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Les ateliers d'écriture et de lecture au primaire

Inspiré de la démarche des Units of Study du TCRWP

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Lecture

L’atelier, ce n’est pas une recette, mais…

Un article de Martine Arpin

Lorsque j’ai adopté l’atelier d’écriture dans ma classe, plusieurs collègues qui connaissaient les croyances et valeurs qui teintaient déjà ma pratique depuis quelques années se demandaient bien comment je pouvais m’intéresser autant à un ouvrage aussi structurant, ressemblant pour un non-initié à un « guide du maître » avec une recette toute faite. En anglais en plus. Où tout ce que je pouvais dire et faire était scripté. Moi qui avais laissé tomber les manuels scolaires et les cahiers d’exercices depuis longtemps, qui avais toujours de nouvelles idées pour de beaux projets à partir de la littérature jeunesse…

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Le dossier de lecture : un outil essentiel

Un article de Marlyn Grant

Dossier de lecture, duo-tang du sac de lecture, tapis de lecture, pochette du lecteur…En fait, le nom qu’on lui donne importe peu. À nous de choisir ce qui nous ce qui nous convient, ce qui a le plus de sens pour nous et nos élèves. L’important est surtout de bien comprendre à quoi il sert, y mettre les bons outils pour l’élève et l’encourager à l’utiliser.

Qu’est-ce que c’est?

On utilise le dossier de lecture pendant l’atelier de lecture. L’élève le range dans son bac ou son sac de livres. Le lecteur l’utilisera à toutes les périodes de l’atelier. Il y retrouvera certains outils qui l’aideront à lire de façon autonome, mieux se connaitre comme lecteur et réguler ses apprentissages.

À quoi peut-il ressembler?

Différents modèles de duo-tang existent, encore une fois à vous de choisir celui qui vous convient. Pour ma part, j’utilise un duo-tang à pochettes avec un espace pour une couverture personnalisée à l’avant, et des œillets au centre. J’aime bien l’avoir rigide (plastifié), il est plus solide et tient bien dans le bac de mes élèves. Les pochettes à l’intérieur sont pratiques, on peut y mettre des feuilles, des livres, etc, Les œillets au milieu sont essentiels pour y placer les différents outils que je glisse dans une pochette de protection transparente. J’aime bien qu’il soit uni et sans logo. On peut toujours permettre aux élèves de le décorer, surtout si vous avez une ouverture en avant. Je m’assure d’y inscrire : Je suis un lecteur!

 

 

 

 

 

 

À quoi sert-il?

Il permet aux élèves d’avoir sous leurs yeux les stratégies, habitudes et/ou habiletés travaillées en classe. C’est bien les tableaux d’ancrage dans la classe, et même essentiel, mais c’est encore mieux quand chaque élève a ce dont il a besoin, pour lui, spécifiquement. Souvent, j’inscris ce qu’il a à travailler (après un entretien ou un enseignement en petit groupe) sur un post it que je fais sur le moment et que je place dans la pochette de lecture. Il m’arrive aussi d’en préparer à l’avance. Tout pour que ça soit facile à utiliser, et simple de s’y référer. À chaque période de lecture, on doit utiliser le dossier. En début d’année, on veut voir combien de livres nos élèves lisent, j’inscris sur la pochette du duo-tang à gauche « J’ai lu », ils déposent les livres lus, et les empilent. C’est visuel, facile à faire, et on peut voir rapidement combien de livres nos lecteurs lisent. C’est important pour eux car cela encourage le volume de lecture. On prend le temps d’enseigner comment on veut que les lecteurs travaillent avec leur duo-tang. C’est un outil personnalisé.

Quels outils peut-on retrouver dans le duo-tang de lecture?

Je présente chacun des documents que je mets dans le duo-tang. On les lit ensemble, je leur explique comment on les utilise. Il y a un roulement, quand ce n’est plus nécessaire, ils peuvent garder les feuilles à la maison. La plupart sont en lien avec la mini-leçon donnée ou les différentes composantes de la littératie.

  •  Les comptines travaillées en classe
  • L’alphabet
  • Le bouclier des voyelles
  • La liste des prénoms d’élèves de la classe
  • Feuilles avec les stratégies, les habitudes (en lien avec les mini-leçons et genres travaillés : des formats « mini » des tableaux d’ancrage, ou les stratégies pour cet élève seulement)
  • Feuille de motivation
  • Feuille de sons
  • Etc…

On doit s’assurer de ne pas trop mettre d’outils à la fois, et leur rappeler souvent leur importance. On tente de garder le dossier vivant tout au long de l’année.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Comment le présenter?

