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Les ateliers d'écriture et de lecture au primaire

Inspiré de la démarche des Units of Study du TCRWP

Mettre les progrès en valeur et se fixer des objectifs

***Cette semaine, nous vous présentons la toute nouvelle section du blogue: Dans la classe. Dans cette section, nous partagerons, sous forme de courtes capsules, de  « petits moments » du quotidien en classe lors des ateliers de lecture et d’écriture, qui représentent de façon concrète des éléments clé des fondements de l’approche pour le développement des compétences des élèves.***


Dans la classe de Martine

Quand je prends le temps d’observer les textes des élèves, je constate les grands progrès depuis la rentrée: ils écrivent plus de lettres dans chaque mot, plus de mots sur chaque page, plus de phrases, plus de pages, planifient mieux, écrivent certains mots de façon conventionnelle, ont une meilleure calligraphie, comprennent la structure narrative…Mais eux, réalisent-ils vraiment tout le chemin déjà parcouru? Les élèves ont besoin que nous leur apprenions à voir où ils en sont rendus pour avoir envie de continuer à avancer et pour savoir dans quelle direction aller.
La semaine dernière, avant d’entamer la dernière partie du module, nous avons réfléchi à cette évolution de leur travail en comparant le premier écrit de l’année et leur dernier texte en cours.

Après une réflexion sur le sujet, à partie de l’idée  « Avant je ne …, Maintenant je … », ils ont choisi trois éléments qu’ils font, ou qu’ils font mieux maintenant. Chacun a écrit son nom sur trois grands coeurs, selon les éléments choisis, que nous avons affichés ensuite au coin écriture. Chaque enfant a aussi choisi un objectif, noté et placé soigneusement dans le dossier d’écriture. Nous étions prêts à entamer le dernier droit.

L’autoévaluation des élèves et les ateliers d’écriture

Un article d’Amélie Beaudoin

J’ai eu la chance de vivre plusieurs journées de formation avec mon équipe des ressources éducatives en compagnie de François Massé, dont la présentation n’est plus à faire en ce qui a trait à la mise en place des communautés d’apprentissage professionnelles et l’harmonisation des pratiques efficaces au sein des écoles.  En tant que conseillère pédagogique, ces journées furent extrêmement riches en apprentissages, notamment en ce qui concerne l’évaluation et tout particulièrement, l’autoévaluation des élèves.  Si votre milieu ressemble au mien, l’évaluation est un sujet bien présent dans les discussions entre collègues; un sujet d’actualité et avouons-le, un sujet parfois sensible.  Par contre, nous parlons peu d’autoévaluation.  Est-ce si important?  Peut-elle réellement faire une différence dans la progression de l’élève?  En quoi les ateliers d’écriture favorisent-ils l’autoévaluation des élèves?  J’aimerais vous partager mes réflexions du moment à ce sujet.

Permettez-moi d’abord un bref rappel théorique.  Depuis plusieurs années, de nombreuses recherches en éducation ont mis en lumière l’importance de l’évaluation formative en salle de classe.  Cette forme d’évaluation, dite au service de l’apprentissage, vise à réguler les apprentissages de l’élève de manière continue, tout au long du processus d’apprentissage.  L’enseignant procède alors au recueil et au traitement de l’information afin de porter un jugement sur l’apprentissage de l’élève et pouvoir lui donner la rétroaction nécessaire à sa progression. 

Les entretiens individuels et en sous-groupes réalisés lors des ateliers d’écriture sont des occasions en or pour offrir cette précieuse rétroaction.  Bien sûr, faire des entretiens efficaces demande énormément de pratique et représente un défi de haut niveau pour tous ceux qui implantent des ateliers d’écriture dans leur classe.   Mais tous les efforts déployés pour recueillir des informations, consigner nos observations et planifier les entretiens valent leur pesant d’or sachant toute l’importance que revêt cette rétroaction dans la progression de l’élève.

Mais la responsabilité du processus de régulation peut et doit être partagée avec les élèves afin de conférer à ces derniers un rôle plus actif.  Plutôt que d’incomber uniquement à l’enseignant, la rétroaction viendra alors également de l’élève lui-même (autoévaluation) ou de ses pairs (évaluation par les pairs).  Et c’est en utilisant l’ensemble de ces rétroactions pour se situer dans son apprentissage et déterminer ce qu’il doit faire ensuite pour progresser que l’on parlera alors d’évaluation en tant qu’apprentissage

L’autoévaluation, c’est quoi?

C’est un processus par lequel l’élève recueille des données et réfléchit à son propre apprentissage.  L’élève évalue ses propres progrès en matière de connaissances, de compétences, de processus ou de comportement.  C’est une démarche qualitative qui n’a donc pas pour objectif que l’élève attribue une note à son travail.

Pourquoi amener les élèves à s’autoévaluer?

Pour toute personne qui essaie d’apprendre, la rétroaction sur ses efforts comporte trois éléments : 

  1. La conscience de l’objectif à atteindre
  2. Des indications sur son niveau actuel
  3. Une certaine compréhension de la façon de combler l’écart entre les deux premiers points.

Il est indispensable de comprendre ces trois éléments, dans une certaine mesure, si l’on veut améliorer son apprentissage (Black et Wiliam, 1998).  Ainsi, en s’autoévaluant, l’élève peut :

  • Mieux connaitre les attentes;
  • Participer activement à la tâche;
  • Situer l’état de sa progression;
  • Identifier ses points forts et ceux qui restent à améliorer;
  • Obtenir très rapidement un retour sur sa production ou sur ses connaissances;
  • Améliorer son autonomie dans le processus d’apprentissage.

De quelle façon les ateliers d’écriture favorisent-ils l’autoévaluation des élèves?

. En amenant les élèves à se fixer des objectifs, des buts précis;

Lorsque les élèves déterminent avec assurance des objectifs d’apprentissage d’une certaine difficulté, mais réalistes, puis déploient les efforts, l’énergie et les ressources nécessaires pour réaliser ces objectifs, leur apprentissage suit une courbe ascendante. « En enseignant précisément aux élèves la manière de fixer des objectifs appropriés et d’évaluer leur travail de façon réaliste et juste, les enseignants peuvent contribuer à cette amélioration de l’apprentissage et de la confiance en soi » (Ross, 2006)1.

  • En proposant des outils d’autoévaluation : Les grilles de microprogression2;
  • Les listes de vérification;

En utilisant ces outils, les élèves apprennent à mieux rectifier le travail qu’ils sont en train de faire en vue d’en améliorer la qualité.

  • En favorisant l’élaboration, avec les élèves, de cibles d’apprentissage clairement définies et en fournissant des copies types de travaux d’élèves;

Il est important que les élèves connaissent la cible qu’ils visent.  On peut ajouter à nos tableaux d’ancrage des exemples écrits par les élèves qui illustrent bien une cible d’apprentissage.

Une élève a ajouté des détails à son introduction. 

Sa page est affichée sur le tableau d’ancrage en guise de modèle.

