il avait besoin de le signifier. Cette partie de la discussion fut brève et satisfaisante pour lui.  

Je pose à nouveau notre question de départ : « Quelle idée importante gardes-tu de cette histoire? Quelqu’un a une nouvelle idée sur laquelle on pourrait discuter? »

  • Elsie voulait prendre un autre chemin pour aller à la rivière et ils (ses frères et ses sœurs) ne voulaient pas et, à la fin, pour retourner à la maison, ils ont dit oui.

Un autre élève veut réagir à cela, car il montre son pouce en l’air. L’élève lui donne donc le droit de parole. 

  • Elle veut faire des choses différentes, mais ils ne l’écoutaient pas au début, c’est vrai ça, renchérit une élève.
  •  C’est parce qu’ils sont contents qu’elle ait attrapé un poisson,  poursuit un autre élève.
  • Oui. Personne ne pensait qu’elle attraperait le poisson avec sa fleur bouton-d’or et elle a réussi. Il trouvait son idée vraiment étrange au début, mais ça a marché. 
  • Oui, parce qu’avec le plomb, ça peut marcher… dit mon ami pêcheur.

Et un élève qui n’avait pas encore parlé dit :

  • Ben, c’est à partir du moment qu’elle a attrapé le poisson qu’ils ont commencé à être d’accord avec ses idées. Avant ça, ils ne l’écoutaient pas vraiment. 

J’interviens, car c’est un moment important et je veux qu’on développe cette idée.

  •  Tu veux dire qu’au début, ses frères et sœurs n’écoutaient pas ses idées et depuis qu’elle a attrapé le poisson, ils sont ouverts à écouter ses idées. On pourrait appeler ça le point tournant de l’histoire, non? Que pensez-vous de cette idée? 
  • Oui, on dirait que personne ne lui faisait vraiment confiance dans ses idées.
  • Tu as raison. Le poisson a prouvé à tout le monde qu’elle a de bonnes idées. 
  • Oui. C’est à cause du poisson que c’est différent. 
  •  Moi je pense qu’ils vont plus écouter ses idées maintenant. 
  • Dans le fond, tout le monde peut avoir de bonnes idées.

Je reprends en demandant :

  • Est-ce que cette histoire peut nous apprendre quelque chose?  
  • Ben oui! Tout le monde peut avoir de bonnes idées. 
  • Ouais! Il faut écouter les idées des autres. 
  • Des fois, c’est souvent les mêmes qui veulent décider. Il faudrait que ce soit aussi les autres qui décident des fois, des jeux à la récréation … 

Je reprends en disant : 

  •  Wow! Cette histoire nous a fait vivre une belle discussion. On dirait qu’on a le goût de faire attention à ça, nous aussi, dans notre vie: écouter davantage les idées des autres… Wow!  Ça vous fait réfléchir, hein? Prenons une minute pour réfléchir en silence à comment on va faire ça dans notre vie. 

Cette discussion a duré environ 10-12 minutes. Pas plus. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais je voulais mettre en place les règles de base. Entre ces dialogues que j’ai notés, il y a eu des élèves qui répétait les idées des autres, d’autres qui changeaient de sujet et que je recadrais en disant : « ça ne poursuit pas l’idée sur laquelle on discute en ce moment, porte bien attention à ce que les autres disent pour faire grandir cette discussion. Mais, somme toute, la discussion avait un bon rythme et était assez fluide. Je pourrais dire que près de la moitié des élèves ont pris la parole au moins une fois. 

Le lendemain, on écrivait à Nadine, qui nous a répondu tout de suite, à notre plus grand bonheur. 

Quelques jours plus tard, après la lecture du livre La brouille de Claude Boujon, alors que notre discussion concernait les émotions des deux personnages, un élève a dit : « Comme dans l’histoire d’Elsie, j’ai remarqué qu’il y a aussi une situation qui est venue changer l’histoire. Dans Elsie, c’était quand Elsie a attrapé le poisson et dans cette histoire, c’est quand le renard est arrivé.» 

Cette phrase a fait ma journée! Si tôt dans l’année, si jeunes… et capables de parler des histoires de cette façon.

