Par Martine Arpin
Cet article est inspiré d’un atelier de Sarah Mann du Reading and Writing Project , des Ateliers d’écriture et de lecture au primaire (Chenelière) et de ma pratique en classe.
L’autonomie est l’un des piliers fondamentaux d’un atelier d’écriture ou de lecture qui fonctionne bien. Elle est essentielle à la productivité, autant celle des élèves que de l’enseignante. Bien sûr, elle est primordiale pour nous permettre d’offrir la rétroaction en cours d’apprentissage nécessaire à la progression maximale de chacun.
Tous les élèves vivront des difficultés ou rencontreront des problèmes en cours de route. L’autonomie, c’est avoir le sentiment ou la croyance que nous avons les outils nécessaires pour y faire face, et la capacité à poser des actions. L’autonomie, ce n’est pas ne pas avoir de problème, c’est savoir comment y faire face.
L’enseignant joue un rôle primordial dans la capacité des élèves à développer leur autonomie.
Prenons un scénario de classe, et deux façons d’y répondre :
C’est l’atelier d’écriture, la mini-leçon est terminée et les élèves sont au travail. L’enseignante circule. Un élève lui demande : « Comment s’écrit joué?
Réponse 1 : L’enseignante s’approche de l’enfant et écrit rapidement le mot sur un post-it ou sur la page de l’élève et continue de marcher sa classe en nommant à voix haute de belle habitudes d’auteurs qu’elle voit, et en s’agenouillant auprès d’un élève pour mener un entretien.
Réponse 2 : L’enseignante s’approche de l’enfant, s’agenouille auprès de lui et lui dit « Étire les sons du mot lentement, tu te rappelles? Comme on a vu. Jjjjj-ouuuuu-ééééé. Écris les lettres ou sons que tu entends. Jjjjj-ouuuuu-é. Bravo! » Elle étire les sons pour que l’élève trouve les lettres.
Réponse 3 : L’enseignante, en passant près de l’enfant mais sans trop s’approcher, lui dit : « Que peux-tu essayer? Tu es capable! Vas-y! ». Elle pointe la carte des sons. Elle poursuis un peu son chemin en gardant un œil sur l’élève. S’il ne fait rien, elle repasse près de lui et lui dit : « Les auteurs étirent les mots lentement pour entendre les lettres et les sons, et écrivent ce qu’ils entendent un son à la fois. Utilise tes outils. Fais du mieux que tu peux, tu es capable! »
La question à se poser sur la meilleure façon de répondre aux difficultés POUR favoriser l’autonomie, c’est : Qui fait le travail cognitif? Qu’est-ce que l’enfant apprend sur la façon de résoudre les problèmes et sur l’effort à y mettre, pour la prochaine fois que ça va arriver (car, une chose est certaine, les problèmes vont arriver à nouveau!)?
Évidemment, dans la réponse 3, l’enseignante invite l’élève à l’action en disant de petites incitations, elle ne fait pas à la place de l’élève. Elle rappelle les outils mais ne les utilise pas à sa place. Elle soutien mais ne prend pas la charge. Elle invite à l’approximation et encourage.
L’autonomie, ce n’est pas l’absence de soutien. Les rappels mènent à plus d’indépendance: même si aider un peu plus sur le moment est pratique, si on vise le long terme, les rappels mèneront à plus d’autonomie. De plus, étayer le soutien permet de valoriser et de construire la confiance en soi.
Les difficultés et l’effort sont nécessaires pour apprendre et pour le développement cognitif et personnel. Y faire face permet un apprentissage plus en profondeur et plus durable. Voici quelques trucs pour favoriser l’effort constructif, ou la réponse productive à une difficulté, afin que l’apprentissage puisse se faire et l’autonomie se développer.
Donner quelques mini-leçons de groupe sur les façons de régler les problèmes.
Un point d’enseignement pourrait être général. Mais d’autres peuvent être directement lié à l’écriture, ou à la lecture : « Quand tu es bloqué, il y a des étapes utiles qui peuvent vous aider. Pensons à ces étapes ensemble. » Un autre pourrait être : « Dans la vie, en écriture, en lecture, des problèmes surviennent. La bonne chose, c’est qu’il y a aussi des solutions! Pensons à des problèmes qui surviennent lors de l’atelier d’écriture et à des solutions que nous pouvons envisager » Nous pouvons ensuite lister les problèmes et les solutions. (par exemple : que faire quand j’ai fini? Quand je ne sais pas comment écrire un mot, quand je n’ai pas d’idée…)

Enseigner aux élèves à se fixer des buts.
En groupe ou en petits groupes, enseigner aux élèves à, par exemple, utiliser les tableaux d’ancrage d’écriture pour vérifier ce qu’ils font souvent ou pas, ou ce qu’ils ont fait ou pas dans un texte, et à se fixer des buts.
Parler à son partenaire.
Enseigner aux élèves comment discuter de façon productive avec son partenaire et comment ces échanges peuvent se dérouler durant l’atelier d’écriture pour ne pas déranger le travail des autres. Leur fournir un tableau d’ancrage directement lié aux discussions sur les problèmes peut être utile

Aménager adéquatement le coin d’écriture.
Le coin d’écriture doit être bien rempli et accessible. Pages supplémentaires, livres supplémentaires, outils de révision, outils de correction, crayons…
Choisir des gestes professionnels payants.
Trois éléments peuvent nous aider :
Marche silencieuse : marcher sa classe en faisant des gestes comme pointer un outil, signifier « Continue! », pouce levé…
Nommer à voix haute : pour donner de petits rappels
Enseignement de mi-atelier : l’utiliser pour rappeler une étape suivante (si vous avez terminé… vous pouvez…) ou pour discuter de problèmes qui peuvent être survenus durant la première partie de l’atelier en trouvant des solutions en groupe.
Inviter les élèves à utiliser les tableaux d’ancrage, mur de mots, etc.


Fournir des outils personnels tels que mur de mot dans le dossier d’écriture, carte des sons, bac sur les tables avec mini tableaux d’ancrage, signet ou fiche de rappel de certaines étapes (par exemple le processus d’écriture) ou stratégies de dépannage en lecture…




Créer avec l’élève une liste à cocher.
Nous choisissons un élément à travailler, que nous décortiquons en étapes à suivre. L’élève a ainsi une idée claire des étapes pour atteindre son but, pour faire ce qu’il a à faire.


Rappelons-nous finalement que dans une classe, viser l’autonomie des élèves implique que nous leur permettons de prendre des décisions qui ne seront peut-être pas les meilleures. Ils doivent sentir que l’erreur est permise : au-delà d’une affiche qui l’affirme sur le mur de la classe, nos gestes et nos paroles sont les seuls moteurs qui peuvent pousser un enfant à choisir de résoudre un problème même s’il n’est pas certain qu’il choisit la meilleur solution. Lorsque nous devenons plus intentionnels dans notre façon de soutenir les élèves qui vivent des difficultés, plutôt que de les secourir, et lorsque nous y accordons une importance dans notre enseignement et nos interventions, nous permettons à chacun de développer son autonomie… et nous nous permettons en même temps de nous sentir plus efficace en classe…
























































