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Les ateliers d'écriture et de lecture au primaire

Inspiré de la démarche des Units of Study du TCRWP

L’entretien individuel en début d’année ou de module

Cette semaine, dans ma préparation en vue d’une expérience personnelle complètement hors de ma zone de confort, mon premier réflexe a été d’avoir une conversation avec une amie et collègue. Nous avons parlé d’éducation. Un sujet sur lequel on échange souvent en groupe, qui m’interpelle, sur lequel j’ai beaucoup de choses à dire.  Un sujet qui m’intéresse. J’avais déjà planifié mes idées, écrit, et eu de longues conversations avec une équipe de travail, mais cette rencontre individuelle, où je présentais à une personne de confiance des idées et des grandes lignes sous la forme d’une conversation, et l’échange constructif, m’ont aidée à structurer ma pensée et à la faire évoluer, à enrichir ce que j’avais déjà préparé. Je réalise que cette expérience avait les airs d’un entretien individuel comme ceux que je mène en classe avec mes élèves en lecture et en écriture.

Un entretien d’écriture est une conversation avec l’élève, lors duquel il parle à l’enseignante du travail qu’il est en train de faire comme auteur, alors que celle-ci, attentive, réagit aux propos de l’élèves et à son travail d’auteur à partir de ce qu’elle connait de lui et de l’écriture en complimentant un aspect de son travail qui mérite d’être reproduit de texte en texte, et en offrant un enseignement personnalisé qui l’aidera à élever ses compétences comme auteur et une occasion de s’exercer rapidement.  On peut faire la même image en lecture, ou pour tout autre enseignement. La rétroaction en cours d’apprentissage est l’une des pratiques les plus puissantes pour élever le niveau de compétence des élèves et de leur travail, et elle peut prendre différentes formes (entretiens individuels, enseignement en petits groupes, entretiens de table, énonciation à voix haute…).

Les entretiens individuels sont importants parce qu’ils permettent de répondre aux besoins individuels de chaque élève selon ses besoins et capacités, exactement dans sa zone proximale de développement. Ils sont un levier pour l’endurance, le transfert des apprentissages et le sentiment de compétence personnelle. Ils offrent un temps de qualité individuel avec l’enseignante, qui a des répercussions autant sur l’apprentissage que sur la relation.  

Dès les premières périodes d’écriture et de lecture, je m’assure que les élèves savent explicitement ce que sont les entretiens individuels, pourquoi ils sont si importants, comment ils se dérouleront, et mes attentes pour l’élève qui sera en conversation avec l’enseignante et pour les autres.

« Les auteurs, cette année, chaque fois que vous serez en train d’écrire, après la mini-leçon, je circulerai et je m’arrêterai auprès de l’un de vous pour avoir une conversation sur son travail d’auteur. Saviez-vous que les chercheurs qui étudient l’enseignement ont découvert que ce moment est celui qui vous aidera le plus à vous améliorer, et qui m’aidera le plus à vous aider? C’est un moment TRÈS important n’est-ce pas? Je ne pourrai pas rencontrer individuellement chacun de vous chaque jour, mais je ne peux pas non plus passer une heure chaque jour avec chacun. Alors, pour bien profiter du court moment que nous aurons ensemble, voici comment nos rencontres vont se dérouler: Pendant que vous allez écrire (ou lire…) je vais observer votre travail, dans le dossier d’écriture, et vous poser une question ou deux sur votre travail d’auteur. Vous allez me répondre, on aura une discussion. Ensuite, je vais vous faire un compliment, vous nommer quelque chose que vous faites de très bien, et vous enseigner ou vous rappeler quelque chose qui vous aidera à devenir un meilleur auteur. Et voici ce que les autres doivent faire quand je suis avec un élève pour un entretien individuel… »

En enseignement explicitement l’entretien, en expliquant aux élèves ce que c’est, pourquoi c’est important et comment il se déroulera, on leur permet de mieux intégrer cette pratique et d’en mesurer l’importance. On met les chances de son côté pour que le gestion de classe soit plus facile, et on aura un appui pour les différentes interventions que nous devrons refaire à ce sujet, parce que nous travaillons dans une classe, et qu’il y aura toujours des rappels et des mises au point à faire!

En début d’année, en début de module, le temps d’écriture autonome ainsi que le volume d’écriture ne sont pas maximaux. On ne connait pas beaucoup les élèves, et encore moins leurs habiletés et leurs défis en écriture, mais on peut tirer profit des entretiens individuels de plusieurs façons dans être nécessairement centré sur le contenu des textes. Voici quelques pistes qui pourront amorcer votre réflexion à ce sujet et qui peuvent être utiles dès demain matin dans votre classe, peu importe le niveau.

-Miser sur l’autonomie 

Après avoir enseigné explicitement le déroulement des entretiens, quelques interventions positives à voix haute sur l’autonomie, le travail sérieux, les bonnes habitudes sont habituellement très utiles pour favoriser les comportements attendus. En disant : « Wow, Alexandre! Tu t’es déplacé rapidement et calmement, et tu es déjà en train de commencer tes croquis! Tu es un auteur efficace qui ne perd pas de temps! » « Super Rosalie, tu as terminé un texte, tu veux en commencer un nouveau, et tu es allée chercher toi-même de nouvelles pages au coin écriture! Tu n’es pas venue me voir en disant « J’ai fini! J’ai fini! J’ai fini! » Tu as été autonome et tu as pris une bonne décision! Bravo! » « Génial Victor. Tu as le livre entre les mains, tes yeux sur le texte, et tu lis! C’est ce qu’un lecteur fait! » « Violette, je suis impressionnée! Tu étais en train de marcher vers moi pour me demander quelque chose, mais tu as vu que je travaillais avec Jacob et tu t’es dit: Je ne peux pas les déranger! Ils font un entretien et c’est très important! Je vais trouver une solution! Impressionnant pour une élève de 2e année! Merci! Jacob, veux-tu la remercier de ne pas nous avoir interrompu? Comme c’est gentil. »

-Travailler à la mise en place des bonnes habitudes de travail et des comportements

Se mettre au travail rapidement, écrire, faire des tentatives pour l’orthographe en utilisant un signe pour se rappeler de corriger ensuite au besoin, lire sans arrêt, faire une pile à lire, être dans son nid de lecture dos à dos avec le partenaire, utiliser les tableaux d’ancrage, être autonome et trouver des solutions lorsque l’enseignante travaille déjà avec un élève.