Pour ne pas perdre les apprentissages reliés à cette pratique et pour assurer le transfert, il est nécessaire de réinvestir rapidement. Idéalement, j’essaie de tenir des discussions sur un livre lu à voix haute une fois par semaine. Parfois deux. Peu à peu, il y aura plus de participants, peu à peu, je pourrai réduire le nombre de mes interventions. J’enseignerai des façons de réagir à ce que les autres disent, je proposerai des amorces de phrases pour faire grandir nos discussions, on pourra faire des liens entre différentes lectures, on pourra se faire un tableau des leçons de vie que nous apprennent les histoires qu’on lit ou de tout ce que l’on trouve pertinent de consigner. Des possibilités, il y en a! 

Et ces expériences de discussions serviront les clubs de lecteurs qui reprendront ces habitudes, ces connaissances sur les livres, sur les genres, sur les façons d’avoir une conversation riche et prolongée sur nos lectures et qui aura un effet puissant sur le plaisir de lire!

Il faut qu’on parle de l’étude de mots

Un article de Marlyn Grant

L’orthographe est un sujet épineux. Nous venons d’un système où l’apprentissage de l’orthographe se faisait essentiellement à la maison, pour les dictées. Et après, on accuse les élèves d’être « faibles en orthographe ». Heureusement, il  y a un changement intéressant depuis quelques années dans les pratiques. On comprend mieux le rôle de la dictée traditionnelle :  l’une des nombreuses façons d’évaluer. Ce n’est pas de l’enseignement, ni de l’apprentissage. Les dictées réflexives (dictée phrase du jour, dictée zéro faute…) ont fait leur apparition. La question importante à se poser est :  Comment faire pour qu’en contexte d’écriture, les élèves transfèrent ce qu’ils ont mémorisé? Et que peuvent -ils faire lorsqu’ils veulent écrire des mots qui ne font pas partie de leur répertoire mémorisé, si on ne veut pas qu’ils écrivent simplement « au son », sachant que très peu de mots de notre lexique francophone peuvent s’appliquer à cette façon de faire? Lire la suite

Des clubs de lecteurs en première année? Bien sûr!

Un article d’Isabelle Robert

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En janvier dernier, dans ma classe de première année, nous avons vécu notre deuxième bloc de clubs de lecteurs. Cette fois-ci, nous avons lu des documentaires. Pour m’aider à planifier ce bloc, j’ai relu le livre de Kathy Collins, Reading for Real, j’ai lu le livre de Manon Hébert, Lire et apprécier des romans en classe, j’ai eu des discussions avec mes collègues et je me suis posé la fameuse question : qu’est ce que je veux que mes élèves apprennent lors de ces clubs de lecteurs? Lire la suite

Enseigner la lecture à un petit groupe: la leçon de stratégie

Un article d’Isabelle Robert

On connaît la puissance de l’enseignement différencié.  La structure de l’atelier de lecture permet d’organiser des entretiens individuels ainsi que du travail en petits groupes. En effet, juste après la mini-leçon au groupe-classe, la lecture indépendante s’organise ainsi que les entretiens et le travail en petits groupes. Il n’y a rien de mieux pour offrir un enseignement sur mesure et ainsi faire progresser nos lecteurs.

Lecture guidée, lecture partagée, leçon de stratégie… Il existe plusieurs façons de travailler la lecture avec un petit groupe d’élèves (généralement composé de 4 élèves). Aujourd’hui, je vous présente la leçon de stratégie.

 

La leçon de stratégie

 La leçon de stratégie offre du temps aux élèves pour pratiquer une nouvelle stratégie ou revoir une stratégie déjà enseignée.  Elle peut aussi servir à présenter une stratégie qu’on prévoit bientôt introduire à la classe. Parfois, c’est une stratégie que l’on a travaillée lors d’une mini-leçon, de la lecture partagée, de la lecture à voix haute ou de l’étude de mots. D’autres fois, c’est pour venir apporter du soutien aux lecteurs dans le transfert d’une stratégie dans leurs propres livres. C’est souvent lors des entretiens individuels qu’on aura remarqué ce besoin.

Dans ces petits groupes, les élèves auront donc la chance de pratiquer une stratégie ciblée tout en recevant le support nécessaire de l’enseignant qui les guidera, pas à pas, pour qu’ils puissent le faire de façon indépendante.  Pour y arriver, il faudra donc prévoir une séquence de rencontres (3 ou 4), car comme toute chose,  c’est en pratiquant plus d’une fois que les enfants ont le plus de chance d’intégrer la stratégie et d’être efficace dans la pratique autonome.

