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Les ateliers d'écriture et de lecture au primaire

Inspiré de la démarche des Units of Study du TCRWP

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Lecture

Quand le vent souffle

Par Catherine Lapointe

Il y a dans nos classes, des moments non inscrits dans un planificateur scolaire. Des moments d’école avec des ailes d’oiseaux. Une envolée d’écoliers à travers des pages de livres. Des soupirs d’espoir, des mains tendues vers une couverture de livre et des mots suppliés pour une histoire assis en cercle. 

Ce matin-là, j’inscris seulement le mot Lecture à mon agenda. Mes étiquettes de stratégies attendent à côté de mon escalier de lecture. Le petit papier orange collé sur la marche 15 minutes témoigne des traces de notre endurance en lecture autonome de la veille. 

Nous sommes en septembre. Septembre 2020. C’est une rentrée qui joue avec une pandémie. On vit des bulles, nos mains sentent l’éthanol, on court dans des zones, on marche sur des flèches, on apprend le langage des signes des yeux des personnes masquées. 

C’est une époque d’incertitude. Des chassés croisés d’adaptation scolaire. Je dois avouer que certains matins, l’anticipation de lire un livre à mes petits humains est la seule motivation forte que je ressens…

Je m’accroche aux livres comme à des radeaux. Certains comme des bateaux de fortune, d’autres comme de grands voiliers. Je sais la place qu’occupe les livres dans ma vie. Je doute encore de la place dans celle de mes élèves. 

Jusqu’à ce point de bascule.

Période de lecture, donc. Eloïse, 7 ans,  s’approche de moi, franchit la ligne des 2 mètres. Le regard franc, le pas des filles qui veulent tout vivre à la fois.  Elle tient dans sa main (celle qui n’a pas de plâtre), le livre La vie secrète. Les espaces n’existent plus. Le projet est plus fort que le «tape» sur le plancher et c’est très bien ainsi. Elle a besoin d’un bout de papier.  Sur ce papier, elle veut marquer 4 lettres. HUGO. «Madame Catherine, j’aimerais prêter ce livre à Hugo dans l’autre classe. Je sais qu’il aime les histoires de Renard. ».

L’autre classe est une autre bulle. Mais on ne confine pas les initiatives, encore moins celles qui ont comme enjeu un livre.

Ça m’aide à mieux saisir la place qu’occupe les livres dans la vie de mes élèves. Ils sont le symboles des choses qui n’ont pas changées. Leur certitude est rassurante. Les livres sont rassurants. Fidèles, loyales, forts, protecteurs, libres, fous, légers, bons, porteurs…

Les livres portent parfois des messages plus grands que l’histoire elle-même. 

Nous cognons à la porte de l’autre classe. Eloïse, son regard franc et La vie secrète dans sa main, offre ce prêt en quarantaine. Hugo sourit. Ce livre sera un trait d’union, un pont ou une ficelle. Il sera à lui seul cette note sur le frigo: Tu n’es pas seul. Je pense à toi.

Les jours qui suivent, je me place en éveil. Et je me mets à observer nos comportements de lecteurs, nos rituels. Parce que je les juge importants. Éloquents même.

J’observe les lecteurs avides, les lecteurs discrets. Je note des comportements authentiques. De petites fourmis qui fouillent, choisissent dans les bacs à livres partout. Par terre, dans des bibliothèques, dans des paniers suspendus, sur des présentoires, dans des chariots. Je n’ai jamais tout recensé, mais je crois en avoir autour de 400 (j’enseigne depuis 20 ans, j’ai tout investi dans les livres avec mes budgets stagiaires et j’ai couru les marchés aux puces plus d’une fois). Certains sont classés par auteurs, par réseaux littéraires, par illustrateurs, par sujets, par émotions, par questions.

Et d’autres ne sont pas classés du tout. Par manque d’espace ou par pure paresse, je l’avoue. Comme une boîte à surprise. La chasse au trésor d’un livre projeté à l’écran provoque toujours un cri de joie quand un élève le trouve dans ce joyeux fouillis. Juste pour ça, j’aime en égarer quelques-uns dans la classe et les regarder se faire repêcher comme on repêche un homme à la mer. 

Sur mon rebord de fenêtre, j’en fais des murailles d’espace protégé, des montagnes de livres sans fin, des maisons intérieures où les cloches n’existent pas, des piscines sans couloirs. Des libres services dans un dépanneur de livres ouvert 24 heures sur 24.