Cet extrait du texte de Jule permet d’illustrer concrètement,

à l’ensemble du groupe, quelques techniques apprises

  • En variant les outils utilisés aux fins de réflexion et d’autoévaluation en fonction de l’âge et du niveau de développement des élèves;

Un élève du 1er cycle appose des autocollants aux endroits où il a utilisé les stratégies enseignées.  Dans ce cas-ci, il a intégré des paroles, une émotion et il a ajouté une phrase pour montrer l’émotion et non seulement la dire.

Je comprends maintenant beaucoup mieux la responsabilité de l’élève dans l’évaluation de ses apprentissages.  Je suis à même de constater à quel point son rôle est important, voire essentiel à sa progression.  En s’autoévaluant, l’élève améliore son rendement et le fait qu’il participe à ce processus renforce son degré de participation et sa motivation.  Tout ne doit pas nécessairement reposer sur les épaules de l’enseignant.   Bien sûr, il faudra offrir aux élèves de multiples occasions de s’exercer.  On ne saurait devenir compétent sans pratique!  Même s’il s’avère parfois difficile de mettre en place des pratiques d’autoévaluation, il m’apparait important d’en proposer de façon régulière.  Les ateliers d’écriture nous démontrent que même nos jeunes auteurs peuvent y arriver en étant bien outillés et bien accompagnés.  

Références :

  1. Accroitre la capacité – L’autoévaluation des élèves, Secrétariat de la littératie et de la numératie, Décembre 2007

http://www.edu.gov.on.ca/fre/literacynumeracy/inspire/research/studentselfassessment_fr.pdf

http://rire.ctreq.qc.ca/2017/04/evaluation-formative/

  • TA@l’école, L’autoévalation, Par Nicole Lauzon, EAO et conseillère pédagogique de l’AOTA, 2014

La constance de l’atelier de lecture

Un texte de Marlyn Grant

J’enseigne en classe avec l’atelier de lecture depuis plusieurs années déjà, et je continue à apprendre encore et encore.

Dernièrement, suite à la relecture du livre Getting started with Units of Study (Lucy Calkins, Heinemann, 2018),  à des réflexions et à des discussions, j’ai pris conscience que certains points importants inhérents aux ateliers ne sont pas toujours mentionnés dans les modules, et que parce qu’ils sont devenus implicites pour moi, j’oublie souvent des les aborder lorsque je rencontre des enseignants pour présenter l’atelier de lecture. 

Cet article vise à en préciser quelques-uns. Des choses qui sur le coup ne semblent pas essentielles, ou que parfois on survole sans en saisir l’importance, mais qu’une fois mises en place, cela améliore grandement certains aspects de l’atelier de lecture.

Ce que l’enseignant fait.Ce que l’enseignant ne fait pas.
Engager les élèves à choisir des livres « confortables » , c’est-à-dire des livres qu’ils peuvent lire avec fluidité et compréhension.S’attendre à ce que toute la classe lise le même texte. 
Aider les élèves à s’inspirer d’un répertoire grandissant d’habiletés et de stratégies qu’ils utilisent de manière flexible pendant qu’ils travaillent.Attribuer une tâche comme : « Aujourd’hui, vous allez lire un texte et vous allez écrire sur ce sujet » ou « Aujourd’hui, en lisant votre livre, vous allez couper les mots en parties pour arriver à les lire ».
Enseigner des habiletés et des stratégies qui sont applicables à de nombreuses expériences de lecture et soutenir explicitement le transfert.Enseigner une stratégie d’une manière qui ne s’applique qu’à un passage d’une lecture spécifique.
Garder les explications brèves, enseigner une habileté ou une stratégie à la fois. Enseigner plusieurs stratégies dans une longue leçon, en intégrant souvent de nouvelles notions. 
Faire la démonstration de certaines habiletés et stratégies en utilisant un texte connu (de nos lectures à voix haute) des élèves, puis en leur donnant l’occasion d’ajouter ces habiletés à leur répertoire grandissant.  Attribuer un texte spécifique (en lecture autonome), en s’attendant à ce que tous les élèves parviennent à une compréhension similaire.
Guider les élèves lors du transfert, afin qu’ils utilisent leurs outils. Mettre l’accent sur les bonnes réponses à des questions ciblées dans un texte commun.
Fournir des rétroactions directement aux élèves pour élever le niveau de leur travail actuel. Donner des commentaires uniquement par le biais de notes ou de commentaires écrits.

L’organisation physique (et autres) de la classe est aussi importante : 

À faire À ne pas faire 
Utiliser une chaise basse (ou un petit banc) pour être près des élèves au coin rassemblement. S’assurer de bien les voir et qu’eux vous voient bien aussi.Utiliser une chaise plus haute que les élèves au coin rassemblement. N’assoyez pas les enfants pour qu’ils soient face à l’écran, mais plutôt face à vous.  
Placer les élèves avec leur partenaire de lecture au coin rassemblement pour la période de l’atelier de lecture.Placer les élèves en cercle pour la mini-leçon, cela fait référence à une conversation avec toute la classe plutôt qu’à de l’enseignement direct.
Faire un plan de classe afin que chaque élève sache où il ira lire une fois la mini-leçon terminée et la période de lecture autonome  commencée.Laisser les élèves choisir à chaque période où ils veulent s’installer pour lire ou rester toujours à sa place.
Choisir un endroit pour les petits groupes, et se déplacer pour les entretiens à l’aide d’un petit banc.Rester à son bureau et faire venir les élèves pour les écouter lire.
Être en action tout au long de la lecture autonome et aussi lors de la lecture avec un partenaire. Lors de la lecture autonome, prendre le temps de lire soi-même devant eux. Nous n’avons pas assez de temps pour les écouter lire, alors on ne peut pas se permettre de lire nous-mêmes pendant l’atelier.
Sortir votre cahier d’observations, son horaire d’entretiens et/ou de petits groupes.Toujours improviser vos entretiens et petits groupes.
Placer les tableaux d’ancrage à un endroit dans la classe où tous les élèves peuvent les voir. Assez gros et colorés. Faire un roulement des tableaux.Avoir trop de tableaux d’ancrage et les placer à un endroit difficile d’accès visuellement. 

Tableaux adaptés de l’ouvrage Getting started with the Units of Study

Il y a surement des choses avec lesquelles vous ne vous sentez pas à l’aise, d’accord …  parlez-en! Peut-être une mauvaise interprétation ou quelque chose qu’on peut adapter. Restons souple, à l’affût et prêt à nous réajuster.  Et la beauté de la chose, c’est que tous ces principes peuvent aussi s’appliquer à l’atelier d’écriture. Quand on s’assure de bien comprendre les fondements, qu’on s’assure de prendre de bonnes habitudes en portant attention à tous les petits détails, les ateliers sont un succès!

L’oral au service de l’écrit

Un article de Martine Arpin

Un jour, il y a quelques années maintenant, une collègue est entrée au salon du personnel durant la récréation en nous disant: « Je me demande bien combien je vais avoir pour ma présentation orale aujourd’hui! » Nous avons éclaté de rire. Évidemment, elle avait travaillé fort pour aider son fils, alors en première année, à préparer sa présentation: l’affiche (ce n’était pas encore l’époque du power point sur la clé USB, ni de WeTransfer, et encore moins de Teams), les photos, les dessins, les mots-clé, et beaucoup de pratique à la maison devant la famille et les peluches. Après avoir rigolé, nous avons quand même réfléchi à ce que cette situation disait sur nos pratiques face à la communication orale.