Le duo-tang de lecture fait partie du bac de livres. Alors, dès que je présente le bac, j’en parle.C’est environ la deuxième ou troisième semaine d’école. Je le présente à tous et je dis que nous allons l’utiliser toute l’année, que c’est outil essentiel et personnalisé à chacun. Il servira à toutes les parties d’atelier de lecture. À la mini-leçon, comme pour l’atelier d’écriture, je demande aux élèves d’apporter leur bac au coin rassemblement, le duo-tang de lecture est dedans. Ensuite, quand c’est le temps de la lecture autonome, ils doivent le consulter et au besoin le laisser ouvert à côté d’eux. C’est la même chose quand ils travailleront avec leur partenaire. Finalement, on en a aussi besoin parfois à la mise en commun, tout dépendamment de ce qu’on fait.

 

 

 

L’envoie-t-on ou non à la maison ?

Je tente l’expérience cette année, je vais envoyer le duo-tang de lecture dans le sac de livres de l’élève chaque jour.  Ainsi, les parents pourront avoir une idée et suivre ce que l’on fait en lecture.

Encore une fois, il s’agit d’un outil essentiel. Ce sont nos lecteurs qui en bénéficieront, ça ne peut que les aider à devenir des lecteurs efficaces et plus autonomes.

À vous de décider à quoi ressemblera le duo-tang de lecture de vos lecteurs !

 

 

Déjà la fin de la maternelle

Un article de Charlotte Therrien

Enseignante à la maternelle Ste-Geneviève, Berthierville

 

L’année scolaire tire à sa fin comme le démontrent mes cernes et l’excitation palpable de mes élèves . Une année de découvertes, d’essais, de grandes réussites, de défis et de plaisir à exercer le plus beau métier. La première année où je me lance à temps plein dans les ateliers d’écriture et de lecture. Et quelle belle année! Jamais je n’aurais pensé voir AUTANT grandir et évoluer mes amis de maternelle. Et désormais, les ateliers de lecture et d’écriture me collent à la peau. Je ne me vois plus enseigner autrement. J’ai revu mes pratiques afin de ne prioriser que celles qui me semblent les plus efficaces. J’ai déjà hâte à la prochaine rentrée pour pouvoir voir l’an deux et toutes les améliorations qui s’en suivront.

Mais pour l’instant, laissez-moi contempler vos progrès mes chers élèves.

Je sais que demain, nous débuterons notre journée avec la lecture autonome (un moment précieux pour mes élèves et moi). Je vous verrai choisir un livre à votre goût et à votre niveau, car vous connaissez désormais votre profil de lecteur. Vous êtes capables de m’expliquer pourquoi vous faites tel choix de lecture et êtes en mesure de me partager vos impressions d’un livre. Je vous entendrai partager votre page wow avec un partenaire et jaser lecture dans un climat permettant aux autres lecteurs de poursuivre leurs découvertes. Vous viendrez me voir avec la fierté dans les yeux parce que vous aurez reconnu un mot fréquent, une stratégie d’auteur ou vous êtes souvenu d’un passage chouchou. Je vous entends dire à quel point un livre vous a appris, fait rire, touché, etc. Des pas de géants qui méritent d’être soulignés.

Quand je repense à septembre, tout à apprendre. Vous, mes amours, n’aviez pas la confiance que je vois dans vos yeux quand la période d’écriture arrive. Maintenant, je vous vois vous préparer à votre table de travail en installant vos rappels d’objectifs et stratégies tout près, pour ensuite relire vos derniers textes pour planifier votre période.  Je vous entends m’expliquer ce que vous prévoyez utiliser comme stratégies dans vos prochains textes. Je vous vois vous référer aux tableaux d’ancrage, aux textes modèles et à vos compagnons de classe. Je vous entends réviser vos textes entre partenaires et tenter de guider l’autre dans sa démarche d’écriture. Mercredi, je vous verrai présenter avec les yeux pétillants vos meilleurs textes à la grande célébration de l’école aux côtés des  »grands » de première et deuxième années. Des textes qui démontrent tout le chemin que vous avez parcouru depuis septembre.