Les élèves viennent souvent y déposer un livre à lire à toute la classe. J’adore leur demander «Pourquoi lui?». Les livres, c’est collectif. Ça nous réunis autour d’un enjeu commun, comme une gang autour du feu. On partage les découvertes, les fous rire, les réflexions, les émotions. On discute. Sans être toujours d’accord, les livres nous amènent à nous ouvrir sur la vie intérieure des autres, la vie extérieure, nous amène vers d’autres livres et nous poussent même à nous mettre en action.

Un jour, nous avons lu l’album à la chute vertigineuse, Bonhomme de Sarah V. et Claude K. Dubois.  Ce livre a donné une puissance insoupçonnée à l’intention des gestes. Il est devenu un moteur social. Du haut de leurs 8 ans, les élèves ont lancé l’idée de cuisiner des pains pour les sans-abris de la ville de Québec. Merci à ce grand livre. Merci à mes grands lecteurs.

L’intention. Le geste qui pousse à choisir un livre plus qu’un autre, c’est si révélateur aussi. L’identité de mes élèves, je les découvre à travers leur boîte à livres, dans les liens qu’ils font avec les événements de la vie. Comme cet arbre près du boisé où nous allons lire qui, un jour, était marqué d’un triangle rouge. Le lendemain, nous l’avons retrouvé coupé. Un groupe de garçons s’est approché du tronc pour lui rendre hommage, le remercier. Comme dans L’arbre généreux. J’étais soufflée. J’étais remplie surtout. Car il y a tout dans les livres. Avoir des livres, c’est reconnaître que l’on est riches et  équipés!

Équipés oui, mais en toutes circonstance? On nous a toujours dit de ne rien apporter lors d’un incendie. Go on sort en chaussette en laissant Néfertiti le chat à l’intérieur ou en bobette en laissant Tabasco le cochon d’Inde ou Jello de poisson rouge. Mais si on doit se confiner à nouveau, je ne pourrai pas laisser ma matière première en classe. Et je devrai choisir quels livres nous aurons le plus besoin. Nous avons besoin des livres pour grandir. Même à mon âge! Une croissance sans fin avec un terreau littéraire, des vitamines Pierrafeu pour l’esprit. 

Je crois que les enfants ont besoin eux aussi de pousser dans les livres, de s’accrocher à eux comme à de grands voiliers. Car au contact des livres, on se sent enracinés, connectés aux autres, on trouve notre place, on construit un pouvoir sur notre vie, on lui donne du sens ainsi qu’aux événements que nous ne pouvons pas contrôler.

Nous sommes en septembre 2020. Je lis à mes élèves Quand le vent souffle. Cette histoire aux dessins puissants sur le vent, les cycles, la vie. La page où le vieil arbre parle au plus jeune et lui dit que le vent est parfois dévastateur et casse des branches, mais qu’en même temps il disperse les graines qui permettent à d’autres arbres de grandir. Le jeune arbre dit «Que penses-tu du vent?», le vieil arbre répond «Je choisis de l’embrasser». 

Je choisis d’embrasser ce vent de septembre 2020, en serrant très fort dans mes bras mes caisses de livres à l’étiquette «Kit de survie», le regard franc, le pas des filles qui veulent tout vivre à la fois, comme Éloïse. 

Un aperçu d’une quinzaine de paniers à livres ESSENTIELS dans notre classe.

Une soixantaine de livres incontournables.

Une caisse de Marianne Dubuc

  • Le chemin de la montagne
  • Le jardin de Jaco
  • La mer
  • L’autobus

Un panier de Claude K. Dubois

  • Bonhomme
  • Un papa d’aventure
  • Pas belle
  • Cassandre
  • Le jardinier qui cultivait des livres

Un bac de Mario Ramos

  • C’est moi le plus beau
  • Le loup qui voulait être un mouton
  • Mon ballon
  • C’est moi le plus fort

Une boite de Michaël Escoffier

  • L’anniversaire
  • La tarte aux fées
  • On verra demain
  • Tous les mots n’existent pas
  • Tempête sur la savane
  • Le jour où j’ai perdu mes super pouvoirs
  • La petite bûche

Réseaux littéraires «Les murs»

  • Cher Donald Trump
  • Après la chute
  • Au-delà de la forêt
  • De l’autre côté du mur
  • Les deux arbres
  • C’est mon arbre

La séparation et la reconstruction

  • Lili entre deux nids
  • Quand l’amour court
  • C’est un papa
  • Des couleur sur la Grave