Quelques temps après, je me revois, un dimanche soir, avant l’histoire et la chanson du dodo, demander à mon fils, alors en première année, ce qu’il va raconter de sa fin de semaine lors de la causerie du matin. Il me répond: « Ben, la même chose que d’habitude! Que j’ai joué au hockey! » Et moi je lui rappelle tout ce qu’on a fait cette fin de semaine-là: pris le traversier avec des amis, cueilli des pommes, fait un pique-nique, cuisiné ensemble… Mon amoureux, discret sur le bord de la porte, me dit que franchement, il ne doit y avoir qu’un prof de première année pour préparer son enfant à la causerie du matin… En racontant cette anecdote aux copines à l’école, on a bien rigolé (c’est souvent comme ça…). Et nous avons encore réfléchi à ce que cette situation disait de nos pratique à la communication orale.

Nous nous sommes penchées sur ces pratiques. Celles que nous avions étaient celles répandues à l’époque. Nous sommes retournées dans le programme. Nous avons réfléchi au quoi, au pourquoi et au comment.

Qu’est-ce que l’expression orale?

Dans nos pratiques, que mettons-nous en place présentement?

Pourquoi?

Que voulons-nous développer chez les élèves?

Comment le faisons-nous présentement?

Pourquoi le faisons-nous ainsi?

Comment faire mieux?

Les principaux problèmes que nous avions étaient ceux-ci:

-peu des interactions planifiées ou évaluées étaient authentiques,

-les élèves avaient peu de temps de pratique régulière,

-nos méthodes consommaient beaucoup de temps à l’horaire pour peu de développement de la compétence,

Nous sommes parties de ces problèmes pour effectuer les changements nécessaires. Dans ma classe, ça se traduit ainsi:

Mon presque meilleur changement à vie: Fini la causerie le lundi matin! Pour moi, ce moment était non seulement dévoreur de temps, mais aussi énergivore! Et avec raison, quand on y pense. Écouter 20 élèves parler chacun leur tour de leur fin de semaine, de façon pas toujours cohérente ni audible, et souvent répétitive… moi-même, je trouvais ça long. Un passage obligé. Alors un enfant de 6 (ou même 10) ans? Ça devenait plutôt un problème de discipline….Maintenant, les élèves peuvent se raconter leur fin de semaine lors de la collation, et moi je circule parfois pour écouter, m’intéresser, échanger avec eux. Mais pas toujours.

J’ai plutôt remplacé ce long moment par plusieurs petits moments dans la semaine. Chaque jour, ça fait partie de notre routine, au début du rassemblement du matin, quatre élèves prennent la parole sur un sujet donné. En début d’année, je l’appelle la jasette du coeur. Nous parlons de nos jeux préférés à la récréation (cela permet en même temps d’apprendre à se connaitre, de découvrir des intérêts communs, de faire des liens, de trouver un ami sur la cour de récréation quand on se sent seul…). Nous parlons de nos familles, de nos animaux de compagnie. Dans le plan de travail à la maison, j’ai ajouté cette année La discussion en famille. Les parents sont invités à discuter avec leur enfant de différents sujets, et ils savent que nous en discuterons en classe: jusqu’à présent, nous avons parlé de l’histoire du prénom des enfants et de leurs « superpouvoirs » (un talent, puis une qualité, quelque chose qui ne se voit pas mais qui fait du bien aux autres).

Quel est mon super pouvoir?, Aviaq Johnston et Tim Mack, Les Malins. Cet album est magnifique et en plus, parfait pour aborder une discussion sur les talents et les qualités personnelles ce chacun.

Un peu plus tard, on l’appelle la jasette du jour, et les sujets sont centrés sur notre travail lors des ateliers d’écriture. Quand nous travaillons les Petits moments, alors chaque élève, à son tour, raconte un petit moment qui lui est arrivé. Quand nous sommes dans les livres informatifs, alors chaque élève nous enseigne quelque chose sur un sujet qu’il connait. Pour les textes d’opinion, nous parlons de nos préférences. Nous partons d’albums pour construire et partager une opinion, et la justifier.

Cette façon de faire comporte plusieurs avantages: elle favorise la capacité d’écoute, et permet ainsi de développer cette compétence. Elle me permet de travailler la structure de phrase et du discours dans la zone proximate de développement de chacun. Elle donne un contexte authentique de discussion. Elle renforce notre communauté parce qu’en apprenant ainsi à se connaitre dans différents aspects de leur vie, les élèves prennent conscience qu’ils ont des points communs avec d’autres vers qui ils ne vont pas nécessairement. Elle fait aussi un pont vers l’atelier d’écriture et leur travail d’auteur: trouver des idées (souvent, leur sujet de discussion devient le sujet de leur prochain texte, et donne même des idées aux autres), une occasion de planifier et de s’exercer à l’oral avant d’écrire, une façon de travailler la structure à l’oral, ce qui aide automatiquement l’écrit, puisque les élèves peuvent écrire ce qu’ils peuvent dire. Elle offre plusieurs occasions d’enseignement des comportements d’écoute et de prise de parole.

En deuxième année, notre routine du matin commençait toujours par la Jasette du livre, où les élèves discutent du livre lu la veille à partir d’un tableau d’ancrage de sujets de discussion qui s’enrichit au fil du temps et des leçons de lecture. Cela permet non seulement de parler des livres, mais aussi de favoriser un engagement dans la lecture à la maison. On a une obligation envers son partenaire!

Aussi, après une lecture à voix haute interactive, nous favorisons les discussions de groupe sur un sujet donné ou choisi par les enfants, en lien avec la lecture. En choisissant soigneusement les livres, nous pouvons soutenir la profondeur des discussions.

Un petit geste, Jacqueline Woodson et E.B. Lewis, Éditions d’Eux.

Les clubs de lecture sont aussi propices à enseigner et s’exercer à la discussion:

Nous prenons aussi du temps en classe pour enseigner explicitement les stratégies de prise de parole et d’écoute. Les ateliers d’écriture et de lecture, en favorisant les échanges avec les partenaires, donnent aussi plusieurs occasions de le faire. Si on veut organiser une présentation plus traditionnelle, nous prenons le temps de modeler ce qui est attendu. Par exemple, nous pouvons célébrer le module des textes informatifs en donnant du temps en classe pour permettre aux élèves de présenter le sujet de leur livre informatif à la façon de l’émission « Découverte », en se filmant. On peut ensuite envoyer les vidéos aux parents. Et cela n’empêche pas qu’une fois dans l’année, les élèves préparent une présentation orale à la maison, avec leurs parents. Une autre occasion de s’exercer.