Quand on rencontre le petit groupe d’élèves pour travailler une stratégie en particulier, on utilisera souvent une démonstration claire et concise. Ensuite, la pratique guidée sera l’élément clé afin que, graduellement, l’élève prenne en charge ce qu’on lui enseigne. Ce que l’on vise est que celui-ci puisse utiliser efficacement la stratégie, et ce, de façon indépendante. On songera donc réduire le support à chaque rencontre pour l’amener vers cette indépendance.

Voici quelques conditions gagnantes pour amener les élèves vers la pratique autonome

  • Maintenir une structure de la période de travail prévisible.
  • Être explicite,faire une démonstration efficace, donner des consignes simples et claires pendant la pratique guidée.
  • Se montrer flexible et à l’écoute des besoins de chacun des élèves pour relâcher graduellement le support au fil des rencontres.

 

La structure de la leçon de stratégie

Lorsque le reste du groupe est en lecture indépendante, on se prépare donc au travail en petit groupe. Tout comme la mini-leçon ou l’entretien, ce travail en petit groupe respecte une structure prévisible :

Connexion et compliment : Pour lancer la période de travail, il est est important d’orienter les élèves sur ce qu’ils feront aujourd’hui en nommant pourquoi ils sont rassemblés.  Ensuite, le temps est venu de faire un compliment afin de renforcer une habileté qu’ils réussissent bien (être précis en nommant cette habileté). Carl Anderson nous rappelle qu’il est aidant de faire un compliment en lien avec la stratégie que l’on souhaite travailler aujourd’hui. Par exemple : « J’ai remarqué que pour lire les nouveaux mots, vous travaillez fort à regarder du début à la fin des mots et à faire le bruit de chacune des lettres. Bravo! C’est une bonne stratégie! Aujourd’hui, je vais vous enseigner qu’il est très aidant de lire les mots partie par partie au lieu de lire lettre par lettre.  Couper les mots en syllabes pourrait vous aider à lire encore plus de nouveaux mots car, souvent, certaines parties de mots doivent être lues ensemble. »

Et comme dans l’exemple ci-haut, après avoir complimenté les élèves, on doit nommer clairement la stratégie qui sera travaillée aujourd’hui.

Enseignement : Le moment est venu de montrer « comment » y arriver. Une stratégie est en fait une procédure pour aider les élèves à arriver à un but spécifique, une grande habileté. Pour enseigner, plusieurs options s’offrent à nous : une courte démonstration, une pratique partagée (en utilisant un court texte de lecture partagée), donner une explication ou un exemple…. Il est important de bien choisir la méthode d’enseignement en considérant le degré de support nécessaire.  On veut être explicite et concis à la fois.  Voici un tableau qui présente des méthodes d’enseignement possibles :

Degré de support Quand choisir cette méthode

Énoncer seulement la stratégie

Léger

-Nous avons pratiqué cette stratégie ensemble avant.

-Je viens juste de démontrer la stratégie dans la mini-leçon.

-Je connais mes élèves et ils sont prêts à commencer si j’offre juste un peu de soutien avant.

Donner une explication et un exemple

Moyen

-Les élèves ont besoin de rappel rapide de la stratégie, mais n’ont pas besoin de démonstration supplémentaire.

-Je veux allouer plus de temps à la pratique guidée, mais je ne crois pas qu’énoncer seulement la stratégie sera suffisant.

-Je connais mes élèves et l’expérience me dit que pour ces élèves, une explication ou un exemple est suffisant pour qu’ils le fassent par eux-mêmes.

Pratiquer la stratégie sur un court texte partagé Moyen-fort

-Les élèves ont réussi à la faire dans la partie Engagement de la mini-leçon (texte partagé), mais ont besoin de soutien pour transférer. Je veux donc poursuivre sur ce qu’ils ont fait avec succès.

-Je connais mes élèves et je sais qu’après un travail sur un texte partagé, ils se débrouillent bien.

Faire une démonstration tout en réfléchissant à voix haute.

Fort

-J’enseigne une nouvelle stratégie.

-J’ai déjà fait une démonstration de la stratégie auparavant, mais en utilisant un texte plutôt différent de leur niveau de lecture de ces élèves, car ils ont un niveau de lecture vraiment différent des autres élèves.

-Je crois que les élèves bénéficieraient d’une autre démonstration de la procédure accompagnée de la réflexion à voix haute.