-Parler des sujets qui les intéressent (surtout en début d’année. Quand on connait bien les élèves, il n’est plus nécessaire de le faire)

Cela peut aider à générer des sujets pour les textes à venir ou orienter des choix de livres: « Oh! Tu écris un texte sur une fois où tu es allée camper? Quelles autres activités aimes-tu faire avec ta famille? Te baigner? Oh, peut-être ton prochain texte parlera de ça! J’ai hâte de lire pour apprendre à mieux vous connaitre! »   « J’adore ce personnage! As-tu vu qu’il y a beaucoup de livres de cette série dans la classe? Si tu aimes les histoires de ce personnage, tu aimeras sûrement aussi cette autre série, je vais te montrer… »

-Créer des liens, montrer son intérêt réel pour l’enfant et encourager le choix de sujets importants et signifiants 

« Oh! Pourquoi ce moment est important pour toi? Qu’as-tu ressenti? »  « Quels genres de livres aimes-tu lire? Quels sujets t’intéressent? »

-Valider la compréhension de la structure du genre enseigné 

Une simple phrase : « Raconte-moi! », donne à l’élève l’occasion de s’exercer à l’oral une fois de plus, ce qui est précieux dans l’élaboration de son texte.  De plus, la façon de raconter nous informe sur la structure qu’il veut donner au texte, ce qui est primordial au départ pour bien poursuivre dans le genre enseigné.

-Commencer à intégrer le vocabulaire spécifique lié à l’écriture, notamment en ce qui a trait au processus d’écriture 

« Oh! Tu planifies ton texte en faisant des croquis rapides? C’est très important! C’est une chose que les auteurs font toujours, planifier avant d’écrire! »  « Tu es en train de terminer ton histoire? Que feras-tu après? Oh oui, tu es un auteur productif, tu sais qu’après avoir écrit une histoire, un auteur trouve une autre idée et commence une autre histoire! Bravo! Est-ce que je peux t’enseigner quelque chose d’autre que les auteurs font quand ils ont terminé, avant de commencer un autre texte? Les auteurs révisent. Ils relisent et se demandent…»

En septembre, nous savons comment la gestion et la mise en place des bonnes habitudes d’apprenants méritent notre attention et notre temps parce qu’elles teinteront et faciliteront le travail en classe tout au long de l’année. Les entretiens valent la peine qu’on y investisse de l’énergie au départ, parce qu’on sait qu’on y gagnera en efficacité et parce qu’on connait l’impact puissant et réel de cette pratique parfois difficile à instaurer. Tout ne sera pas parfait, mais comme pour n’importe quel apprentissage, une gestion centrée sur la rétroaction en cours d’apprentissage demande de la pratique. On ne peut pas attendre de se sentir prête, parce qu’on n’y arrivera jamais! Il faut faire exactement ce qu’on demande aux élèves quand ils apprennent quelque chose : se lancer, faire des tentatives, prendre une bouchée à la fois, réfléchir à sa pratique, s’appuyer sur nos collègues, être honnête envers les élèves et envers soi-même, se faire confiance et oser!

Dans la classe, pour chacune de nos élèves, nous devons surtout être cette personne de confiance, comme mon amie Julie l’a été pour moi, à laquelle ils auront envie de s’ouvrir pour apprendre et devenir meilleurs.

Pour approfondir le sujet des entretiens
et la rétroaction en cours d’appentissage

https://atelierecritureprimaire.com/2016/03/20/les-entretiens-composante-importante-de-latelier-decriture/

De grandes idées pour l’aménagement de la classe

Un texte d’Isabelle Robert    

Quand j’ai su que je devais changer de local dans mon école, j’ai tout de suite pensé au réaménagement de mon nouvel environnement puisque la configuration de celui-ci est différente. J’aimais beaucoup ma salle de classe. Avec les années, je l’avais organisée pour qu’elle soit inspirante et fonctionnelle. Les livres étaient, bien entendu, ce qui faisait battre le cœur de la classe, ce pour quoi l’on était là. Les espaces pour se rassembler, pour collaborer et pour vivre en tant que membres d’une grande communauté étaient priorisés.

Au fil des années, on accumule une quantité d’objets que l’on conserve parce qu’on trouve de la place pour les ranger. Des meubles, du matériel, des livres… et encore des livres! Un nouvel aménagement de sa salle de classe est une bonne occasion pour réfléchir à la place qu’occupent tous ces objets qu’on entasse et pour évaluer quels sont ceux qui méritent qu’on leur réserve un espace. 

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L’entrainement, la pédagogie, la fin de l’année scolaire et les deux pieds dans la prochaine

Un article de Martine Arpin

La semaine dernière, j’étais à la maison de mes parents. Au sous-sol, de nombreux articles de collection de sports, surtout des Canadiens de Montréal. Mais aussi un espace dédié aux nombreux marathons que mon papa a fait durant plus de 40 ans, dont les certificats qui attestent de ses participations aux marathons de Montréal (où il a réalisé son meilleur temps à vie, 2h45),Boston, New York et Paris. Je suis loin d’avoir les capacités et l’intérêt de mon père pour la course à pieds. Mais comme tout le monde, je sais bien que l’exercice physique, c’est important. Autant physiquement que mentalement. Quand vient le temps de se mettre en forme et de bouger, plusieurs choix s’offrent à nous. Nos intérêts, mais aussi nos buts, vont modeler le genre d’entrainement choisi. On ne choisit pas la même activité, et on ne s’entraine pas de la même façon si on veut juste garder la forme ou courir un marathon. On ne choisit pas les mêmes exercices si on veut développer l’endurance, le cardio, des habiletés spécifiques ou la musculature. Mon père n’a pas fait que ce qu’il pensait être correct pour pouvoir atteindre ses objectifs durant de nombreuses années. Il s’est intéressé à ce qu’il se faisait de meilleur, a consulté des experts, a fait partie d’un club. Au fil des ans, ses objectifs ont changé.