Les coups de coeur de Madame Catherine et des élèves

  • Après la chute
  • L’arbragan
  • Le chemin de la montagne
  • Bonhomme
  • Mon frère et moi
  • La case 144
  • Ne laissez pas le pigeon conduire le bus
  • Léo tête en l’air
  • La maison en petits cubes 

Tu as besoin de s’enraciner et de reconnecter

  • Le vide
  • Un grand jour de rien

La nature inspire les humains

  • La milléclat dorée
  • L’arbre généreux
  • Quand le vent souffle

Des documentaires qui n’ont pas l’air de documentaires

  • Le goût des insectes
  • La science du caca
  • Les grosses bêtes de Tatsu Nagata (Thierry Dedieu qui se fait passer pour un scientifique japonais)

Un adulte te racontera (sujets sensibles)

  • Deux garçons et un secret
  • Le garçon invisible
  • Pablo trouve un trésor
  • L’éphémère
  • La croûte
  • Azadah
  • Elliot

Je m’affirme. Je suis unique.

  • Boris Brindamour et la robe orange
  • Ada la grincheuse en tutu
  • Nos héroïnes
  • De petit à grand, David Bowie
  • Les enfants à colorier
  • Ce que j’aime vraiment

L’art dans notre vie

  • Riopelle l’artiste magicien
  • Frida, c’est moi
  • Le gardienne du musée

Être ensemble

  • Le concours de force
  • Bob et Marley Les ricochet
  • S’unir, c’est se mélanger
  • Ce qui nous rassemble

Le livre n’existe pas encore, alors écris-le:

  • Livres des auteurs de la classe (un de mes bacs à livres préférés)

Catherine Lapointe, enseignante de 2e année, septembre 2020

Faire autrement pour nos lecteurs et nos auteurs dans un nouveau contexte de classe

Par Marlyn Grant et Isabelle Robert

Dès que nous avons su que nous allions retourner en classe, nous avons commencé à réfléchir à comment organiser le tout.  Dans ce contexte si contraignant, que peut-on faire et comment allons-nous nous y prendre? On se retrouve avec une toute nouvelle réalité de classe, mais nos croyances demeurent les mêmes.

Tout d’abord les livres

Oui, s’il y a une chose qu’on peut donner aux élèves, ce sont bien des bacs remplis de livres. Des livres variés, colorés, drôles… pas juste nivelés. Nous avons choisi de former trois catégories de bacs de livres qui seront remis à nos élèves, selon le niveau de leurs lectures.

  • Des bacs pour les lecteurs débutants (livres avec une phrase et des illustrations aidantes ou facilitantes) ;
  • Des bacs pour les lecteurs qui lisent avec de plus en plus de fluidité (livres contentant plus d’une phrase, mais assez simples à lire, avec des illustrations qui peuvent soutenir le texte) ;
  • Et enfin, des bacs pour les lecteurs plus avancés, avec des livres correspondants à ce niveau de lecture.

Évidemment, dans chaque bac, nous ajouterons des livres informatifs très illustrés (peu importe le niveau de lecture), des livres qu’on a lus cette année, des classiques, des nouveautés, des bandes dessinées. On s’assurera d’offrir à chaque élève un choix varié et une quantité suffisante de livres (environ une quinzaine) pour qu’il n’en manque pas au cours de la semaine. Ce bac restera à côté de l’élève et l’accompagnera du lundi au vendredi. Les livres prendront une pause pendant la fin de semaine et hop, le lundi suivant, le bac ira à côté d’un autre lecteur qui lit des livres d’un niveau de lecture similaire.

Quand le lecteur recevra son bac, il pourra feuilleter les livres qu’il contient et planifier l’ordre dans lequel il les lira. Il pourra tenter de classer ceux qu’il peut lire facilement, ceux qu’il lira au retour des récréations, ceux qu’il utilisera pour travailler certaines habiletés (comme l’aisance-fluidité et l’expression) ou tout autre classement qui lui viendra en tête.

À la fin de la semaine, il serait intéressant d’inviter chaque élève à écrire une critique littéraire à propos d’un livre qui se trouve dans son bac et qu’il a beaucoup aimé, un livre qu’il l’a fait rire, qu’il lui a fait découvrir de nouvelles informations ou pour toute autre raison. Il pourrait y attribuer des étoiles pour indiquer son niveau d’intérêt. Et pourquoi ne pas laisser ce texte dans le bac pour le prochain lecteur ? Quelle belle occasion de travailler l’écriture du texte d’opinion! On pourrait certainement planifier quelques leçons à ce sujet et utiliser des textes modèles divers pour s’inspirer. C’est le temps d’être créatifs!