-Je connais mes élèves et je sais qu’ils se débrouillent bien après une démonstration.

Tiré de Teaching Reading in Small Groups de Jennifer Saravallo, 2010

 

Engagement : C’est la partie à laquelle on accorde le plus de temps. Dès maintenant, il faut coacher les élèves dans la pratique de la stratégie dans leurs propres livres de lecture indépendante. On peut dire : « Maintenant, c’est le moment d’essayer la stratégie dans votre propre livre. » On peut aussi fournir un texte si on croit qu’ils n’auront pas assez l’occasion de pratiquer la stratégie dans leurs propres livres.  Ici, on est à l’écoute de la manière dont chacun s’y prend et on réagit de façon à guider et supporter chacun, de façon individuelle, selon les besoins. On donne plus de soutien à celui qui en a besoin le plus et on soutient juste assez ceux ou celui qui ont moins besoin d’aide. Bref, on donne un soutien « juste parfait » pour que chacun pratique la stratégie dans leur propre livre. On garde en tête que l’on vise la pratique indépendante et que chacun a son propre rythme. On cherche à ce que les quatre élèves travaillent fort, sans s’occuper du travail du voisin et des consignes qui sont adressées aux autres élèves. Cette pratique guidée est du temps de qualité où l’élève travaille à utiliser une stratégie, tout en ayant l’enseignant à ses côtés, à l’écoute pour lui offrir le bon soutien.

Il est important que les consignes données à chacun correspondent au niveau de support dont il a besoin.   Voici une stratégie de lecture et des exemples de consignes. Cette courte liste est ordonnée en commençant par un niveau de support élevé à un niveau de support plus léger.

Lire des mots de plus en plus complexes en segmentant 

  • Tu as lu la première syllabe, maintenant lis la prochaine.(L’enseignante peut montrer comment segmenter).
  • Est-ce que tu as vérifié si toutes les parties du mot sont correctes?
  • Regarde de près ce mot en vérifiant chaque partie.
  • Qu’est-ce que tu as fait pour t’aider?

 

Lien : La période de travail se termine en invitant les élèves à faire ce qu’ils ont pratiqué durant cette période de travail, mais cette fois-ci, seul dans leur espace de lecture autonome. Il est important que les élèves sachent exactement à quoi on s’attend. Pour aider les élèves à s’en rappeler, on peut remettre un papillon adhésif ou un signet qui illustre la stratégie ou bien, pour les plus vieux, ils peuvent garder une trace dans leur carnet de lecture de ce qu’ils doivent continuer de travailler. Ils pourront donc poursuivre ce travail de façon indépendante, en transférant ce qu’ils ont appris aujourd’hui dans la lecture qu’ils feront dans les jours à venir.

Une période de travail en petit groupe dure environ 10 minutes. Il est important que les élèves qui participent à un travail en petit groupe puissent aussi avoir du temps de lecture individuelle.

Afin d’orienter nos décisions lors de la planification de nos interventions menant graduellement  les élèves à la pratique indépendante de la stratégie, ce tableau est vraiment intéressant.

La prise de décision à trois niveaux menant les élèves vers la pratique indépendante
Avant le travail en petit groupe Pendant le travail en petit groupe Au fil du temps
Quelle méthode d’enseignement utiliserez-vous?

·      Démonstration

·      Pratique partagée

·      Exemple/explication

·      Énoncer la stratégie

Quel sera le niveau de support des consignes données à l’élève?

·      Élevé

·      Moyen

·      Léger

Combien de fois ce groupe d’élèves sera rencontré?

Comment allez-vous continuer à soutenir les élèves au fil du temps?

Comment allez-vous soutenir le transfert vers d’autres livres?

Tiré de Teaching Reading in Small Groups de Jennifer Saravallo, 2010

Travailler en petit groupe avec une structure claire et prévisible aide à travailler de façon plus efficace que de mener plusieurs entretiens individuels portant sur la même stratégie.  Nous accordons de l’attention à chacun d’eux, de façon personnalisée tout au long de la partie Engagement de la période de travail. Puisque nous intervenons avec l’un et l’autre, on peut varier nos consignes en offrant le degré de support  « juste parfait » pour l’élève. De plus, cette structure permet à l’élève d’avoir du temps de pratique près de nous pendant qu’on supporte un autre élève et avant que l’on revienne à lui.