Quand on enseigne, on aurait toujours besoin d’une période de plus, ou d’une journée de plus dans la semaine, pour tout faire ce que nous aimerions faire avec nos élèves. Le temps est précieux. On doit miser sur des pratiques efficaces. Si en plus ces pratiques s’enrichissent l’une et l’autre, nous sommes gagnants sur toute la ligne et nos élèves aussi. Chaque fois que nous mettons en place un dispositif, et même pour ce que nous faisons de façon instinctive, il vaut vraiment la peine de se questionner sur la pertinence et l’effet de rayonnement de celui-ci. Réfléchir en équipe sur le quoi, le comment et le pourquoi peut nous aider à mieux choisir et à orienter nos décisions.

Quand au développement de la compétence à l’oral, quand j’entends mon ado me répondre en mono-syllabes, je me demande parfois pourquoi on met autant d’efforts… Et j’essaie de ne pas oublier que nous semons de petites graines, et que la raison pour laquelle nous portons autant d’attention à nos pratiques, c’est que cette base doit être solide pour passer à travers les tempêtes. Parce qu’après l’hiver de l’adolescence, ce sont toutes ces petites choses qui ont solidifié la base qui remonteront à la surface, comme une fleur au printemps… Et quand je vois mon fils être capable de s’exprimer devant mes copines de façon intelligible et intelligente, en leur racontant sa nouvelle saison de hockey, je me dis que tout n’est pas perdu, que la vie nous ramène d’elle même à la base, et que peu importe tout ce que nous faisons, notre famille n’échappera jamais aux discussions sur le hockey…

Aider les élèves à faire mieux

Un texte d’Isabelle Robert

Ça y est! L’année scolaire est bien commencée maintenant. Il est étonnant de constater à quelle rapidité les élèves font de nouveaux apprentissages. Chaque jour, mes élèves de première année apprennent quelque chose de nouveau. En lecture… en écriture… en mathématiques… et dans toutes les autres matières, sans oublier les relations sociales avec leurs pairs.  Ça fait de nombreux apprentissages pour une seule journée. Beaucoup d’apprentissages à chaque semaine. Il est normal de répéter, car les enfants oublient des choses parmi toutes celles qu’ils apprennent

Garder des traces des stratégies à mettre en pratique pour faire de nouveaux apprentissages s’avère essentiel afin de s’assurer de garder en vie tout ce qu’on apprend. Les tableaux sont des outils parfaits pour ça. Ils sont élaborés pour soutenir les élèves dans le développement de leurs compétences, pour les aider à se rappeler comment utiliser une stratégie et comment aller plus loin. Quand je vois des élèves mettre en pratique une même stratégie depuis quelques jours, je me pose toujours la question : « Est-ce qu’ils savent comment faire mieux? » C’est alors l’occasion d’être encore plus explicite dans l’enseignement d’une stratégie importante qui peut faire une différence dans leur travail. Les tableaux d’ancrage de démarche et les tableaux de microprogression sont des outils vraiment utiles pour y arriver. Ces tableaux rendent explicites les étapes du développement d’une habileté. Élaborés avec les élèves, ils sont encore plus efficaces.  

Voici quelques exemples de tableaux que j’utilise en classe pour aider mes élèves à voir comment faire mieux.

Avec mes élèves, nous avons élaboré le tableau de microprogression À quel point j’enseigne à mes lecteurs parce que je voulais les voir écrire un plus grand volume d’écriture sur chacune des pages de leur livre. Nous avons déterminé ensemble les étapes à franchir pour y parvenir. La première étape, destinée aux élèves en début d’apprentissage, consiste à écrire au moins trois étiquettes par page. Pour ceux qui maitrisent déjà cette étape, nous avons déterminé qu’écrire une phrase sera l’étape suivante. Et enfin, pour les scripteurs plus habiles, nous avons établi qu’ils peuvent penser à ajouter plus de phrases pour enseigner davantage aux lecteurs (texte informatif). Tous les élèves peuvent se situer dans ce tableau et sont en mesure de voir ce à quoi ressemble la prochaine étape.

Le tableau d’ancrage de démarche Quand j’écris… a été conçu pour un petit groupe d’élèves qui oubliaient d’écrire les étiquettes, car ils se concentraient sur l’écriture des phrases. J’aurais laissé passer cet oubli, mais je trouvais important qu’ils s’exercent encore à écrire des mots nouveaux de façon isolée pour prendre en note leurs connaissances sur les habiletés phonémiques et graphophonétiques. Ce tableau est donc très utile pour ces élèves.

En lecture, on amène rapidement les élèves à observer les lettres et à utiliser leurs connaissances graphophonétiques pour lire les mots.  Je voulais rendre cette stratégie plus explicite en illustrant le genre de travail qu’on peut faire pour reconnaitre un mot nouveau. Faire le son de la première lettre est un bon départ, mais on souhaite que l’élève regarde plus loin dans le mot pour, éventuellement, se rendre à la fin. Grâce au tableau Je fais le son des lettres, les lecteurs de la classe ont pu réfléchir à ce qu’ils font comme travail en ce moment et ils sont invités à tenter d’aller toujours un peu plus loin dans le mot.

Le tableau d’ancrage Pour rester dans ma bulle de lecture a été conçu parce que mes élèves avaient du mal à se concentrer lors de la période de lecture autonome. On a réfléchi ensemble à ce qu’on devait faire pour être dans une classe qui permet aux lecteurs de rentrer dans leur bulle de lecture, car il est important de s’exercer plusieurs minutes par jour pour grandir en tant lecteurs. Avant ce moment de réflexion, la période de lecture autonome était bruyante, certains élèves se levaient inutilement, d’autres prenaient des livres de leur bac sans vraiment les lire… Bref, l’endurance en lecture ne progressait plus et je devais gérer le groupe, ce qui me laissait peu de temps pour m’entretenir avec mes élèves. À partir du tableau, chacun a réfléchi à ce qu’il fait déjà très bien, pour ensuite réfléchir à ce qu’il trouve plus difficile. Par la suite, chaque élève a choisi un défi à relever pour améliorer son comportement de lecteur et a reproduit le pictogramme de ce comportement sur un papillon adhésif qu’il a collé dans son dossier de lecture.

Ce qui est bien de ces tableaux, c’est qu’ils conviennent à tous les niveaux d’élèves que j’ai en classe, car ils sont conçus pour eux et avec eux. Certains tableaux montrent le chemin à suivre pour progresser. D’autres tableaux démontrent explicitement ce qu’on attend d’eux. À l’aide de ces tableaux, les élèves peuvent se fixer des buts pour augmenter d’un cran ce qu’ils font déjà. Comme tous les autres outils que j’offre à mes élèves pour les soutenir dans leurs apprentissages, ces outils sont temporaires. Prendre un peu de temps pour concevoir de tels outils fait une grande différence pour favoriser l’apprentissage, l’autonomie et l’engagement des élèves.

Une identité d’auteur-e et de lecteur-lectrice

Un texte de Marjorie Kuenzi

S’interroger sur son identité est devenu plus présent dans notre société suite au confinement, à l’école à distance, au mouvement Black Lives Matter ou à bien d’autres évènements… Ces derniers nous font nous interroger sur nos valeurs, nos aspirations, ce qui est important pour nous et où se situe-t-on par rapport à tous cela ? Nos réalités diffèrent selon les écoles dans lesquelles nous intervenons, les quartiers où nous vivons, les personnes que nous côtoyons, tout cela prend part à forger notre identité. 