Voici quelques suggestions de livres qui pourraient se trouver dans les bacs. Comme vous le verrez, il est possible de planifier le contenu des bacs avec une intention précise. Les exemples s’adressent à des élèves de première année, mais vous pourrez les adapter à votre niveau d’enseignement.

  • Des albums du même auteur

Par exemple, les albums de Jean Maubille qui sont habituellement des textes répétitifs, drôles et faciles à lire. Pendant la semaine, on peut faire la lecture à voix haute de quelques albums de cet auteur. Par la suite, on pourra comparer ces lectures avec les livres du même auteur qu’on a déposés dans les bacs des élèves.  Ensemble, on pourra dégager ce que l’on a observé à propos de l’auteur et partager nos passages préférés. Chaque élève pourra aussi s’exercer à lire le livre de son bac avec une voix de vedette. À la fin de la semaine, on pourra faire une célébration. Ceux qui le désirent pourront lire leur livre à voix haute sur leur chaise. Les autres élèves pourront commenter, complimenter, donner une rétroaction. C’est possible aussi de s’inspirer de l’auteur pour écrire un peu à la manière de…

  • Des albums sans texte

La mer de Marianne Dubuc, La vague de Suzy Lee, les BD de Petit poilu, Les trois petits cochons de Rascal, Dessine de Bill Thomson, etc. On peut lire les images, rédiger sur des papillons adhésifs ce que l’auteur aurait pu écrire, développer les compétences à communiquer oralement en racontant l’histoire… On peut aussi proposer aux élèves de devenir des auteurs d’albums sans texte.

  • Des livres de poésie (ou des albums écrits de façon poétique)

Par exemple, la collection Clin d’œil chez Isatis ou Poésies pour la vie de Gilles Tibo. Encore une fois, on pourrait s’en inspirer pour écrire ou pour réciter des poèmes.

  • Des albums d’une même collection

Éléphant et Rosie sont vraiment bien pour travailler les dialogues entre les personnages. Les livrets des éditions Fonfon  (Claudia, Robert, etc.) sont vraiment bien pour écrire de courtes phrases à propos de soi.

  • Des documentaires

Choisir des livres d’informations qui traitent d’un même sujet et en déposer un dans chaque bac. Par exemple, choisir des livres sur les bestioles, sur les planètes, des livres de la collection Tatsu Nagata, etc. On peut faire une écriture partagée à partir des informations trouvées dans les livres ; l’enseignant.e tient le crayon et les élèves partagent les idées.

Nous savons qu’il faudra beaucoup, beaucoup de livres pour bien garnir les bacs de lecture en temps de distanciation sociale, mais ce sera possible, car nous aurons moins d’élèves. Et la bibliothèque de l’école étant fermée, c’est un bon temps pour aller la dévaliser.

Une autre idée que nous avons eue est d’ajouter une fiche cartonnée dans le bac de lecture de chaque élève pour qu’il puisse se faire une liste des livres qu’il aimerait avoir dans son bac la semaine suivante. Peut-être que ce sera un livre lu à voix haute, le tome 2 d’une série, un livre d’un auteur qu’il aime, un documentaire sur un sujet précis, un livre suggéré par un autre élève… Bref, une façon de choisir un peu lui-même les livres pour lesquels il a de l’intérêt. Cette liste nous permettra de nous aider bonifier le bac et à le personnaliser au gout de l’élève.

 

La période de lecture autonome

L’élève devra rester à sa place, on le sait. Toutefois, plusieurs positions de lecture sont tout de même possibles. Il pourra rester sur sa chaise, la tourner pour s’assoir à califourchon, s’assoir sous la table sur un agenouilloir de jardin (ce qui donne l’effet de lire dans une cabane). Et pourquoi ne pas s’assoir sur la table si celle-ci est bien stable ? Selon la configuration de la classe, est-il possible  pour ceux qui sont placés à l’avant de la classe de passer sous leur table pour s’assoir dans une chaise coquille sans être dans la zone d’un autre ami? Est-il possible pour ceux qui sont placés à l’arrière de la classe d’avoir suffisamment d’espace derrière eux pour s’installer dans un petit siège de ce genre ? Essayer différentes positions de lecture prendra quelques jours, mais quand ce sera fait, on pourra se fixer des défis d’endurance en lecture comme on le faisait au début de l’année.