Selon nos besoins, nos intérêts et nos objectifs, un entraineur peut nous aider à faire les meilleurs choix. Peu importe l’objectif, on veut évidemment obtenir les meilleurs résultats dans le meilleur temps possible, avec le moins d’efforts nécessaires. Pas par paresse. Par souci d’efficacité. Imaginons que vous décidez de consulter deux kinésiologues, des spécialistes dans leur domaine, et que chacun vous propose un entrainement :

Dans le premier, le kinésiologue propose ce qu’il croit être très bien pour vous. Les exercices vous intéressent beaucoup. Vous êtes familiers avec ceux-ci. Il y a beaucoup d’exercices qui travaillent chacun un aspect différent, et qui vous permettront d’atteindre vos objectifs. Vous devrez en faire plusieurs fois par semaine, pendant deux ans, pour atteindre vos objectifs. Votre entraineur sera là au début pour vous montrer comment faire. Il vous dira ensuite ce qui va et qui ne va pas. Vous serez en groupe, ce qui peut aider à la motivation. Tous les participants auront le même programme.

Dans le deuxième, il vous propose ce qu’il se fait de mieux dans le moment. Les exercices vous intéressent autant. Certains sont familiers, d’autre pas. Vous devrez en faire plusieurs fois par semaine, pendant un an, pour atteindre vos objectifs. Votre entraineur vous montrera comment faire, vous guidera, puis évaluera l’efficacité et les impacts sur votre forme physique, en fonction de vos objectifs, puis réajustera le tir au besoin. Les exercices changeront au fil du temps. Vous serez en groupe, ce qui peut aider à la motivation. Tous les participants auront la même base de programme, mais le kinésiologue ajustera certains exercices selon les besoins ou capacités spécifiques de chacun.

Quel programme choisirez-vous?

Le lien avec la pédagogie est direct. Cette recherche d’efficacité est toujours présente pour les enseignants. Comment arriver à un maximum de résultats dans les meilleures conditions, pour nous et pour les élèves?

C’est bientôt la fin d’une année scolaire. La fin d’un marathon de 180 jours.  C’est un bon moment pour faire un bilan, c’est donc aussi un excellent moment pour préparer la prochaine. Regarder derrière pour mieux avancer ensuite. En guise de dernier article de l’année, des idées inspirées de formations offertes par Nell Duke ainsi que d’articles qu’elle a écrits. Professeure émérite en littératie, langue et culture ainsi qu’au programme combiné éducation et psychologie à l’Université du Michigan, ses travaux portent essentiellement sur le développement de la lecture et de l’écriture informative et sur le développement de la compréhension chez les jeunes élèves. Elle a écrit de nombreux articles et contribué à plusieurs ouvrages pédagogiques, notamment sur les pratiques efficaces de niveau 1 appuyées par les recherches.

Concepts liés à l’écrit, conscience phonologique, décodage et connaissance des mots, stratégies de lecture de mots, régulation de la compréhension, fluidité, vocabulaire, analyse morphologique, contenus spécifiques (par exemple en univers social et sciences), flexibilité graphophonétique, grammaire, syntaxe, structure de textes, fonctions exécutives, connaissances sur les genres littéraires, stratégies de compréhension, compréhension littérale, inférentielle et critique, promenades visuelles et recherche, endurance, attitudes favorables… Quand on pense à toutes les stratégies et habiletés que nous devons développer chez les élèves pour former des lecteurs/scripteurs/élèves compétents, on peut rapidement se sentir dépassée. D’où l’importance de choisir les meilleures pratiques et de bien planifier leur orchestration pour nous permettre de répondre aux besoins de tous les élèves et nous préserver de l’épuisement.

Par exemple, j’ai longtemps pensé que la meilleure façon d’aider mes élèves à apprendre les mots d’orthographe ou les mots fréquents en lecture était de préparer des ateliers (ou centres d’apprentissages, ou bacs de travail) avec différents jeux et matériels pour s’exercer. Après beaucoup de budget dépensé et de temps à photocopier, découper, plastifier et découper à nouveau plusieurs pour préparer différents centres durant l’année, nous nous sommes rendu compte, mes collègues et moi, que les résultats pour nos élèves n’étaient pas au rendez-vous. Beaucoup de temps investi avant et pendant la classe pour peu d’impact sur l’apprentissage des élèves. C’était « cute », et amusant. Les élèves aimaient beaucoup les centres et étaient motivés. Mais nous ne voyions pas ou peu d’amélioration dans le transfert de ces habiletés ou connaissances dans le travail d’écriture ou dans la lecture. On croyait encourager l’autonomie, mais être capables de faire les tâches seuls ou à deux ne les rendaient pas plus autonomes face à l’apprentissage. Le même questionnement s’est posé à notre école au sujet de nos interventions pour le développement du langage oral (voir article https://atelierecritureprimaire.com/2021/10/17/loral-au-service-de-lecrit/).

Être conscient de l’impact de ce qu’on met en place nous permet de faire de meilleurs choix pédagogiques et de mieux planifier notre horaire. Nos précieuses minutes dans une journée de classe sont comptées, alors ce que nous recherchons, c’est un maximum d’impact sur les élèves pour un investissement de temps minimum (pour nous et pour les élèves).

Voici donc les conclusions de Nell Duke par l’étude de méta-analyses au sujet des pratiques de niveau 1 à instaurer dès la rentrée, notamment celles au sujet des enseignants efficaces, c’est-à-dire les enseignants dont les élèves progressent significativement, même (et surtout) ceux qui en ont le plus besoin. N’est-ce pas là notre objectif, sinon notre obligation professionnelle, et surtout, ce à quoi tous les élèves devraient avoir droit?

Les enseignants efficaces :

Portent attention à l’environnement de la classe

Organiser la classe pour soutenir le développement de la littératie :

-avoir un espace pour l’enseignement en groupe

-avoir un espace pour l’enseignement en petit groupe

-prévoir des espaces de collaboration

-avoir des livres, des livres, des livres et autres matériels accessibles (lettres magnétiques, post-its, bandes de révision…) pour la lecture et pour l’écriture.