 Mais quel est le lien avec les ateliers de lecture ou d’écriture me direz-vous ? 

Réfléchir à son identité personnelle permet aussi de mieux définir son identité d’auteur-e ou de lecteur-lectrice. 

Alors comment évoquer la notion d’identité avec les élèves et dans quels buts ? 

1- Pour faire connaissance!

En début d’année, chaque enseignant réfléchit à des activités pour faire connaissance, construire une communauté dans sa classe. Cette année, j’ai proposé à mes élèves de se présenter sous forme de carte mentale (mind map). Cela pourrait également se faire avec des dessins, des photos ou une liste. J’ai préparé la carte mentale de ce que j’avais envie de partager de mon identité, ce qui a permis aux élèves d’observer les éléments présents ou qui pourraient y figurer. 

Une liste a été effectuée des éléments pouvant parler de notre identité : 

  • Ce que j’aime
  • Ce que je n’aime pas
  • Musique
  • Sport
  • Animaux
  • Ce que je préfère (couleur, nourriture, livre, sujet,…)
  • Religion
  • Langue(s)
  • Age
  • Genre
  • Famille
  • Origine
  • Physique
  • Activités
  • Amis
  • Difficultés
  • Qualités

Chaque enfant a réalisé sa propre carte. En voici quelques exemples : 

Cette carte a trouvé sa place dans la pochette d’écriture et sera complétée au fur et à mesure de l’année selon les besoins et les envies. 

2. Proposer des livres, des thèmes qui peuvent intéresser nos élèves.

Connaître les goûts, les activités et les origines de nos élèves permet de leur mettre à disposition des livres miroirs (dans lesquels ils pourront se retrouver) ou des livres fenêtres (avec lesquels ils pourront effectuer des découvertes).

3. Avoir des discussions sur les lectures à haute voix que l’on effectue ensemble.

Réfléchir à ce que l’on est pour ensuite définir pour chacun d’entre nous si c’est un livre miroir ou fenêtre et échanger à ce propos pour continuer à se construire. 

4. Générer des idées d’écriture en pensant à son identité, pour trouver des idées en regardant sa carte ou son collage photo. 

Pour ceux qui lisent en anglais, voici un magnifique album qui questionne l’identité : 

Outside, Inside de LeUyen Pham 


À découvrir sur youtube.com/watch?v=odYlqOZsg_g
 
Et vous qu’elle est votre identité ? 

 

Telle une feuille qui tourbillonne dans le vent

Un texte d’Isabelle Robert

Voilà! Les sept premiers jours d’école viennent de défiler au milieu d’un grand tourbillon. Des jours précieux à faire connaissance, à installer des routines, à permettre aux élèves de s’approprier leur nouvel environnement et l’horaire d’une journée de première année, à instaurer de nouvelles façons de faire, à mener les premières activités d’apprentissage et surtout, à créer des liens entre nous. Des jours essoufflants, des jours pleins d’espoir, des jours inégaux, des nuits courtes à revoir mon plan de match.

Mais chaque jour, nous avons lu des histoires (d’ailleurs, Mathieu Lavoie est la vedette de l’heure de la classe!!!), parlé des auteurs que l’on connait, parlé de nos livres préférés, des endroits où nous aimons lire, des sujets de documentaires qui nous intéressent. Nous avons parlé de la chance que nous avons de pouvoir choisir des livres qu’on a le gout de lire. Et j’ai enchainé, jour après jour, les premières leçons de lecture ainsi que des moments de lecture seuls et en tandem.

Parallèlement à cela, nous avons étudié des lettres et des sons, Nous avons fait des activités de conscience phonologique, de conscience phonémique et du travail sur les éléments graphophonétiques.

Les élèves ont aussi écrit dès le premier jour. Il y a eu des leçons explicites bâties sur mesure grâce à l’étude de leurs premiers textes, et du temps pour pratiquer et mettre en œuvre les nouvelles connaissances. Par ces écrits, nous avons appris à se connaitre les uns les autres, toujours un peu plus. Et on installait des habitudes.

C’est maintenant que je me dépose, telle une feuille qui tourbillonne dans le vent depuis le premier septembre et qui se pose doucement au sol.

Oui, il était temps de se poser et de constater tout ce qu’on a accompli jusqu’à maintenant, de grand et de petit. Tout compte!

Hier, 10 septembre, journée parfaite pour organiser notre première célébration. Chaque année, j’organise assez rapidement la première célébration et m’assure d’en vivre fréquemment lors des deux premiers mois.  Je fais cela pour plusieurs raisons :

  1. Elles donnent du sens aux apprentissages;
  2. Elles permettent de mettre les individus en valeur;
  3. Elles permettent de mettre les apprentissages en valeur ;
  4. Elles permettent de se connaitre les uns les autres encore plus;
  5. Elles permettent de construire notre communauté en célébrant la diversité ;
  6. Elles donnent un élan incroyable pour la poursuite de l’apprentissage;
  7. Elles donnent du sens au travail d’auteur.

Donc, aux deux semaines environ, nous célébrons!

Cette première célébration est aussi pour moi l’occasion de faire à un pas de recul, ce pas qui permet d’avoir un portait de la situation, une vision plus panoramique. Constater le travail des élèves. Voir des étoiles dans les yeux lorsqu’ils présentent leur travail à la classe. Ressentir cette fierté. Entendre des questions d’élèves qui veulent en savoir plus sur ce que d’autres ont écrit. Entendre des compliments sur le progrès de certains. Revoir cette assurance qui s’installe lorsqu’ils écrivent. Constater que cette classe que je visualise chaque année sera bien réelle, encore.

J’apprends beaucoup d’eux. Ils sont arrivés avec un niveau varié de connaissances sur la langue et progresseront selon ce qu’ils sont. J’aime cette diversité. Et malgré quelques dossiers d’aide plutôt épais de certains, je suis émerveillée de ce qu’ils sont vraiment. Parmi eux, des élèves qui n’ont pas gagné à la loterie familiale, mais qui sont d’une force incroyable et qui attendent juste qu’on croie en eux.  Ces élèves me font frissonner. Et me rappellent combien je suis chanceuse de les accompagner. Cela même si certains jours sont plus difficiles. Complexes. Je sais profondément que l’atelier d’écriture permettra de mettre en valeur chacun d’eux.

Je suis prête pour une année incroyable!

Voici des progrès que j’ai observés. Déjà!

1er septembre: L’élève a écrit des étiquettes (Juliette, salade, Léa).
10 septembre: Elle écrit maintenant une phrase en plus de 4 étiquettes. Elle laisse des espaces entre les mots. Elle utilise un mot du mur « Je ». (Je suis au zoo).