Pour les ateliers de lecture et d’écriture

Étant donné qu’on ne pourra pas se rassembler, il faudra faire preuve de créativité pour former une communauté de lecteurs et d’auteurs à distance. Peut-on créer un petit rituel (une chanson, une comptine…) pour marquer le début de la leçon? Permettre aux élèves de s’assoir sur la table ou le pupitre (si le mobilier est stable) durant la leçon? Se fabriquer une couronne Auteur au travail ou Lecteur au travail pour accompagner les périodes d’ateliers? Nous croyons qu’il est important de s’assurer de marquer, d’une façon ou d’une autre, le début de l’atelier.

En ce qui concerne les leçons, nous croyons que la caméra document sera un incontournable. Lors de la partie Engagement, les discussions entre partenaires seront faites à distance, alors les tandems seront choisis principalement selon l’emplacement des élèves dans la classe. Il est certain que ces échanges se dérouleront à un plus haut niveau sonore, mais nous savons à quel point il est important de les maintenir.

Il faudra sans doute procéder différemment pour les tableaux d’ancrage si on a plusieurs élèves qui se trouvent très loin dans la classe. Nous avons pensé les créer dans un format de 8 ½ x 11 sous la caméra  document pour les projeter au TNI. Tout au long de la semaine, durant la période de travail autonome (en lecture ou en écriture), ils seront ainsi visibles au TNI. À la fin de la semaine, il sera facile de les imprimer et d’en remettre une copie à chaque élève.

Pour la Mise en commun de l’atelier d’écriture, puisque nous aurons difficilement accès aux textes des élèves afin de donner de la rétroaction, et qu’ils ne pourront pas recourir aux conseils de leur partenaire,  nous pensons qu’il sera important d’offrir plus de temps au partage en grand groupe du travail fait durant la période d’atelier. Permettre à un auteur de monter sur sa chaise et de lire à voix haute ce qu’il a écrit, parler de son processus, recevoir des compliments et des conseils pour la suite du travail sera sans doute une bonne formule. Il sera aussi possible de procéder ainsi lors de l’Enseignement de mi-atelier. Privilégier la rétroaction plutôt que l’enseignement durant cette pause de mi-atelier sera une option gagnante à notre avis. Ces moments de partage seront importants pour prendre en note les besoins des élèves afin de planifier les prochaines leçons.

La Mise en commun de l’atelier de lecture sera aussi un moment privilégié pour permettre à un élève de lire à voix haute un extrait de son livre, de faire le rappel de l’histoire, de partager ce qu’il a appris, de parler des personnages. Il y a plusieurs possibilités, mais on tentera d’être en lien avec la leçon du jour. Se mettre debout derrière sa chaise ou monter sur celle-ci pour partager nous semble être aussi une belle idée pour cette mise en commun.

La lecture à deux sera un beau défi. Est-ce que lire à deux à distance est réaliste? On le verra bien en l’essayant. Il faudra établir des règles et modéliser différentes possibilités. Et s’ajuster, c’est certain. Pourquoi ne pas offrir des livres jumeaux pour permettre aux élèves de lire ensemble, en étant éloignés, et de discuter d’une même lecture ?

Pour les entretiens, dans un monde idéal de distanciation sociale où tous les élèves auraient accès à une tablette électronique, on pourrait organiser des visioconférences pendant la période de lecture ou d’écriture autonome. Des rencontres entre partenaires peut-être…  Il y a certainement des avenues à explorer de ce côté si ce matériel est accessible à vos élèves.

Publier les textes plus fréquemment est une bonne idée pour avoir accès à ceux-ci de plus près.  Si les publications reposent sur les tables pendant la fin de semaine, au retour, on pourra les récupérer et les étudier attentivement afin de cibler les besoins et d’ajuster notre enseignement. On pourrait choisir de déposer les textes des élèves sur une plateforme numérique utilisée par la classe (Seesaw, Padlet, etc.) De cette façon, les élèves auraient facilement accès aux textes de leurs pairs. Ceux-ci pourraient aussi être partagés à la maison et les parents pourraient être invités à y laisser des commentaires.

En lecture, établir un rituel festif de partage entre lecteurs sera bien pour la communauté que nous sommes, car nous craignons que l’aspect social de la lecture perde un peu de plumes.  Nous multiplierons les moments où les élèves feront la lecture à voix haute aux autres élèves de la classe. Ce sera une occasion d’apprentissage pour développer l’aisance-fluidité et la lecture expressive. Ce sera également une opportunité pour partager un coup de cœur littéraire et pour donner le gout aux autres lecteurs d’ajouter ce livre sur la liste de ceux qu’ils aimeraient retrouver dans leur bac la semaine suivante. On pourrait instaurer Le vendredi partage!