Planifient et agissent intentionnellement

– Savoir pourquoi on fait chaque chose, et en connaitre l’impact

-Établir des routines et procédures claires dès la rentrée

Ne perdent pas de temps, entre autres en et centrant leur enseignement sur les pratiques appuyées par les recherches (et en évitant les pratiques qui sont peu ou pas efficaces selon les recherches)

Réfléchir à ce qui gruge notre temps inutilement et aux pratiques prouvées comme étant peu ou pas efficaces :

Par exemple : travail du matin (occupationnel), fiches d’activités ou cahiers d’exercices (quantité?), recherche de définitions dans le dictionnaire, façon de prendre les présences, temps alloué calendrier (certaines activités sont peut-être superflues selon le temps de l’année ou les contenus à enseigner, ou peu bénéfiques), déplacements inutiles dans l’école, trop de temps pour la promenade visuelle en lecture, temps de lecture autonome qui ne serait pas ajusté au temps de l’année…

Des exemples de pratiques « payantes : lecture à voix haute interactive avec conversations signifiantes, lecture partagée, enseignement explicite des stratégies de compréhension, enseignement explicite de la conscience phonologique et des habiletés graphophonétiques, application des connaissances et stratégies pour comprendre et appliquer le principe alphabétique en lecture et en écriture (enseignement systématique et explicite des relations entre les graphèmes et les phonèmes en suivant une séquence planifiée et intentionnelle, conscience phonologique et phonémique, formation des lettres, concepts liés à l’écrit, mots fréquents…), dictées d’apprentissage, techniques pour travailler la fluidité, construction de connaissances, écriture interactive, enseignement explicite de la calligraphie et de l’orthographe, enseignement du processus d’écriture, enseignement des stratégies d’écriture, étude de la morphologie, étude du vocabulaire… dans un contexte motivant. (Vive les ateliers!)

Orchestrent tous les éléments

Illustration non exhaustive d’un environnement efficace en littératie

Nous voulons faire d’une pierre deux coups :  les pratiques de niveau 1 bien intégrées, en synergie, valent plus que la somme de leurs parties. Il faut donc rechercher et créer les occasions d’apprentissages et les dispositifs qui permettent de travailler plusieurs aspects en même temps : l’écriture interactive en est un bon exemple. (pour en savoir plus au sujet de ce dispositif : https://atelierecritureprimaire.com/2018/11/04/lecriture-partagee-et-lecriture-interactive-un-support-a-latelier-decriture-partie-2/)

On peut aussi penser à la synergie entre la conscience phonologique, les habiletés graphophonétiques, la reconnaissance des mots, l’apprentissage de mots fréquents et le concept de mots :  il y a de la réciprocité dans les liens entre les concepts de base alors on veut des opportunités de les travailler simultanément et non en silos.

Lorsque nous prévoyons notre horaire quotidien, chaque minute compte. Il faut s’assurer que chaque élément qui s’y retrouve est pédagogiquement bénéfique.  Des discussions avec les collègues sur les pratiques s’imposent! Est-ce qu’on connait l’intention et l’impact pédagogique d’une pratique? Est-ce qu’on fait cette activité par habitude? Parce qu’on ne connait pas une autre façon de faire? Parce qu’on nous a dit de le faire? Parce qu’on a toujours fait comme ça? Répondre à ces questions en équipe nous permet de mieux cibler nos interventions.

Alors, on peut bâtir l’horaire quotidien (qui ne sera jamais parfait…) avec soin en incluant, par exemple :

20 minutes* d’enseignement des compétences sociales et émotionnelles (ou habiletés sociales) et de travail sur le développement de la communauté de classe :   On a longtemps pensé que cet apprentissage devait se faire tout au long de la journée, de façon implicite et intégrée aux activités de la journée, mais plusieurs recherches démontrent qu’un enseignement explicite et spécifique quotidien de ces habiletés serait plus profitable.

10 minutes* : De courtes leçons de groupe sur un aspect de la littératie (concepts de bases en lecture et en écriture (conscience phonologique, grapho-phonétique, travail sur les mots…), écriture (stratégie, orthographe…), stratégies de lecture…

20 minutes* de travail sur la langue (lettres, sons, orthographe, vocabulaire, grammaire, régularités orthographiques…) incluant la leçon sur le sujet traité au besoin.

Du temps de lecture et d’écriture individuelle

45 minutes* : Beaucoup de temps pour les entretiens individuels et l’enseignement en petits groupes de besoins.

Du temps de récréation

Les autres matières au programme (dans lesquelles il est profitable d’intégrer des éléments de la littératie. Effectivement, il est démontré que cela augmente les compétences autant dans les contenus spécifiques que dans les compétences en littératie). Par exemple, des lectures à voix haute d’inscrivent bien autant dans le temps alloué à la lecture en groupe que dans le cours de sciences, d’univers social ou d’éthique, et le développement de la compétence à l’oral peut faire partie de la période de mathématiques)

*le temps suggéré n’est pas une prescription, mais une approximation selon différentes études, du minimum requis pour un maximum d’impact.

J’aime bien l’image de la balance pour illustrer le choix de pratiques et dispositifs à mettre en place. L’équilibre est le même, mais dans le premier cas, beaucoup d’énergie et de temps à planifier chaque objet d’apprentissage, chaque moment d’enseignement ou de travail, alors que dans le deuxième, le choix de dispositifs permettant de travailler sur diverses compétences en même temps permet de mettre son énergie à la bonne place. C’est le deuxième programme d’entrainement! (vive les ateliers!)

Enseignent de façon explicite

Vive les ateliers! Mais c’est aussi valable en mathématiques, pour les habiletés sociales, etc.

Donnent plusieurs occasions de s’exercer

Vive les ateliers, et cela doit aussi être vrai pour les autres éléments de la littératie.

Favorisent les interactions avec les familles

Les entrevues de parents, par exemple, sont une belle occasion de les impliquer dans la vie de la classe.

Favorisent l’autorégulation chez les élèves

Vive les ateliers!

Font en sorte que les élèves écoutent, parlent, lisent et écrivent beaucoup

Vive les ateliers!

Utilisent judicieusement l’enseignement individuel, en petit groupe et en grand groupe

On devrait passer plus de temps sur l’enseignement en petits groupes et les entretiens individuels que sur l’enseignement de groupe. Il faut savoir tirer profit du temps en petit groupe parce qu’il est très important pour la différenciation et a un impact significatif sur l’apprentissage.