Avec cette structure prévisible,  une méthode d’enseignement bien choisie et des interventions sur mesure, voilà une petite période de travail vraiment efficace à mener à l’intérieur même de la période de l’atelier de lecture.

 


Pour aller plus loin :

Jennifer SarravalloTeaching Reading in Small Groups,Heinemann, 2010

Jennifer Sarravello, Le grand livre des stratégies de lecture, Chenelière Éducation, 2015

 

 

La lecture répétée d’albums, pour les lecteurs en émergence

Un article de Diane Bernier-Ouelette

En juin dernier, j’ai passé une semaine à approfondir l’enseignement à la maternelle avec Shanna Schwartz, une leadeur principale pour les classes de la maternelle à la 2e année au Teachers College, et Marie Mounteer, une enseignante du préscolaire qui offre du perfectionnement pédagogique au Teachers College. Bien que certaines des pratiques présentées au cours de la semaine ressemblent à ce que nous tentons d’implanter dans les écoles de ma province, il y en a deux qui étaient nouvelles à mes yeux et qui m’ont semblé avoir un grand potentiel pour les élèves de nos écoles situées dans un contexte linguistique minoritaire : « La lecture répétée d’albums pour lecteurs en émergence » et « Raconter des histoires à l’oral » (Storytelling, dont il sera question dans un autre article).  Les deux pratiques sont bien sûr également pertinentes pour les élèves d’un contexte majoritaire. Lire la suite

Retour sur notre année de lecteur

Un article de Marlyn Grant

 

Déjà juin, déjà la fin de l’année scolaire. C’est maintenant le temps de faire une rétrospective avec mes élèves sur notre année en tant que lecteur.

Retour sur nos lectures

Je vais commencer par discuter en grand groupe de nos différentes lectures de l’année (narratives, informatives, opinion, poésies). Lesquelles se rappellent ils? De quels auteurs se souviennent-ils ? On peut même faire une enquête. On peut noter les titres, faire des piles de livres (par exemple : par auteur, par genre, etc…). Ensuite, je vais cibler les mini-romans que je leur ai lus.  Je vais placer la dizaine de livres à chapitres  dans un bac et les présenter un à un aux élèves. Je vais en faire un court rappel, juste en montrant la page couverture et quelques images, afin de les aider à se souvenir. On en discute ensemble en grand groupe d’abord, et ensuite ils le font avec leur partenaire. Je laisse les livres à leur disposition, car ils pourront relire certaines parties.

On peut faire la même chose avec les livres que nous avons utilisés pour nos lectures à voix haute, nos lectures partagées, les bacs de table (livres abordant différents thèmes), les bacs d’auteurs, les bacs de livres nivelés, on sort un bac avec ces livres et on les revisite.

J’en profite pour poser quelques questions pour qu’ils  alimentent ou développent une conversation intéressante :

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La lecture partagée: un exemple de démarche

Un article de Marlyn Grant

La lecture partagée fait partie du modèle de littératie équilibrée. Elle vient en appui aux activités réalisées dans l’atelier de lecture.

Dans le cadre d’une lecture dite partagée, il y a une structure tout comme pour les mini-leçons des ateliers de lecture : réchauffement, et suivi de la lecture en chorale. On peut clore la lecture par une activité ou une extension du texte. Elle est d’une durée d’environ 15 minutes. Elle est destinée particulièrement aux élèves de maternelle et du premier cycle et trouve toute son efficacité à ces niveaux  puisqu’elle a pour but de modéliser les stratégies des décodage et de compréhension de base en lecture, mais rien n’empêche de la faire à d’autres niveaux ou avec des élèves avec des besoins particuliers. La lecture partagée se déroule sur une période de 4 à 5 jours. Lire la suite

Développer une conversation intéressante en lisant à voix haute

Un article de Marlyn Grant

La lecture à voix haute fait partie d’un modèle de littératie équilibrée. Elle soutient l’enseignement réalisé dans le cadre des ateliers de lecture.

Premièrement, pour la lecture à voix haute animée par l’enseignant, on choisit un livre intéressant et accessible pour développer une conversation avec les élèves. Lire la suite

La lecture autonome en début d’année

Un article de Marlyn Grant

 

Voici quelques pistes de fonctionnement pour la lecture autonome  en début d’année. Dans la période d’atelier de lecture, ce temps de lecture à soi  vient tout de suite après la mini leçon.

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