Comme vous le voyez, il existe des façons de faire qui seront différentes, mais qui conviendront à cette nouvelle réalité si contraignante. Vous avez surement pensé à de nouvelles façons de faire, vous aussi. Réinventons l’école. Ce ne sera pas pareil. Beaucoup de deuils à faire. Comme le dit Richard Robillard, psychopédagogue, on doit être positif et optimiste face à la réalité. La bienveillance, la joie, le partage feront partie des ingrédients essentiels de ce court chapitre. L’important est que les élèves y trouvent des repères. On fera du mieux qu’on peut. On accueillera tout ça et on s’applaudira haut et fort sur l’incroyable capacité d’adaptation que nous avons, nous, les enseignant.e.s.

Bon retour collègues !

 

 

 

Définir les priorités

Un article de Martine Arpin

Série Réflexions pédagogiques en temps de pandémie

Quand j’ai commencé cet article, je commençais à enseigner virtuellement, je finissais mon institut avec le Teachers College sur l’enseignement à distance en temps de pandémie. Le temps passe. Entre les capsules, les visioconférences, les adaptations de nouveaux modules, les enfants et le beau temps qui revient, il n’est pas encore publié. Les choses changent au jour le jour, je réécris, modifie, relis (tiens, tiens, la révision…). À la parution de l’article, plusieurs retourneront en classe pour préparer l’arrivée de leurs élèves dans une semaine. Pour ma part, ce sera dans deux semaines. À moins que ça change encore d’ici là ? Lire la suite

Des clubs de lecteurs en première année? Bien sûr!

Un article d’Isabelle Robert

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En janvier dernier, dans ma classe de première année, nous avons vécu notre deuxième bloc de clubs de lecteurs. Cette fois-ci, nous avons lu des documentaires. Pour m’aider à planifier ce bloc, j’ai relu le livre de Kathy Collins, Reading for Real, j’ai lu le livre de Manon Hébert, Lire et apprécier des romans en classe, j’ai eu des discussions avec mes collègues et je me suis posé la fameuse question : qu’est ce que je veux que mes élèves apprennent lors de ces clubs de lecteurs? Lire la suite

Le bac personnel de l’élève, un indispensable dans l’atelier de lecture

Un article de Marlyn Grant

Dans l’atelier de lecture, l’une des parties les plus importantes est la lecture autonome. Lorsque les enfants lisent seuls, nous pouvons faire des entretiens individuels, alors on veut que tout se passe bien et y consacrer le plus de temps possible. Comme les enfants apprennent à lire en lisant, ils doivent avoir accès à des livres: à une grande variété de livres. Lire la suite

L’atelier, ce n’est pas une recette, mais…

Un article de Martine Arpin

Lorsque j’ai adopté l’atelier d’écriture dans ma classe, plusieurs collègues qui connaissaient les croyances et valeurs qui teintaient déjà ma pratique depuis quelques années se demandaient bien comment je pouvais m’intéresser autant à un ouvrage aussi structurant, ressemblant pour un non-initié à un « guide du maître » avec une recette toute faite. En anglais en plus. Où tout ce que je pouvais dire et faire était scripté. Moi qui avais laissé tomber les manuels scolaires et les cahiers d’exercices depuis longtemps, qui avais toujours de nouvelles idées pour de beaux projets à partir de la littérature jeunesse…

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Le dossier de lecture : un outil essentiel

Un article de Marlyn Grant

Dossier de lecture, duo-tang du sac de lecture, tapis de lecture, pochette du lecteur…En fait, le nom qu’on lui donne importe peu. À nous de choisir ce qui nous ce qui nous convient, ce qui a le plus de sens pour nous et nos élèves. L’important est surtout de bien comprendre à quoi il sert, y mettre les bons outils pour l’élève et l’encourager à l’utiliser.

Qu’est-ce que c’est?

On utilise le dossier de lecture pendant l’atelier de lecture. L’élève le range dans son bac ou son sac de livres. Le lecteur l’utilisera à toutes les périodes de l’atelier. Il y retrouvera certains outils qui l’aideront à lire de façon autonome, mieux se connaitre comme lecteur et réguler ses apprentissages.

À quoi peut-il ressembler?