Il faut bien utiliser le temps en petit groupe pour les élèves avec l’enseignante autant que pour les élèves qui ne sont pas avec l’enseignante. Avoir un rythme soutenu d’enseignement et des routines claires, enseignées avec attention et avoir des structures de participation et des outils pour favoriser l’engagement des élèves maximise l’effet de « rester sur la tâche » pour ceux qui ne sont pas avec l’enseignante.

Utilisent des évaluations et observations pour éclairer leur enseignement

Baser son enseignement sur une évaluation (à ne pas confondre avec notation) en cours d’apprentissage. Vive les ateliers!

Sont réactifs et flexibles

Former et re-former les groupes durant l’année pour répondre aux besoins et créer des leçons pour répondre à ces besoins.

Créent des occasions pour les élèves de collaborer

Vive les ateliers!

Offrent des choix et du contrôle

Vive les ateliers!

Apportent un soutien en cours d’apprentissage

Vive les ateliers!

Encouragent les réussites (attentes claires et élevées, font la démonstration de ce qu’est la réussite, par exemple une application d’une stratégie en particulier avec succès, et offrent du support étayé pour l’engagement des élèves. Vive les ateliers!

Mettent l’emphase sur l’effort 

Notamment en voyant les erreurs comme des occasions d’apprentissage, et en célébrant les marques de révision et de correction. Vive les ateliers!

Sont positifs et enthousiastes lorsqu’ils parlent de lecture et d’écriture

Vive les ateliers!

Finalement…

Nous sommes toujours à la recherche des meilleures pratiques. De nombreuses recherches en éducation nous sont accessibles. Le problème est que, peu importe le domaine, pour chaque recherche qui prouve une chose, il en existe une autre qui dit son contraire. Il faut être prudent quand quelqu’un arrive avec une idée. Dans le milieu de l’éducation, nous avons été, à travers les années, échaudés avec « les nouvelles modes ». Je me souviens d’une époque, pas si lointaine, où chaque année, quelqu’un arrivait avec une nouvelle idée, une nouvelle « affaire », qui allait tout changer. Maintenant, nous sommes plus à l’affût. Nell Duke est catégorique. On ne peut pas ne pas savoir pourquoi on fait quelque chose en classe. Comme on ne peut pas prendre une seule étude et changer ses pratiques. On ne peut pas prendre quelque chose qui fonctionne avec un certain groupe d’élèves à besoins spécifiques et penser qu’on doit l’appliquer à tous. Même les méta-analyses ont leurs limites.  La science, c’est essayer de trouver des convergences, des noyaux communs dans le plus de recherches possible, et être conscient des limites des résultats. Ensuite, notre responsabilité professionnelle nous oblige à ne pas ignorer ce que l’on sait. Et à utiliser nos meilleurs talents de jongleurs pour tenter d’intégrer tout ce que l’on sait de bien dans nos pratiques et surtout, dans notre horaire.

Oui, vive les ateliers!

Cette liste confirme plusieurs choix pédagogiques que de nombreux enseignants ont faits dans les dernières années, notamment en ce qui concerne les ateliers de lecture et d’écriture qui favorisent cette synergie, procurent un contexte favorable aux apprentissages et aident à la mise en place d’une structure gagnante pour l’enseignement en petits groupes et les entretiens individuels. Ils assurent aussi une progression réfléchie, intentionnelle et étayée des contenus, des stratégies et des méthodes d’enseignement. Ils forment un noyau fort pour ancrer la littératie et toutes ses composantes et s’appuient naturellement de nombres pratiques probantes . Même si au départ ils peuvent nous effrayer avec le temps qu’on y met, je peux maintenant affirmer, comme plusieurs, que chaque minute investie dans leur mise en place et chaque plongeon dans un module, même s’il peut sembler ardu, en vaut la peine parce qu’il assure une base solide à ces pratiques connues pour être efficaces en plus d’apporter une formation continue individuelle et de groupe. Ensuite, il reste peu de morceaux à coller à l’orchestration déjà en place.

Et l’an prochain?

Les conclusions de Nell Duke m’aident aussi à réfléchir aux incontournables à mettre en place dans ma classe dès la prochaine rentrée scolaire. À notre école, nous voulons nous pencher, en équipe, sur l’efficacité de notre enseignement en petits groupes. L’impact de cette pratique sur les élèves vaut la peine de s’y investir. On le sait depuis longtemps, mais, comme pour l’entrainement, on remet souvent à plus tard. Là, ça y est, on s’y met. Réfléchir ensemble, discuter, planifier, s’organiser. Faire un pas en avant, c’est bien, mais avancer ensemble, c’est encore mieux! 

Surtout quand on avance aussi 3 ou 4 midis par semaine, 3 kilomètres bien comptés, à vitesse rapide dans les rues autour de l’école…

La poésie, reflet du coeur

Un article de Martine Arpin

Quand j’écris de la poésie( extrait, Mireille Levert)

La poésie

c’est avoir des yeux

dans le trou des yeux

dans la paume des mains

au bout des doigts

sur le ventre

Mais surtout

dans le coeur (…)

La poésie

c’est voir ce qui est invisible

J’aime entendre et voir des experts parler du sujet qui les animent.

Que ce soit Kim Thuy qui parle d’écriture, Romain Druris jouant le rôle d’un Gustave Eiffel qui s’enflamme devant les ouvriers et qui a réponse à tous ceux qui s’opposent à son idée, mon fils qui parle de sa dernière pratique de hockey ou mon élève de première année qui me parle de son chien, ils ont tous en commun que leur gestuelle parle autant que leurs mots, et leurs yeux ont la même lueur… C’est magnétique et inspirant.

Entendre Georgia Heard parler de l’importance de la poésie dans la vie de nos jeunes élèves m’a créé cet effet. En ce début de dernier droit de l’année scolaire, alors que j’aime bien aborder ce genre littéraire avec les élèves, je partage aujourd’hui avec vous mes réflexions après avoir assisté à une conférence de Georgia Heard offerte par le Teacher’s College en mars dernier.

Pourquoi la poésie?