Textes histoires vraies – Avril

 

Et moi dans tout ça? J’ai appris tout autant que vous, sinon plus, cette année. J’ai appris à me faire confiance. J’ai appris que la constance et la rigueur sont les clés du succès des ateliers. J’ai appris à comprendre la structure d’un entretien pour pouvoir mieux vous accompagner. Mais surtout, j’ai appris à voir vos réussites. Arrêter de vouloir absolument un résultat  »impeccable ». Arrêter de mettre mon énergie sur des textes, sur des résultats. J’ai investi mon temps dans des auteurs, dans des lecteurs. Un investissement payant. C’est grâce à ce nouveau regard que j’ai pu voir vos plus belles réussites :

  • réussir à garder votre attention pendant une mini-leçon,
  • avoir une conversation efficace avec un partenaire en lien avec la question posée,
  • résoudre de manière autonome les petits problèmes durant les périodes d’écriture,
  • organiser les milles idées que vous avez dans la tête à la fois,
  • persévérer dans vos réalisations,
  • développer votre propre personnalité d’auteur et de lecteur,
  • écrire des mots en les étirant pour entendre tous les sons,
  • développer votre langage et votre répertoire de mots nouveaux,
  • vous considérer comme capable de réussir
  • et surtout cultiver au quotidien un amour des livres.

Capture d’écran 2019-06-15 à 07.34.57Notre mur de mots construit au fil de l’année scolaire

J’ai désormais dans ma classe 19 auteurs, 19 lecteurs prêts pour la première année. Bravo mes élèves. Je suis si fière de toutes vos réussites. Les enseignant(e)s qui vous auront l’an prochain ne savent pas encore comment vous êtes formidables et inspirants. Bon été mes amours!

 

 

 

 

 

L’importance de la constance et de la rigueur dans les ateliers de lecture et d’écriture

Un article de Marlyn Grant

Cette année, j’ai présenté, l’atelier de lecture et d’écriture à des enseignants, des conseillers pédagogiques, et différents intervenants en éducation. Parfois en conférence, mais aussi par des visites dans ma classe où je peux modeler mes façons de faire. Lors de ces rencontres, j’ai eu plusieurs échanges, questions, commentaires. Une des questions qui revenait le plus souvent était celle en lien avec le nombre de fois qu’on doit présenter les ateliers dans une semaine. Lire la suite

Lancer le club des chercheurs (On apprend à propos du monde en lisant…)

Un article de Marlyn Grant

Au printemps, depuis quelques années, j’enseigne à mes élèves à lire et à écrire des textes informatifs sous forme de recherche. J’ai l’impression d’avoir peaufiné cette façon de faire au fur et à mesure de tout ce que j’apprends sur l’enseignement de la lecture et de l’écriture. Cette année, j’ai combiné mes connaissances et mon expérience sur les clubs de lecture avec le côté recherche, car sans clairement l’identifier, c’était sous cette forme que je le faisais déjà avant. Pendant deux semaines, je délaisse les ateliers de lecture et d’écriture plus formels pour me concentrer sur cette différente structure.

La semaine avant de commencer le club de chercheurs, on doit s’assurer de faire circuler des livres d’information plus qu’à l’habitude, soit par le biais des bacs de tables, des bacs personnels des élèves et aussi par la lecture à voix haute. L’idéal est d’avoir travaillé les textes informatifs dans les ateliers d’écriture et de lecture pendant l’année.

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La jasette du livre: une composante qui supporte les ateliers de lecture et d’écriture

Un article de Marlyn Grant

J’aime aller visiter des classes. Je trouve que c’est l’un des meilleurs moyens pour apprendre et faire grandir les idées. Passer la journée dans l’environnement d’une autre enseignante avec qui je partage des affinités pédagogiques, m’imprégner du lieu, de l’ambiance, voir sa structure, ses façons de faire… Chaque fois, j’en ressors avec de bonnes idées pour améliorer ce que je fais. Dans les classes d’Annie et de Julie, j’ai eu la chance d’assister à la jasette du livre.  Ça a piqué ma curiosité et j’ai décidé de l’essayer.

C’est une activité sympathique, pas compliquée et enrichissante pour les lecteurs/auteurs, qui s’insère facilement dans une routine de classe. C’est une façon invitante de commencer la journée et de faire le transfert des apprentissages. C’est aussi une bonne occasion d’intégrer les compétences à réagir aux textes et à apprécier des œuvres littéraires.

Qu’est-ce que la jasette du livre ?

Ce sont des discussions entre les élèves qui sont peu dirigées, plutôt informelles, à propos des livres qu’ils lisent. Chaque jour, la structure reste la même, ce sont les propos qui changent. La discussion est soutenue à l’aide de tableaux d’ancrage et de rétroactions. Les élèves parlent entre eux des livres qu’ils ont lus la veille à la maison. Pour ma part, mes élèves apportent à la maison deux livres chaque soir. Ces livres sont de différents genres, nivelés ou non. Je leur enseigne explicitement comment on fait et comment on est pendant la jasette à l’aide de mini-leçons que je fais environ une fois par semaine. Ces leçons seront axées sur les différents sujets qu’on peut aborder avec nos copains et les comportements attendus. Depuis que j’ai commencé la jasette du livre dans ma classe, je trouve qu’ils savent maintenant comment discuter de livres de façon autonome. Ils ont un certain bagage, entre autres grâce à l’atelier de lecture et d’écriture et tout le travail fait avec les partenaires et les clubs de lecture.