Différents modèles de duo-tang existent, encore une fois à vous de choisir celui qui vous convient. Pour ma part, j’utilise un duo-tang à pochettes avec un espace pour une couverture personnalisée à l’avant, et des œillets au centre. J’aime bien l’avoir rigide (plastifié), il est plus solide et tient bien dans le bac de mes élèves. Les pochettes à l’intérieur sont pratiques, on peut y mettre des feuilles, des livres, etc, Les œillets au milieu sont essentiels pour y placer les différents outils que je glisse dans une pochette de protection transparente. J’aime bien qu’il soit uni et sans logo. On peut toujours permettre aux élèves de le décorer, surtout si vous avez une ouverture en avant. Je m’assure d’y inscrire : Je suis un lecteur!

 

 

 

 

 

 

À quoi sert-il?

Il permet aux élèves d’avoir sous leurs yeux les stratégies, habitudes et/ou habiletés travaillées en classe. C’est bien les tableaux d’ancrage dans la classe, et même essentiel, mais c’est encore mieux quand chaque élève a ce dont il a besoin, pour lui, spécifiquement. Souvent, j’inscris ce qu’il a à travailler (après un entretien ou un enseignement en petit groupe) sur un post it que je fais sur le moment et que je place dans la pochette de lecture. Il m’arrive aussi d’en préparer à l’avance. Tout pour que ça soit facile à utiliser, et simple de s’y référer. À chaque période de lecture, on doit utiliser le dossier. En début d’année, on veut voir combien de livres nos élèves lisent, j’inscris sur la pochette du duo-tang à gauche « J’ai lu », ils déposent les livres lus, et les empilent. C’est visuel, facile à faire, et on peut voir rapidement combien de livres nos lecteurs lisent. C’est important pour eux car cela encourage le volume de lecture. On prend le temps d’enseigner comment on veut que les lecteurs travaillent avec leur duo-tang. C’est un outil personnalisé.

Quels outils peut-on retrouver dans le duo-tang de lecture?

Je présente chacun des documents que je mets dans le duo-tang. On les lit ensemble, je leur explique comment on les utilise. Il y a un roulement, quand ce n’est plus nécessaire, ils peuvent garder les feuilles à la maison. La plupart sont en lien avec la mini-leçon donnée ou les différentes composantes de la littératie.

  •  Les comptines travaillées en classe
  • L’alphabet
  • Le bouclier des voyelles
  • La liste des prénoms d’élèves de la classe
  • Feuilles avec les stratégies, les habitudes (en lien avec les mini-leçons et genres travaillés : des formats « mini » des tableaux d’ancrage, ou les stratégies pour cet élève seulement)
  • Feuille de motivation
  • Feuille de sons
  • Etc…

On doit s’assurer de ne pas trop mettre d’outils à la fois, et leur rappeler souvent leur importance. On tente de garder le dossier vivant tout au long de l’année.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Comment le présenter?

Le duo-tang de lecture fait partie du bac de livres. Alors, dès que je présente le bac, j’en parle.C’est environ la deuxième ou troisième semaine d’école. Je le présente à tous et je dis que nous allons l’utiliser toute l’année, que c’est outil essentiel et personnalisé à chacun. Il servira à toutes les parties d’atelier de lecture. À la mini-leçon, comme pour l’atelier d’écriture, je demande aux élèves d’apporter leur bac au coin rassemblement, le duo-tang de lecture est dedans. Ensuite, quand c’est le temps de la lecture autonome, ils doivent le consulter et au besoin le laisser ouvert à côté d’eux. C’est la même chose quand ils travailleront avec leur partenaire. Finalement, on en a aussi besoin parfois à la mise en commun, tout dépendamment de ce qu’on fait.

 

 

 

L’envoie-t-on ou non à la maison ?

Je tente l’expérience cette année, je vais envoyer le duo-tang de lecture dans le sac de livres de l’élève chaque jour.  Ainsi, les parents pourront avoir une idée et suivre ce que l’on fait en lecture.

Encore une fois, il s’agit d’un outil essentiel. Ce sont nos lecteurs qui en bénéficieront, ça ne peut que les aider à devenir des lecteurs efficaces et plus autonomes.

À vous de décider à quoi ressemblera le duo-tang de lecture de vos lecteurs !

 

 

Déjà la fin de la maternelle

Un article de Charlotte Therrien

Enseignante à la maternelle Ste-Geneviève, Berthierville

 

L’année scolaire tire à sa fin comme le démontrent mes cernes et l’excitation palpable de mes élèves . Une année de découvertes, d’essais, de grandes réussites, de défis et de plaisir à exercer le plus beau métier. La première année où je me lance à temps plein dans les ateliers d’écriture et de lecture. Et quelle belle année! Jamais je n’aurais pensé voir AUTANT grandir et évoluer mes amis de maternelle. Et désormais, les ateliers de lecture et d’écriture me collent à la peau. Je ne me vois plus enseigner autrement. J’ai revu mes pratiques afin de ne prioriser que celles qui me semblent les plus efficaces. J’ai déjà hâte à la prochaine rentrée pour pouvoir voir l’an deux et toutes les améliorations qui s’en suivront.