Nous avons tous une vie intérieure, et sans cette vie intérieure, nous serions une coquille vide. C’est ce qui nous rend humain, unique. La poésie est le reflet de cette vie intérieure. En éducation, nous devons porter attention au cœur des enfants autant qu’à leur esprit. Cela permet de reconnaitre et de respecter l’être humain qu’ils sont. Les enfants doivent savoir que nous vivons toutes sortes d’émotions à l’intérieur, que c’est normal, et qu’on peut écrire à ce sujet.

Pour certains enfants, la poésie sera la porte d’entrée dans l’écriture et dans la littératie. Comme la poésie est un genre littéraire habituellement plus court, certains verront à travers le travail de poète qu’ils peuvent exprimer des idées complexes et démontrer leurs aptitudes. Parfois, c’est le genre qui leur permet de briller enfin. Je n’oublierai jamais l’étincelle dans les yeux de K., une enfant de 8 ans avec de grandes difficultés d’apprentissage, mais surtout d’estime de soi, le jour où elle a écrit son premier poème, en s’inspirant d’une émotion forte qu’elle avait vécue et s’est exclamée: « C’est moi qui a écrit tout ça? Je ne savais pas que j’étais capable! » Quand un enfant réalise qu’il peut écrire, alors il apporte avec lui son identité d’auteur compétent dans les autres genres et les autres aspects de son écriture. En poésie, notamment, on utilise des procédés littéraires empruntés à tous les autres genres (certains diront que ce sont plutôt les autres genres qui empruntent à la poésie…), ce qui en fait un terreau fertile pour le transfert des apprentissages.

[Sans titre]

Je suis couchée
sur le lit
j’attends le docteur. J’ai peur.

Peur de mourir.
Mais ce que je sais,
C’est que je veux
Faire confiance au docteur
Alors

Je prends la main de ma mère
Je serre fort.
Je peux faire confiance au docteur. Inspire. Expire. Cœur.
J’ai confiance au docteur.

K., 8 ans.

Aussi, la poésie donne de l’espace et du temps à chacun pour réfléchir, ressentir, se connecter avec soi-même. Nous connaissons les bienfaits de la pleine conscience.  La pleine conscience, ce n’est pas d’être toujours heureux. C’est d’être en vie, présent, empathique envers soi-même et envers les autres. C’est ralentir, prêter attention à ses émotions, aux petits moments. Voir la beauté dans l’ordinaire. La poésie fait exactement la même chose.

Trucs pour les enseignants

Un poème, c’est exprimer sa propre voix. C’est dire la vérité sur ses expériences et ses émotions, sur sa vie. Nous sommes tous des poètes!

Lorsqu’on construit une maison, les poutres, les fondations et le revêtement extérieurs sont essentiels, mais ce n’est pas ça qui en fait un endroit où il fait bon vivre. Il y a une différence entre une maison et un « chez-soi ». C’est la même chose en poésie. Il y a des règles, des formes, des procédés que l’on peut enseigner, mais ils ne font pas le poème. Ils sont au service de ce que l’auteur veut exprimer, au service du cœur.

Une recette pour écrire de la poésie :

Écrire chaque jour

Regarder et observer

Penser aux émotions que l’on vit

Penser aux questions que l’on se pose

Écrire

Laisser reposer

Revenir

Il faut penser à ce qui se passe à l’intérieur de soi, à ce qui fait battre notre cœur plus fort:

Quelqu’un qui aime, quelqu’un qui meurt, regarder les étoiles, observer ses enfants…

On peut faire du modelage à partir d’un poème que l’on veut écrire.

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Écrire beaucoup de poèmes que nous avons envie d’écrire

Parfois, il faut aussi s’enlever du chemin et laisser l’imagination des enfants se déployer librement… (oh que j’aime cette image…)

Où trouver de la poésie?

Demandez à un, dix ou mille poètes, ils vous répondront sensiblement la même chose. J’avais d’ailleurs fait l’exercice au moment d’adapter le module Écrire de grandes pensées en poésie (Collection Les ateliers d’écriture, Chenelière) :  Elle est partout. En nous, et autour de nous.

Poésies pour la vie (extrait, Gilles Tibo)

La poésie habite dans les livres mais aussi dans les étoiles,
sur la lune,
dans les arbres.

La poésie
ressemble à la vie,
celle des jours
comme celle des nuits
La poésie c’est :
lancer un ballon sur le soleil,
attraper un poisson sous l’arc-en-ciel,
faire un tour de vélo
dans les bras de l’été,
attraper une coccinelle
et la laisser danser,
boire tout l’océan
dans un petit verre d’eau,
et détacher le ciel pour qu’il s’envole très haut […]

On peut trouver de la poésie dans notre cœur, notre regard sur le monde, nos observations, nos préoccupations à propos du monde qui nous entoure, nos émerveillements, notre curiosité, notre mémoire et nos souvenirs. On peut aussi inviter les élèves à écrire avec la perspective (la voix) de quelque chose. Parfois, ce masque peut aider à provoquer une étincelle pour l’imaginaire.

Comment amener la poésie dans le quotidien de la classe

(et pas seulement dans un module précis)

-Étudier un poème une fois par semaine et en discuter (15 à 30 minutes)

-Utiliser un poème comme lecture partagée ou lecture à voix haute, ou comme modèle lors de l’atelier de lecture.

-En lecture partagée ou interactive, aller plus loin, plus en profondeur : voir si au fil des jours on ressent la même chose à travers ce poème, remarquer les images/métaphores, remarquer la ponctuation… Souvent, cela permet d’aimer le poème encore plus!

-Lire un court poème chaque jour

-Lire différentes sortes de poèmes, sur différents sujets

-Demander aux élèves de collectionner ceux qu’ils aiment, ceux qui leur parlent particulièrement

-Inclure la poésie dans nos rituels (par exemple, pour les transitions, au lieu d’une chanson)

-Commencer la journée avec un poème et en discuter

-Avoir un « bac de poèmes » sur les tables des élèves à différents moments dans l’année.

-Ajouter de courts poèmes aux sacs de lecture

-Relier les poèmes aux autres matières

-Relier les poèmes à l’actualité

La poésie et le vocabulaire

En poésie, on doit trouver les mots justes pour dire que ce que l’on veut exprimer de la bonne façon. C’est un contexte idéal pour travailler le vocabulaire. On doit trouver l’image, et surtout le son, pour que tout colle ensemble. La rime n’est pas la seule « colle », on peut même chercher à s’en éloigner au départ, pour que les enfants n’associent pas que cet aspect à la poésie.