1er septembre: L’élève a écrit une phrase et deux étiquettes. (Je joue avec Rosie.)
10 septembre: L’élève écrit deux phrases pour raconter et utilise le point pour délimiter ses phrases. (Je suis avec maman et Zachary. Je lis avec maman.)
1er septembre: L’élève présente des personnages immobiles. (C’est moi, ma soeur et mon chat.)
10 septembre: L’élève écrit une phrase. Elle forme de plus petites lettres. Elle est en action. (Je saute sur le trampoline.)
1er septembre: L’élève appuie difficilement sur le crayon. Trace sans avoir d’intention de communication. Laisse le crayon glisser sur la feuille.
10 septembre: Il veut dire qu’il aime jouer au XBox. Il se dessine avec une manette. À gauche, on voit la console. À droite, c’est l’escalier. On constate un trait plus assuré. Il tente aussi d’écrire son nom à l’aide de son modèle qu’il prend par lui-même.

1er septembre L’élève se dessine dans une piscine et a écrit deux étiquettes.
10 septembre: L’élève écrit trois étiquettes et une phrase en étirant les mots. Il utilise la ponctuation. Il fait bouger son personnage. Il se fait davantage confiance.

Prévoir les problèmes en écriture ou Comment répondre à l’inévitable: « Je n’ai pas d’idééée! »

Un article de Martine Arpin

Lucy Calkins affirme ceci :  «  La seule chose dont on peut être certain lors d’un atelier d’écriture, c’est qu’il y aura des problèmes » .

En effet, nous travaillons avec de jeunes enfants. Même en sixième année ils sont, après tout, de jeunes enfants. Lors des ateliers d’écriture, nous leur demandons d’être autonomes et responsables de leur apprentissage. Nous leur demandons un travail cognitif et émotionnel exigeant. Nos élèves sont en apprentissage, il est donc tout à fait normal que certaines interventions soient nécessaires pour les soutenir.

L’un des problèmes qui surviendra assurément dans toutes les classes, qui survient chaque année dans la mienne en tout cas, c’est le manque d’idées. Même si au début d’un module on enseigne certaines stratégies pour trouver des idées, il y aura quand même toujours des élèves qui n’en ont pas (ou qui pensent qu’ils n’en ont pas…). 

Voici quelques trucs pour générer des idées en groupe, en petit groupe ou lors d’entretiens individuels :

  1. S’assurer que les stratégies que nous enseignons soient transférables :  Notre premier réflexe pourrait être de donner des idées à l’enfant qui n’en a pas. C’est possible de le faire, il sera engagé plus rapidement dans l’écriture, mais le problème reviendra assurément au prochain texte, puis aux suivants… Quand nos interventions sont assez spécifiques pour soutenir l’éclosion d’idées mais assez générales pour que la stratégie puisse s’appliquer à différents textes, et, encore mieux, à différents genres littéraires, alors on s’assure que notre enseignement soit transférable.

Voici trois façons intéressantes de générer des idées avec les élèves de façon transférable. Ils peuvent ensuite placer leurs dessins dans le dossier d’écriture pour consultation future :

Pense à…

On peut aussi aller plus loin dans le « Pense à… », tel que le suggère l’autrice et illustratrice Marianne Dubuc: « Ma façon de débloquer, des fois, c’est de penser à un événement, un moment où j’ai ressenti une émotion TRÈS forte. Les idées viennent plus vite. » Je m’imagine facilement la portée de nos paroles lorsqu’on cite des auteurs que les élèves lisent et admirent. Les rencontres d’auteurs avec les élèves sont d’ailleurs une excellente façon de rendre concret le processus d’écriture et de donner du poids aux stratégies enseignées. « Si Marianne Dubuc le fait… » 😉

Rayon X: « Moi! »

Faire une carte

2. Favoriser les idées personnelles qui célèbrent l’identité

L’écriture est un excellent véhicule pour exprimer et affirmer son identité. Quand on veut générer des idées, on peut donc inviter les élèves à célébrer leur identité et à l’utiliser dans leur écriture. Quand nous faisons une démonstration, on doit porter une attention spéciale aux idées que nous présentons. Comme on demande à nos élèves de le faire, nous devons être plus braves dans nos textes:  ne pas se présenter toujours sous notre meilleur jour! Nous ne sommes pas toujours joyeuse, ou parfaite. Utilisons nous-mêmes nos identités pour trouver des idées.

3. Générer plusieurs idées à la fois puis choisir.

Générer des idées est difficile! Plus les élèves sont jeunes, plus la quantité de texte qu’ils écrivent est grande. C’est important, parce qu’il passent souvent à travers le processus d’écriture pour l’intégrer, alors ils ont besoin de beaucoup d’idées! Aussi, générer plusieurs idées à la fois permet d’être mieux préparé à écrire. Cela permet aussi de devenir intentionnel dans ses choix d’écriture. Ils deviendront des auteurs qui choisissent leurs sujet dans un ordre déterminé, au lieu d’être des auteurs qui ne font que prendre la première idée et essayer d’écrire à ce sujet. Comment?

  • Faire un jeu.

On peut cacher les stratégies enseignées sous des post-it numérotés. Un élève nomme un chiffre, puis donne une idée selon la stratégie qui s’y cache. Les autres élèves notent leurs propres idées, ou la partagent avec leur partenaire oralement.

  •  Des livres en banque!

On pourrait demander aux élèves de préparer cinq pages couvertures. De cette façon, les idées sont déjà là pour plusieurs textes. (J’essaierai cette stratégie au début du module des Petits moments cette année!)

4. Semer de petites graines

Dans Les histoires de Raffi (Abby Hanlon, éditions d’Eux), l’enseignante répète : «  Les histoires sont partout! ». C’est vrai qu’on l’affirme souvent, lors des ateliers d’écriture. Mais il ne suffit pas de l’affirmer. Il faut aussi prendre le temps de montrer aux élèves que c’est vrai, tout au long de la journée, de la semaine. Porter à leur attention les petits moments qui surviennent et qui feraient de bonnes histoires, qui peuvent devenir un sujet d’écriture :  une compote renversée, un conflit à la récréation, gagner (ou perdre…) à un jeu de cartes, l’abeille autour de nous à la récréation, manquer son autobus, prendre l’autobus pour la première fois… Cela leur permet de vivre comme des auteurs, qui puisent des idées dans les petits événements du quotidien, dans leur vie et celles qui les entourent.

Peu importe le problème, quand on sait que ce sera un problème, alors mieux vaut s’y préparer puisque nous savons que nous devrons intervenir. Que ce soit pour soutenir les élèves qui ne savent pas encore trouver des idées d’écriture, ou pour tout autous serons ainsi plus efficace dans nos interventions et pour les rétroactions aux élèves lors des entretiens ou de l’enseignement en petit groupe. Discuter avec des collègues des problèmes qui surviennent lors des ateliers d’écriture et se préparer ensemble à y faire face de différentes façons en partageant nos expériences est assurément un bon moyen de trouver des solutions…

Quels autres problèmes risquent de survenir lors de vos ateliers d’écriture cette année? Comment pouvez-vous vous y préparer?  Avec qui?

Idées inspirées d’un atelier avec Sara Berg, TCRWP, mars 2021.

La magie de la rentrée

Un article de Martine Arpin

Hier, j’ai diné avec des copines enseignantes.