Mais pour l’instant, laissez-moi contempler vos progrès mes chers élèves.

Je sais que demain, nous débuterons notre journée avec la lecture autonome (un moment précieux pour mes élèves et moi). Je vous verrai choisir un livre à votre goût et à votre niveau, car vous connaissez désormais votre profil de lecteur. Vous êtes capables de m’expliquer pourquoi vous faites tel choix de lecture et êtes en mesure de me partager vos impressions d’un livre. Je vous entendrai partager votre page wow avec un partenaire et jaser lecture dans un climat permettant aux autres lecteurs de poursuivre leurs découvertes. Vous viendrez me voir avec la fierté dans les yeux parce que vous aurez reconnu un mot fréquent, une stratégie d’auteur ou vous êtes souvenu d’un passage chouchou. Je vous entends dire à quel point un livre vous a appris, fait rire, touché, etc. Des pas de géants qui méritent d’être soulignés.

Quand je repense à septembre, tout à apprendre. Vous, mes amours, n’aviez pas la confiance que je vois dans vos yeux quand la période d’écriture arrive. Maintenant, je vous vois vous préparer à votre table de travail en installant vos rappels d’objectifs et stratégies tout près, pour ensuite relire vos derniers textes pour planifier votre période.  Je vous entends m’expliquer ce que vous prévoyez utiliser comme stratégies dans vos prochains textes. Je vous vois vous référer aux tableaux d’ancrage, aux textes modèles et à vos compagnons de classe. Je vous entends réviser vos textes entre partenaires et tenter de guider l’autre dans sa démarche d’écriture. Mercredi, je vous verrai présenter avec les yeux pétillants vos meilleurs textes à la grande célébration de l’école aux côtés des  »grands » de première et deuxième années. Des textes qui démontrent tout le chemin que vous avez parcouru depuis septembre.

Textes histoires vraies – Avril

 

Et moi dans tout ça? J’ai appris tout autant que vous, sinon plus, cette année. J’ai appris à me faire confiance. J’ai appris que la constance et la rigueur sont les clés du succès des ateliers. J’ai appris à comprendre la structure d’un entretien pour pouvoir mieux vous accompagner. Mais surtout, j’ai appris à voir vos réussites. Arrêter de vouloir absolument un résultat  »impeccable ». Arrêter de mettre mon énergie sur des textes, sur des résultats. J’ai investi mon temps dans des auteurs, dans des lecteurs. Un investissement payant. C’est grâce à ce nouveau regard que j’ai pu voir vos plus belles réussites :

  • réussir à garder votre attention pendant une mini-leçon,
  • avoir une conversation efficace avec un partenaire en lien avec la question posée,
  • résoudre de manière autonome les petits problèmes durant les périodes d’écriture,
  • organiser les milles idées que vous avez dans la tête à la fois,
  • persévérer dans vos réalisations,
  • développer votre propre personnalité d’auteur et de lecteur,
  • écrire des mots en les étirant pour entendre tous les sons,
  • développer votre langage et votre répertoire de mots nouveaux,
  • vous considérer comme capable de réussir
  • et surtout cultiver au quotidien un amour des livres.

Capture d’écran 2019-06-15 à 07.34.57Notre mur de mots construit au fil de l’année scolaire

J’ai désormais dans ma classe 19 auteurs, 19 lecteurs prêts pour la première année. Bravo mes élèves. Je suis si fière de toutes vos réussites. Les enseignant(e)s qui vous auront l’an prochain ne savent pas encore comment vous êtes formidables et inspirants. Bon été mes amours!

 

 

 

 

 

L’importance de la constance et de la rigueur dans les ateliers de lecture et d’écriture

Un article de Marlyn Grant

Cette année, j’ai présenté, l’atelier de lecture et d’écriture à des enseignants, des conseillers pédagogiques, et différents intervenants en éducation. Parfois en conférence, mais aussi par des visites dans ma classe où je peux modeler mes façons de faire. Lors de ces rencontres, j’ai eu plusieurs échanges, questions, commentaires. Une des questions qui revenait le plus souvent était celle en lien avec le nombre de fois qu’on doit présenter les ateliers dans une semaine. Lire la suite

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