Comme les poèmes sont des textes courts, il s’agit d’une bonne opportunité pour s’attarder aux sons, à la précision, à l’orthographe, au vocabulaire, aux façons de jouer avec les mots et avec la langue (assonance, allitération…). Par exemple, porter attention au son du serpent, sssssss, et l’intégrer dans un poème qui parle du serpent.

Le requin

Le requin
Attentttttion !
Le requin s’avancccccce.
Il glissssssse douccccccement vers sa proie. Il a faim.
Il sssss’approche. Il ouvre la gueule.
Chlak ! Clic ! Clac !
À l’attaque !
Il croque sa proie calmement.

Raphaël, 8 ans

Et aussi…

Pour être confortable pour enseigner la poésie, il faut souvent se placer en posture d’apprenant :  apprendre aux côtés de ses élèves. Vous devez trouver un poème que vous aimez, et vous demander pourquoi vous l’aimez et ce qu’il vous fait ressentir. On peut aussi faire cet exercice avec les élèves :  présenter quatre poèmes sur des sujets différents, et écrits différement. Chacun chosit son poème préféré, et ils se placent en petits groupes et en discutent :  que ressentent-ils? Que signifie-t-il pour eux? L’enseignant peut aussi se placer dans un groupe.

Il n’y a pas d’intérêt à faire de la poésie si on ne fait pas de lien avec le cœur. Pour parler des procédés littéraires, on peut se demander : « Comment ce poème nous a fait ressentir ___ (la peur, la peine, la joie, la beauté…) ». On relit, et on le découvre ensemble. On doit partir de l’intérieur.

On peut aussi enseigner à bien lire un poème :  les strophes (c’est le nombre de parties à ton poème, le nombre de « salles »), les brisures de lignes (petites pauses entre les strophes), les espaces blancs (les poètes jouent avec les silences, il faut les honorer en lisant), mais aussi, pour bien lire un poème, il faut le connaitre, le comprendre et le ressentir. Il faut saisir sa « personnalité », c’est ce qui dictera la façon de le lire. C’est une jeu d’interprétation.

Publication

En poésie, (presque) tout est permis. Lors de la publication, on veut s’amuser!  Jouer avec les polices d’écriture, afficher des poèmes dans la ville, créer un café littéraire, ou un événement de lecture de poèmes…

La poésie doit être vivante, naturelle.

Elle doit venir de l’intérieur.

Elle peut faire partie de la classe.

Écrire sur les émotions permet de se comprendre soi-même, de comprendre les autres et de tisser des liens. C’est une façon de se connaitre, de créer la communauté (oui, cette expression est en surexposition dernièrement, mais il n’y a pas d’apprentissage sans lien, sans cette communauté, alors utilisons bien les outils que nous avons déjà pour la rendre plus forte…). Elle peut être une base solide pour connecter de nombreux apprentissages qui seront transférables dans toutes les sphères d’un environnement d’apprentissage riche, équilibré et surtout efficace en littératie. Il n’y a pas de meilleure raison pour l’intégrer à la routine de la classe bien avant le module du mois d’avril, mai ou juin…

Et vous, qu’est-ce qui fait battre votre cœur plus vite et plus fort?

Références et suggestions

Écrire de grandes pensées en poésie, Collection Les ateliers d’écriture, Chenelière Éducation

Quand j’écris avec mon coeur, Mireille Levert, Éditions de La Bagnole

Poésies pour la vie, Gilles Tibo et Manon Gauthier, Éditions de l’Isatis

autres suggestions littéraires en poésie (mai 2021) :https://www.demotsetdecraie.ca/wp-content/uploads/2021/04/Amanda-Suggestions-de-po%C3%A9sie.pdf

Une nouvelle série documentaire sur la poésie, animée par David Goudreault, Du monde des mots, première le 6 mai, sur ICI ARTv. (https://ici.artv.ca/emissions/du-monde-des-mots/

La danse, Savannah, 8 ans.

Il y a de la musique qui joue dans l’air La danse
Les bras bougent avec le cœur

La danse
Les pieds bougent les cheveux volent dans les airs
La danse
La danse

La chicane, J. 8 ans

Tu es comme un volcan qui est en éruption

Un volcan et la lave coule. C’est tes larmes.
Tu es comme
du tonnerre

qui grogne dans les airs avec ses amis éclairs de pluie explosion explosion explosion

L’univers, Laurie D., 8 ans

  • –  Maman, pourquoi l’univers a des planètes ?
  • –  Ma chérie, c’et pour y habiter.
  • –  Maman, pourquoi dans l’univers il y a des trous noirs ?
  • –  Ma chérie, c’est pour nous aspirer.
  • –  Maman, pourquoi dans l’univers il y a un soleil ?
  • –  Ma chérie, c’est pour qu’il fasse plus chaud.
  • –  Maman, pourquoi il y a des milliers d’étoiles ?
  • –  Ma chérie, c’est pour que la nuit soit plus belle.
  • –  Maman, pourquoi l’univers est tout noir ?
  • –  Ma chérie, c’est pour la nuit.
  • –  Maman, pourquoi l’univers est infini ?
  • –  Ma chérie, c’est pour que les parents aiment leurs enfants

à l’infini…

La lecture partagée chez les grands

Dans la classe de 5e année d’Isabelle Denis

Lors de la parution du dernier texte de Martine, La lecture partagée et Half Moon Run, Marie-Ève, une enseignante, a posé la question suivante : Est-ce qu’il y a des profs du 3e cycle dans la salle qui font la lecture partagée avec leurs élèves? Martine et moi avons alors avancé l’idée que la formule de lecture à voix haute interactive semblait plus appropriée chez les grands.

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Une combinaison de facteurs pour rendre la lecture autonome profitable et engageante

Un article d’Isabelle Robert

Dans la plupart des classes, une période quotidienne de lecture autonome fait partie de la routine. C’est très bien comme ça. Pour former des lecteurs pour la vie, il est important de développer des habitudes de lecture. De fréquentes périodes de lecture autonome y contribuent. Une journée sans minutes pour lire de manière autonome doit être rare, voire exceptionnelle.