Sous la chaleur (l’hiver viendra bien assez vite), en savourant la « slushe » fraises-vodka-limonade rose de notre hôte, on s’est raconté les baleines, le mont Albert, les Cantons-de-l’Est. On a parlé de nos ados et de nos plus grands, joué à un nouveau jeu, échangé des livres que nous avons aimé lire cet été. C’est l’une de nos routines de la rentrée, depuis des années.

Habituellement, on parle aussi de nos lectures pédagogiques, on se dit qu’on a pris plaisir à écrire les dates et jours du calendrier scolaire dans notre cahier de planification, ainsi que les dates d’anniversaire de nos futurs élèves. Cette année, un constat commun :  pas ou peu de lectures pédagogiques, pas de formations, pas de dates dans le cahier de planification. En fait, même pas ouvert le sac, de tout l’été.

L’envie de faire le vide. 

Et un peu moins de papillons que d’habitude, face à cette rentrée, que l’on espérait beaucoup plus normale. 

On se dit que l’année dernière a été éreintante, avec les bulles, les masques, les règles. Que c’est pour cette raison que nous avions besoin de plus de repos et de vide qu’avant (surtout pas parce qu’on commence à vieillir…Pas du tout…). Savoir que ça ressemblera encore pas mal à ça cette année nous embête. Je reprends ici les propos du docteur Jean-François Chicoine, entendus en juin: Il faut arrêter de dire que les enfants sont résilients. Nous avons la responsabilité de faire en sorte qu’ils n’aient pas besoin de l’être. On se dit qu’on aurait aimé que ce soit pris en compte.

Mais je sais que lundi, quand nos petits poseront pour la première fois les pieds, les yeux et le cœur dans leur nouvelle classe, ils ne ressentiront rien de ce petit sentiment d’hésitation.

La magie va opérer encore une fois.

Quand ils choisiront une place à l’une des tables,

quand l’un d’eux remarquera qu’il y a un lit dans la classe,

quand un autre s’émerveillera des centaines de livres autour d’eux,

quand une petite verra les stylos noirs et s’exclamera: « On va aussi être des auteurs en première année? Youpi! » ,

quand je devrai consoler celle qui s’ennuie un peu beaucoup de sa maman,

quand ils sortiront leurs nouveaux effets scolaires,

quand je vais raconter la première histoire,

quand on va commencer à se parler de nous, pour commencer à former un nous,

alors je serai là, toute là, avec eux et pour eux.

Ce sera la même chose pour mes collègues.

Et pour vous aussi.

Cet été, j’ai voulu faire le vide. Le vide s’est imposé à moi, bien doux à porter sur la planche à pagaie. Mais parfois le vide se comble de tout plein de petites choses, au fil des moments et des rencontres, sans qu’on s’en rende compte. Et en y repensant bien, il y a eu un fil conducteur à ces petites choses qui ont pris place dans ma tête…

J’ai donné avec Isabelle une conférence sur une bibliothèque de classe diversifiée, avec un angle sur l’identité, l’importance que chaque élève se reconnaisse dans la classe, apprenne des autres et s’ouvre sur le monde et les réalités qui les entourent en ayant des discussions franches et courageuses sur des sujets complexes. Préparer cette conférence ensemble nous a aidées à réfléchir à la façon dont on veut accueillir nos élèves et donner une place à chacun.

J’ai écouté une conférence de mon ami et collègue Martin Lépine, vice-doyen à la formation et à la culture de la faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke. Martin parlait de l’importance de donner le goût de la lecture aux élèves. À partir de données accablantes (90% des enseignants nomment que donner le goût de lire est leur priorité, mais 50% des citoyens, après leur scolarité, ne lisent plus pour le plaisir, et c’est à partir de la quatrième année du primaire que ce plaisir de lire commence à diminuer…), il proposait des mesures concrètes pour nourrir l’appétence des élèves à tous les niveaux scolaires. Il a cité Antoine de St-Exupéry :  

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose. Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »

Dans cette citation, il a changé le mot « bateau » pour le mot « lecteur », et le mot « mer » par le mot «littérature», et elle résonne encore dans ma tête. (vous la relisez maintenant en changeant les mots, n’est-ce pas?)

Pour visionner cette conférence, c’est ici: https://youtu.be/4LTrrImBLUk

J’ai eu l’incroyable chance et le grand bonheur, avec deux autres intervenants, de m’entretenir avec Stéphan Bureau sur l’importance de l’école primaire. Pour bien me préparer, j’ai lu certains articles et recherches, pris des notes, parlé pédagogie avec une amie qui m’a aidée à réfléchir, copié mes notes, placé mes idées, recopié mes notes… Je voulais m’exprimer sur la complexité de la tâche enseignante dans tout ce que ça a de beau et de positif, sur le devoir de responsabilité, sur l’importance de la motivation intrinsèque et sur l’impact que nous avons sur nos élèves. En me préparant à cette entrevue, je me suis rappelé les mots de Daniel Pennac en entrevue avec Stéphan Bureau :

La classe, ce n’est pas une armée qui marche au pas, c’est un orchestre qui joue la même musique

À la radio, par hasard, j’ai entendu une entrevue de Catherine Perrin avec Jean-Marc Limoges, enseignant en littérature au cégep et auteur du livre « Victor et moi », un essai sur la motivation scolaire et la responsabilité des enseignants sur le désir d’apprendre. Je ne l’ai pas lu, pas encore, mais ça a rejoint mes réflexions.

Couverture du livre

J’ai travaillé avec des enseignants du Manitoba sur les fondements des ateliers d’écriture. Trois jours où nous avons vécu le processus d’écriture, où nous nous sommes mises dans la peau des auteurs pour mieux comprendre comment se sentent les élèves lorsqu’on leur demande d’écrire. Trois jours à réfléchir aux besoins de nos élèves auteurs et à la posture enseignante nécessaire à leur engagement et à leur progression.

Peut être une image de 9 personnes, écran et texte

J’ai rencontré la belle équipe de De mots et de craie pour planifier un institut d’été en 2022 et le prochain congrès en 2023, et pour planifier les offres de bourses de rayonnement. Réunir étudiants, professeurs, enseignants de tous les niveaux, cadres scolaires, mentors, conseillers pédagogiques, experts chevronnés, auteurs et illustrateurs pour partager une passion commune, centrée sur le désir que les élèves partagent cette même passion et la développent aussi. 

Alors, le fil conducteur entre tous ces moments, qui teinte nécessairement ma rentrée est ceci:  Ce dont mes élèves ont le plus besoin, c’est que tout ce qui se passe dans la classe transpire le bonheur de lire et d’écrire, d’apprendre, d’être et d’échanger. C’est que je sache créer avec eux et entre eux un lien assez fort pour que la confiance s’installe. J’ai le pouvoir de contribuer à la construction de l’identité de chaque être humain que j’accompagne et qui me fait confiance. C’est aussi une grande responsabilité. À travers la littérature, par des méthodes d’enseignement qui me permettent de mettre mes énergies à la bonne place, et surtout par mon approche, mes gestes, mes paroles, mes regards, je veux nourrir cet appétit qu’ils ont déjà, sinon le faire naitre. 