Voici donc une façon originale et accessible de travailler l’oral en classe.

Ça s’adresse à qui ?

On peut faire la jasette du livre à tous les âges. Bien entendu, l’évolution de la discussion et la profondeur des propos varieront. Et imaginez un instant si tous les niveaux d’une même école le feraient, wow !!

 

Ça sert à quoi ?

La jasette du livre peut nous aider ou sert à développer différents aspects comme :

Développer le langage oral

Provoquer une discussion autour des livres

S’exprimer, échanger

Donner son opinion

Parler entre copains

Choisir de quoi l’on veut parler

Poser des questions

Formuler des réponses

Connaître plus de livres

Développer notre vocabulaire,

Utiliser le livre pour prouver nos propos

Faire le rappel de notre livre

Discuter avec plusieurs personnes, avec quelqu’un d’autre que leur partenaire

Connaître les goûts de ses copains

Développer leurs goûts personnels

Entendre parler de livres vers lesquels les élèves ne seraient pas nécessairement attirés

Etc.

La jasette du livre encourage la lecture à la maison, car les élèves sont redevables, ils devront parler de leur livre chaque matin et échanger avec un autre élève. J’explique aux parents ce qu’est la jasette du livre dans le plan de travail, ou à la rencontre de début d’année, et leur demande de discuter eux aussi avec leur enfant.

On fait ça comment et à quel moment ?

Habituellement, la jasette du livre est la première chose qu’on fait le matin en classe. Certaines classes accordent 5 minutes environ, chaque jour,  en demandant aux élèves de cibler un seul aspect de discussion parmi les choix qui s’offrent à eux. Cela évite aussi les dérives dans les discussions ou d’avoir à gérer des comportements. Quand on sait qu’on a peu de temps, on va droit au but et l’on n’a pas le temps de se désorganiser. Comme ils aiment bien la jasette, et qu’elle devient vite populaire, ils se dépêchent à se déshabiller et faire leur routine du matin. Ils sont disponibles, et comme ils ont lu leurs livres le soir avec leur parent, ils sont prêts à en discuter. Mes élèves apportent leur pochette de livres au coin rassemblement et s’installent à côté d’un copain, ils ont le choix des partenaires. Évidemment, on veut qu’il fasse seul les bons choix, et si cela leur a bien été enseigné (grâce à l’atelier d’écriture et de lecture),  vous n’interviendrez pas souvent. Par contre, j’insiste pour qu’on ne se place pas toujours avec la même personne tous les matins. Ils peuvent jaser à 2 ou à 3. Ma collègue leur demande de jaser à quatre. De cette façon, elle les prépare pour le club de lecture. Dans d’autres classes, ils sont à une table et discutent avec la personne près d’eux. Dans ma classe, ils peuvent jaser maximum 15 minutes, j’utilise la minuterie.

À quelle fréquence ?

En première année, je commence en janvier, environ 3 à 4 matins par semaine. Je les prépare à parler de leurs livres à partir du premier jour de classe, mais je commence la jasette du livre enseignée seulement après Noël. Je considère que j’ai eu du temps pour leur enseigner à parler de leurs livres. De plus, ils lisent beaucoup plus, et leurs livres sont plus intéressants pour la discussion. Dans les classes de 2e année que j’ai visitées, ou chez les plus grands, cette routine de la jasette du livre est instaurée dès le début de l’année. Les enseignantes remarquent des bénéfices lors des clubs de lecture ou quand, en écriture, les élèves doivent écrire des lettres d’opinion sur les livres qu’ils lisent. Ils ont déjà un bagage à l’oral tellement important pour faciliter le passage à l’écrit.

Quel est le rôle de l’enseignant pendant les discussions ?

Je prends le temps de les écouter parler, parfois je participe à la discussion, ou j’en repars une autre. À d’autres moments, je les aide à rester concentrés et je leur murmure parfois quoi dire à leur interlocuteur quand je sens qu’ils ne savent plus trop quoi dire ou quoi répondre. On peut discuter de la façon dont les conversations qu’ils ont pendant la jasette du livre les aident en tant que lecteur, dans l’atelier de lecture et d’écriture, dans le club de lecture, pour la lecture partagée et à voix haute. En entretien de lecture, on peut revenir sur des propos qu’on a entendus, aller plus loin avec un livre. J’apprends aussi à connaître mes élèves, leurs goûts, leur opinion. Je suis aussi responsable de varier les sujets de discussion selon le temps de l’année, le module en cours, les stratégies enseignées ou à enseigner…  Je décide aussi parfois de fournir à certaines équipes des versions réduites du tableau d’ancrage pour les guider. Je l’envoie aussi parfois aux parents pour leur donner des pistes d’accompagnement pour la lecture à la maison.

