Un article de Martine Arpin

Fin décembre. Fin du module informatif dans ma classe de 2e année. J’observe les textes sur demande de mes élèves avec attention. Je relis chacun des textes quelques fois, avec une intention différente chaque fois : en comparant le premier et le dernier « sur demande » du module, et en observant les textes de son dossier d’écriture, quelle évolution puis-je constater chez cet élève ? J’en prends note, pour pouvoir en faire part à l’élève et à ses parents. Pour chacun des critères du programme d’étude prescrit par le ministère, comment la compétence de l’élève se développe-t-elle ? Avec la liste de vérification et celle des stratégies enseignées lors des ateliers d’écriture, qu’est-ce que je vois (ou ne vois pas) qui me permettra de soutenir cet élève lors du prochain module ? Quelles sont ses forces, ce que je veux l’encourager à poursuivre ? Quels sont ses prochains pas ? Comment puis-je soutenir le groupe en général ? Je scrute aussi attentivement le transfert des apprentissages réalisés lors de l’étude des mots : l’orthographe et la grammaire. Est-ce que mon enseignement « colle » ? Les élèves utilisent-ils les règles et régularités orthographiques et grammaticales, et les notions enseignées, en contexte réel d’écriture ?

Comme je connais bien les élèves du premier cycle du primaire, je peux anticiper les problèmes que je trouverai dans les textes, ce que j’enseignerai comme régularité orthographique selon le temps de l’année. Je fonctionne souvent par instinct, je discute avec mes collègues de deuxième année. Cette fois, j’avais envie de vraiment savoir où ils en étaient. Ce groupe. À ce moment de l’année. Vérifier si mon instinct (et mes autres observations, quand même) me guidait vers les bonnes notions à enseigner, si certains éléments que je croyais acquis l’étaient vraiment, si certains concepts m’échappaient.

J’ai pris le temps de noter toutes les erreurs que je voyais dans les textes sur demande de mes élèves. Ensuite, je les ai regroupées selon le concept ou la régularité touchés. J’ai ensuite choisi la modalité d’enseignement que j’utiliserais pour chacun des concepts, ou la façon la plus pertinente de faire un retour sur cet apprentissage.

 

L’exercice m’a montré que mon instinct n’est pas si mal. Comme je l’avais anticipé, le « e » muet en fin de mot sera une notion à revoir en groupe, et pas qu’une seule fois. Les différentes graphies du son « è » aussi. Mais de plus, j’ai découvert quelques mots à ajouter au mur de mots, des sons à revoir et du vocabulaire à travailler. J’ai donc planifié mon enseignement de l’orthographe et de la grammaire pour les prochaines semaines en tenant compte des besoins réels de mes élèves.

J’ai rassemblé mes élèves pour leur parler du processus que j’avais suivi et la raison de cette démarche. Je leur ai parlé des bons coups que j’avais vus dans leurs textes, des notions qui sont maitrisées. Je leur ai montré le tableau dans lequel j’avais regroupé les difficultés rencontrées. Je leur ai mentionné les concepts sur lesquels nous nous pencherions dans les prochaines semaines. Tout ça pour nous aider à devenir de meilleurs auteurs, qui se soucient que leurs lecteurs puissent lire leurs textes et les apprécier à leur juste valeur, et pour développer des automatismes dans l’acquisition de l’orthographe et de la grammaire.

Tous les jours, lors de la période de vingt minutes consacrée à l’étude des mots, nous avons vu ou revu l’une des notions.

Nous avons discuté de vocabulaire (par exemple, le mot n’est pas « juse », mais « juste ».). Cela m’a rappelé une discussion que j’ai déjà eue avec un élève, il y a quelques années. Il avait écrit : « J’avais mal à la jambre. » Lorsque je lui avais dit que jambe s’écrivait jambe, il affirmait : « Non, moi je veux parler d’une jambRE. », en insistant sur le R et en me pointant sa jambe. Lui, il avait toujours prononcé jambRe. Il croyait que c’était le nom de cette partie du corps. Lorsqu’il écrivait jambRe, avec un R, ce n’était pas une erreur orthographique, c’était une question de vocabulaire ! La conversation m’a permis de le comprendre. Même s’il n’est pas toujours possible d’avoir cette conversation avec chaque élève pour chaque erreur, en être consciente en lisant les textes, et dresser un tableau des constantes me permets de mieux choisir la façon idéale de faire un retour sur la notion. La même chose se produit souvent avec le verbe être : « Il et gentil. ». Les élèves (et les adultes aussi…) prononcent souvent « est » en disant le son « é ». Les classes de mots sont utiles ici, pour aider à différencier les deux mots. Nous avons mis des affiches au mur de l’étude des mots comme référent.

Nous avons aussi ajouté des mots au mur de mots, des mots qui sont souvent utilisés par les élèves dans leurs textes.

En groupe, nous avons revu le « e » en fin de mot, les différentes graphies du son « è », les sons du C et du G et la négation.

J’ai pris soin de mettre en valeur ces notions lors des dictées d’apprentissage pour travailler la métacognition et l’autorégulation.

En petits groupes, lors de la période d’atelier d’écriture, nous avons travaillé le son « tion », le « s » entre deux voyelles et les liaisons (un nabit, vous zaimez), ainsi que l’importance de remarquer et bien orthographier les mots appris ou ceux du mur de mots et de la banque de mots.

Lors de l’atelier d’écriture, j’ai utilisé certains des moments d’enseignement de mi-atelier ou la mise en commun pour inciter les élèves à relire leur texte avec leur « œil » de correcteur, avec une intention précise, un concept à la fois.

Nous enseignons l’orthographe et la grammaire dans le but que les élèves utilisent les notions et concepts dans leurs textes, en cours d’écriture. Pour cela, il faut créer le contexte pour s’exercer de façon authentique, multiplier les occasions d’écrire pour créer les automatismes, rappeler les liens entre l’enseignement, l’étude des mots et l’écriture des textes, et planifier nos interventions en fonction des besoins des élèves.

Nous arrivons bientôt à la fin du module narratif. J’ai bien hâte de réévaluer les textes sur demande et voir si mon enseignement a fonctionné. Rien ne sera parfait, mes élèves sont en apprentissage. Mais je suis certaine que les interventions ciblées, réalisées sur quelques semaines, auront permis de créer des automatismes chez les élèves et donc de voir un transfert des apprentissages dans leurs textes.

 

Aide-mémoire

Processus pour planifier judicieusement l’enseignement de l’orthographe et de la grammaire

  • Lister les erreurs
  • Les regrouper
  • Décider de la modalité pour l’enseigner, faire un retour.
  • Planifier ces enseignements
  • Enseigner
  • Donner plusieurs occasions de s’exercer en contexte (du temps pour écrire) et donner de la rétroaction.
  • Faire des rappels en cours d’écriture.
  • Enseigner
  • Donner plusieurs occasions de s’exercer en contexte (du temps pour écrire) et donner de la rétrocation
  • Observer à nouveau les textes, noter les progrès, les acquis, et reprendre le processus pour les notions à travailler.