L’année scolaire n’est pas un sprint où gagner une demi-seconde nous permet d’abaisser la marque mondiale. C’est un long marathon. Je sais où je m’en vais. Je connais le parcours. Performer, ce n’est pas juste courir sous les dix secondes comme Andre de Grasse. Comme Dayna Pidhoresky, marathonienne canadienne arrivée dernière de son épreuve aux Jeux Olympiques de Tokyo cet été, mes élèves se rendront au fil d’arrivée, à leur rythme, s’ils ont la motivation et les outils pour y arriver. Moi aussi. La rentrée est un bon moment pour planifier la gestion de notre énergie tout au long de ce marathon. Chaque kilomètre sera teinté de ce fil conducteur :  placer l’élève, les élèves, au centre de mes décision. Créer l’envie, le désir, le besoin d’apprendre et de littérature. Être l’étincelle.

Je ne sais pas vraiment comment va se dérouler cette année scolaire, mais ce que je sais, c’est que non seulement mes élèves, lundi, ne ressentiront rien de ce petit sentiment d’hésitation qui me reste un peu dans la gorge, mais ce sont eux qui aideront, par les étoiles dans leurs yeux, à la faire disparaitre pour laisser place à l’étincelle.

C’est ça, la magie de la rentrée. 

Des apprentissages bien plus qu’essentiels

Un article de Charlotte Therrien, enseignante à Montréal

Pour ceux qui comme moi ont eu la chance de participer au si enrichissant et pertinent congrès De Mots et de Craie 2021, vous avez peut-être remarqué un discours commun de nos chers collègues américains. Autant Shanna Schwartz qu’ Amanda Hartman ou même le grand Peter Johnston nous ont rappelés avec conviction l’importance de l’enseignement des habiletés socioémotionnelles à travers notre pédagogie. Oui, former des lecteurs et des auteurs pour la vie, mais surtout, former des petits êtres humains tolérants, ouverts d’esprits et empathiques.

Et ce n’est pas pour rien qu’on en parle autant. Les deux dernières années ont été marquées par le mouvement BLM (black lives matter), les féminicides, les droits des autochtones jusqu’aux injustices qui se déroulent présentement en Palestine, et j’en passe plusieurs. Des conflits éclatent chaque jour à travers le monde. Et il faut se questionner. Quels apprentissages puis-je intégrer à mon enseignement afin de créer des meilleurs mini humains?

C’est alors que je me suis lancée dans cette démarche dès le lundi suivant le congrès. Comment faire pour intégrer ces apprentissages bien plus qu’essentiels dans mes ateliers de lecture et d’écriture ? Comment mettre de l’avant la richesse culturelle de ma classe de Saint-Léonard afin de leur enseigner la bienveillance les uns envers les autres ?

D’abord, j’ai constaté les pas que j’avais déjà pris dans cette direction :

  • Les partenariats riches amènent mes élèves à apprendre l’un de l’autre et à comprendre que tous ont un rôle important dans notre classe.
  • La diversité de ma classe (tous des immigrants de 1re ou 2e génération) nous amène naturellement une curiosité de l’autre.
  • J’ai déjà fait l’achat en début d’année de quelques albums mettant de l’avant des personnages racisés ou différents.
  • En complimentant des élèves de différentes forces dans nos partages, j’ai réussi à créer le sentiment que chacun a une place bien importante dans notre communauté.

Mais comment faire plus ? En me basant sur de beaux conseils de Kathy Collins, j’ai décidé de faire un petit module d’inquiry (j’ai traduit librement par module de recherche) sur les bons amis (ça m’aidait aussi à gérer de nombreux conflits en récréation). J’ai ciblé des livres modèles pour notre module des séries en écriture (aussi, pour notre module en lecture) qui enseignent de bons comportements à adopter pour être de bons amis. Nous avons discuté, analysé, fait des parallèles avec notre vie de classe, nous avons pris des notes, et plus on découvrait de livres, plus le discours de mes élèves évoluait positivement. Nous avons dévié naturellement du sujet de notre module de recherche vers les différences, mais surtout sur l’acceptation de la différence. En deux semaines de recherche seulement, j’ai entendu des mots magnifiques sortir de la bouche de mes élèves de 6 et 7 ans.

Nous avons pris un moment pour noter ce que nos auteurs modèles nous ont enseigné dernièrement, et voici quelques-unes de leurs réflexions:

Et en voici un qui m’a rendue si fière. Cette élève a reçu des commentaires blessants en lien avec une différence physique à l’école, à plusieurs reprises. Après vérification avec sa maman, notre module de recherche a réussi à faire cesser cette situation et voici ce qu’elle retient de tout ça.

Mes prochains pas :

  • Leur montrer que leurs différences culturelles et religieuses peuvent alimenter leur écriture en créant un livre en écriture partagée sur la fête de l’Aïd (fin du Ramadan) que mes élèves musulmans ont fêté le 13 mai dernier.
  • Intégrer des livres qui encouragent la discussion sur la différence dans mon bac de livres jumeaux.

Et moi, ce que je retiens de tout ça? Ne jamais, jamais sous-estimer l’impact de ce genre d’enseignement dans la vie de nos élèves.

La lecture à voix haute : visualiser pour construire des sens et entrer dans l’univers de l’auteur

Écrit par Isabelle Robert

Depuis quelques années, j’aime lire à voix haute Le roman d’Ernest et Célestine (Daniel Pennac, 2012) à mes élèves de première année. Cette année ne fait pas exception. Je le trouve parfait, entre autres, pour réfléchir aux personnages et à la relation qui se développe entre eux. La longueur est idéale pour une lecture étalée sur plusieurs jours et le rythme du récit nous tient en haleine jusqu’à la fin. Chaque jour, ou parfois deux fois par jour, on poursuit la lecture du récit de Daniel Pennac si bien rédigé et remarquablement bien ficelé.

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S’inspirer des grands auteurs pour écrire, ou comment Connor McDavid inspire des milliers de petits joueurs de hockey

Un article de Martine Arpin

Mon fils adore le hockey. Il joue au hockey depuis qu’il a quatre ans. Depuis des années, donc, des entraineurs lui ont enseigné et montré les habiletés et les règles de ce sport, pour lui permettre de se développer comme joueur. Tous les jours, il est sur la patinoire: il pratique ses feintes, ses lancers, son coup de patin. Il regarde des parties de hockey avec son père et sa sœur (et parfois avec sa mère aussi, mais moi, j’aime bien mieux le regarder, lui, jouer!). Grâce à la technologie, il recule parfois la séquence pour visionner à nouveau certains jeux impressionnants. Il écoute des émissions qui parlent de son sport. Il est aussi à un « clic » des vidéos de ses joueurs favoris, les meilleurs de la ligue, qui jouent, s’exercent ou font des démonstrations d’habiletés exceptionnelles. Il les observe souvent. Il s’en inspire ensuite sur la patinoire, dans la rue, dans la cour, dans sa chambre, dans le corridor… Il ne jouera probablement jamais dans la ligue nationale, heureusement qu’il a un plan b (ne lui dites pas que j’ai écrit ça!), mais il développe une passion grâce aux modèles qui l’entourent.

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