Cependant, pour que la lecture autonome soit profitable, la mise en place de conditions gagnantes est nécessaire. En plus de la fréquence de ces périodes de lecture, d’autres facteurs sont à considérer. Une période de lecture autonome de qualité permet à l’élève de vivre sa vie de lecteur en profitant à la fois de l’accompagnement d’un enseignant qui aime la lecture et en baignant dans la grande communauté de lecteurs qu’est la classe.

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La lecture partagée et Half Moon Run

Un article de Martine Arpin

Mon frère et moi, nous sommes très différents :  une volubile et un discret, une impulsive et un réfléchi, un sportif et une spectatrice…

Notre différence d’âge semble avoir fondu au fur et à mesure qu’on a grandi, mais il est quand même encore mon « p’tit frère », et malgré nos différences, nous avons certains intérêts communs, comme la musique, la lecture, la cuisine, ne pas faire la vaisselle et trouver lequel de nous deux trouvera la meilleure astuce pour voler le gâteau de fête de l’autre…

La première fois que je suis allée voir un spectacle dans une grande salle avec mon p’tit frère, c’était pour sa fête. C’était son premier « grand show », à Montréal, au Centre Bell (qui avait un autre nom à ce moment-là). C’était la première fois qu’on faisait une activité « juste nous deux », sans les parents. Un passage à la vie de grands.

Et au moment où le groupe a entamé la troisième chanson, parmi les plus connues de son répertoire, et que tout l’amphithéâtre s’est mis à chanter le refrain à tue-tête, je me rappelle avoir saisi le bras de mon frère pour lui dire : « Écoute! Écoute comme c’est beau!». C’était ce moment que je voulais partager avec lui. Ce que je voulais qu’il retienne de cette expérience: cette communion, ce frisson.

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Lire des ensemble de livres pour grandir en tant que lecteurs!

Dans la classe d’Isabelle

Le mois dernier, les textes informatifs étaient à l’honneur en classe. Mes lecteurs ont reçu un enseignement spécifique pour ce genre littéraire afin de développer des habiletés à lire des livres informatifs. Depuis quelques années, je travaille à former des ensembles de trois à cinq livres portant sur un même sujet. Ce n’est pas toujours facile car, pour mes lecteurs débutants, je dois aussi tenir compte des niveaux de lecture. J’arrive tout de même à en proposer quelques-uns. Il est important de donner à mes élèves la chance de lire des ensembles de documentaires portant sur un même sujet, car j’enseigne que lorsqu’on veut faire grandir nos connaissances à propos d’un sujet, il est bon de lire plusieurs livres sur ce celui-ci. De cette façon, on accumule des connaissances, on fait des liens, on compare, on s’approprie un vocabulaire spécifique au sujet et on approfondit nos connaissances.

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De l’importance de miser sur l’identité de lecteur

Un article de Martine Arpin

Un élève de première année, pour qui l’apprentissage de la lecture est particulièrement difficile, trouve un livre à la maison sur les moyens de transports. Il pense tout de suite à un autre élève de la classe qui ADORE et connaît tout ce qui a un moteur. À la maison, il place des post-its aux (nombreuses) pages qui vont, selon lui, intéresser l’autre. Le lendemain, il arrive dans la classe, et la première chose qu’il fait est d’aller voir l’autre en lui disant : « J’ai un livre à te prêter. Je pense que tu vas l’aimer, ça parle de plein de camions. Tu me le rapporteras quand tu vas avoir fini. Je te le prête plein de jours si tu veux. ». La chance que je sois juste à côté pour entendre cette conversation! Ce ne sont pas les meilleurs copains, ils n’ont pas la même personnalité, ni les mêmes intérêts, mais ils ont une chose importante en commun: Ils sont lecteurs! 

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L’importance du travail en petits groupes dans les ateliers d’écriture

Un article d’Isabelle Robert

Dans la structure de l’atelier d’écriture, il est prévu que l’enseignant réserve du temps pendant la période d’écriture autonome pour faire des entretiens individuels et pour travailler avec un petit groupe d’élèves. Intégrer des séances de travail en petits groupes au sein des ateliers d’écriture comporte de nombreux avantages. Si le travail avec un petit groupe d’élèves ne fait pas encore partie de vos ateliers, je vous encourage à intégrer cette pratique à votre routine. Pourquoi?

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Écrire, c’est du gâteau!

Un article de Martine Arpin

Les groupes d’élèves sont toujours différents. Malgré des pratiques que l’on sait exemplaires, malgré une séquence d’enseignement qui a fait ses preuves et avec laquelle j’ai de plus en plus d’expérience, des défis se présentent chaque année, et chaque année, ils sont différents.

Cette année, je sens que l’engagement est particulièrement difficile pour mes élèves. Le temps de disponibilité lors des mini-leçon est au minimum. Peu d’élèves semblent mettre en pratique le contenu des leçons. Je l’explique de différentes façons (parce que le premier pas vers une solution efficace est de trouver la cause du problème…): l’âge des élèves (plus du tiers des élèves sont nés en juillet, août et septembre, et personne en octobre, ni en novembre… à 6 ans, ça fait une grande différence!), les différents besoins particuliers, dont plusieurs en lien avec l’aspect réceptif de la communication, les fragilités affectives, les effets de la gestion de la pandémie…

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Ateliers d’écriture : Cinq astuces pour rendre plus autonomes les élèves qui rencontrent des difficultés

Un texte d’Isabelle Robert

Il y a plusieurs années, alors que j’étais à la recherche de stratégies efficaces pour enseigner l’écriture, j’ai découvert les ateliers d’écriture du Teachers College, et ce, avant même que les ouvrages ne soient traduits et adaptés en français. Dès l’expérimentation des premiers ateliers, j’ai été témoin de changements importants dans ma classe: des élèves plus motivés, rapidement engagés, compétents, et surtout, des auteurs qui éprouvent du plaisir à écrire.

Enfin, j’avais trouvé des stratégies d’enseignement efficaces pour cultiver le gout d’écrire et rendre les apprentissages durables! Ce que j’observais me réjouissait : une communauté d’auteurs qui réfléchissent, qui prennent des risques et qui aiment partager ce qu’ils font ou ce qu’ils essaient de faire. Je n’enseignerais plus autrement.

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