Un texte d’Isabelle Robert

Au cours d’une journée de classe, les occasions de discuter de grammaire avec les élèves sont nombreuses. Ces échanges réguliers les aident à enrichir leurs connaissances, à mieux appliquer les règles et à améliorer la qualité de leurs écrits. 

Que ce soit lors de discussions de groupe autour d’un texte d’élève, pendant le travail en partenariat durant les ateliers ou même au détour d’une conversation informelle à la collation ou dans la cour, ces moments nous donnent accès à leur manière de parler et aux erreurs qui s’y glissent. On retrouve d’ailleurs souvent ces mêmes erreurs dans leurs productions écrites.  

L’observation des élèves en train d’écrire offre aussi un éclairage précieux sur ce qu’ils maitrisent déjà : l’usage des guillemets dans les dialogues, l’organisation du texte, la division en paragraphes, les accords, etc. Leurs écrits et leurs interactions quotidiennes deviennent alors de véritables sources d’information pour guider l’enseignement. 

Il est important que les élèves comprennent que la maitrise de la langue écrite est essentielle pour que leurs idées soient réellement entendues. Trop souvent, de bonnes idées passent inaperçues parce que l’écriture comporte des erreurs qui détournent l’attention du lecteur. Une faute attire immédiatement le regard : les élèves la remarquent, les enseignants aussi, et les lecteurs tout autant. Les élèves doivent comprendre que ces erreurs peuvent nuire à la clarté du message et à qualité de la communication. Le respect de la grammaire et des conventions assure la clarté de notre discours, tant à l’oral qu’à l’écrit. En tant qu’enseignants, il est essentiel de prendre le temps d’avoir des conversations avec les élèves sur la grammaire et les conventions. Ces conversations doivent s’appuyer sur leurs besoins réels et sur les erreurs récurrentes observées dans leurs écrits. 

Pourquoi ces conversations sont essentielles? 

•  Elles permettent d’ancrer les notions dans des situations authentiques. 

•  Elles aident les élèves à comprendre l’impact concret de leurs choix linguistiques. 

•  Elles transforment les erreurs en occasions d’apprentissage plutôt qu’en simples constats. 

En début d’année, par exemple, engager une discussion sur ce qu’est une phrase constitue un excellent point de départ. Pendant que les élèves partagent leurs idées, l’enseignant peut écouter et s’appuyer sur cette discussion pour lancer son enseignement. Que savent-ils déjà sur la construction d’une phrase ? La séance peut commencer par une réflexion individuelle, suivie d’un échange en duo, puis d’un partage en groupe. Les réponses des élèves sont notées et analysées avec l’enseignant. Par exemple, un élève peut penser qu’une phrase doit être longue, tandis qu’un autre peut citer « Bébé joue. » ou « Papa parle. », montrant que certaines phrases peuvent être très courtes. Un élève peut mentionner qu’une phrase équivaut à une idée. Un autre peut penser qu’une phrase se termine à la fin de la ligne. Ces échanges permettent à l’enseignant à repérer ce que les élèves maitrisent déjà et ce qu’il reste à clarifier.   

Une autre discussion peut porter sur les conventions d’écriture que les élèves trouvent difficiles à appliquer. Il est intéressant de les impliquer dans le processus d’apprentissage en les invitant à choisir eux-mêmes la règle sur laquelle ils aimeraient que porte la discussion, une règle qui représente un défi pour eux. 

Dans ma classe, par exemple, certains élèves avaient du mal à limiter l’utilisation du point d’exclamation, surtout lorsqu’ils écrivaient sur des événements excitants, comme un match de soccer. Parler de l’emploi approprié de ce signe de ponctuation peut amener les élèves à réfléchir à la manière dont la ponctuation influence le ton et la clarté du texte. Ainsi, grâce à ces conversations sur la grammaire et sur les conventions, les élèves développent une meilleure compréhension de la langue et apprennent à améliorer leur écriture. 

Les activités d’écriture partagée, où l’enseignant et les élèves rédigent un texte ensemble et où l’enseignant tient le crayon, offrent d’excellentes occasions de discuter de la grammaire et des conventions. Les élèves peuvent alors avoir la responsabilité de lire à haute voix les phrases rédigées. Lorsqu’un élève prend la parole pour lire devant toute la classe, il arrive que le groupe souligne des répétitions de mots, comme et ou content. Des ajustements sont alors apportés au texte par la suite. Dans ce type d’activités, on peut aussi encourager les élèves à inclure des phrases nécessitant différents signes de ponctuation, ou encore à utiliser des conjonctions, puis à discuter de leur utilisation et de l’effet que celles-ci ont sur le texte. 

Une autre discussion importante porte sur le respect et la transgression des règles grammaticales. Les écrivains peuvent parfois jouer avec ces règles afin de produire des effets stylistiques particuliers. Toutefois, certaines conventions demeurent essentielles à la clarté du message, comme l’orthographe d’usage et les accords. Explorer ces choix avec les élèves leur permet de comprendre que la langue est à la fois structurée et flexible, et que la maîtrise des règles est nécessaire pour pouvoir, de façon intentionnelle, les adapter ou les détourner. 

Lire à voix haute un texte en cours d’écriture permet souvent aux élèves d’entendre immédiatement ce qui cloche. Il suffit parfois d’une seule phrase pour sentir qu’elle ne sonne pas juste. Cette pratique aide les élèves à développer une « oreille grammaticale », un outil précieux pour repérer et corriger leurs propres erreurs. Avec l’expérience, certains types d’erreurs deviennent beaucoup plus faciles à repérer : les problèmes de pronoms, les structures maladroites, les répétitions… En lisant son texte à voix haute, un élève peut aussi réaliser qu’une phrase est trop longue, la réviser et la diviser en deux phrases plus courtes pour rendre son texte plus clair et plus agréable à lire. Lire devant un partenaire ou devant le groupe aide également à clarifier les idées : un détail oublié, un passage inutile ou une phrase mal construite ressortent immédiatement. Les suggestions des pairs et la réflexion sur les effets qu’apportent ces changements permettent aux élèves d’approfondir leur compréhension de la langue écrite et la qualité de leurs textes. 

Les élèves ont aussi besoin d’entendre de bons modèles de lecture. Lorsque l’enseignant lit à voix haute des textes de qualité, issus d’auteurs et de genres variés, les élèves développent progressivement une compréhension plus fine du rythme et des structures de la langue. Cette exposition régulière nourrit leur propre manière d’écrire. 

Enfin, les élèves peuvent échanger sur les difficultés grammaticales qu’ils rencontrent encore. Ces discussions offrent à l’enseignant de précieuses pistes pour planifier les prochaines leçons. Pour lancer la réflexion, on peut poser des questions comme : 

  • Qu’est-ce que la grammaire ? 
  • À quoi sert-elle ? 
  • Quels sont les avantages de comprendre la grammaire ? 
  • Comment la grammaire et les conventions d’écriture nous aident-elles à mieux communiquer ? 

L’essentiel à retenir, c’est que la grammaire sert de langage commun : elle nous permet de mieux nous comprendre. 


Un ouvrage intéressant à lire: Grammar Matters de Lynne Dorfman et Diane Dougherty, Stenhouse Publishers, 2014