 

 

 

 

 

 

La dernière partie de la jasette

Je termine toujours la jasette du livre par quelques questions et échanges. Je les questionne, leur demande de quoi ont-ils parlé, ce qu’ils ont appris, etc. On discute ensemble, ils nous montrent leur livre, la page ou l’endroit de ce dont ils parlent. J’en profite pour revoir avec eux les différents sujets possibles lors de leur discussion et les invite à varier. Je les piste parfois pour le lendemain. Dans d’autres classes, la jasette se termine en choisissant le passage où le livre dont ils discuteront le lendemain, sans discussion supplémentaire. Cela dépend du choix de l’enseignant concernant le but de ce moment, du temps disponible et de différents facteurs. Un retour n’est pas toujours nécessaire si les élèves sont en discussion et l’enseignante participe aux échanges quotidiennement. Mais il peut aussi parfois être intéressant de souligner à voix haute les comportements d’échanges efficaces et productifs, autant que les discussions riches, ne serait-ce que pour encourager les élèves à continuer et à reproduire ces bons coups.

 

Petits trucs pour que ça fonctionne

 Être présent, participer, leur faire voir que ça vous intéresse.

Avoir un coin rassemblement, ou du moins cibler un endroit qui sera toujours le même

Insister pour changer chaque jour de question ou de sujet de discussion

Reprendre leurs propos, citer ce que vous avez entendu… ou ce que vous aimeriez entendre

Permettre aux élèves qui sont parfois seuls de relire leur livre, d’écouter les autres ou de se joindre à une équipe en place.

Mettre en évidence les tableaux d’ancrage

Au besoin, arrêter pendant quelque temps pendant l’année, et reprendre plus tard

La jasette du livre s’intègre bien dans un programme de littératie équilibré et à la routine de classe, elle fait partie du développement de la compétence à communiquer oralement. Elle soutient aussi toutes les facettes de la compétence à lire et à écrire. Encore une fois, nous voulons développer des lecteurs efficaces, engagés et qui adorent lire !!

 

Enseigner la lecture à un petit groupe: la leçon de stratégie

Un article d’Isabelle Robert

On connaît la puissance de l’enseignement différencié.  La structure de l’atelier de lecture permet d’organiser des entretiens individuels ainsi que du travail en petits groupes. En effet, juste après la mini-leçon au groupe-classe, la lecture indépendante s’organise ainsi que les entretiens et le travail en petits groupes. Il n’y a rien de mieux pour offrir un enseignement sur mesure et ainsi faire progresser nos lecteurs.

Lecture guidée, lecture partagée, leçon de stratégie… Il existe plusieurs façons de travailler la lecture avec un petit groupe d’élèves (généralement composé de 4 élèves). Aujourd’hui, je vous présente la leçon de stratégie.

 

La leçon de stratégie

 La leçon de stratégie offre du temps aux élèves pour pratiquer une nouvelle stratégie ou revoir une stratégie déjà enseignée.  Elle peut aussi servir à présenter une stratégie qu’on prévoit bientôt introduire à la classe. Parfois, c’est une stratégie que l’on a travaillée lors d’une mini-leçon, de la lecture partagée, de la lecture à voix haute ou de l’étude de mots. D’autres fois, c’est pour venir apporter du soutien aux lecteurs dans le transfert d’une stratégie dans leurs propres livres. C’est souvent lors des entretiens individuels qu’on aura remarqué ce besoin.

Dans ces petits groupes, les élèves auront donc la chance de pratiquer une stratégie ciblée tout en recevant le support nécessaire de l’enseignant qui les guidera, pas à pas, pour qu’ils puissent le faire de façon indépendante.  Pour y arriver, il faudra donc prévoir une séquence de rencontres (3 ou 4), car comme toute chose,  c’est en pratiquant plus d’une fois que les enfants ont le plus de chance d’intégrer la stratégie et d’être efficace dans la pratique autonome.

Quand on rencontre le petit groupe d’élèves pour travailler une stratégie en particulier, on utilisera souvent une démonstration claire et concise. Ensuite, la pratique guidée sera l’élément clé afin que, graduellement, l’élève prenne en charge ce qu’on lui enseigne. Ce que l’on vise est que celui-ci puisse utiliser efficacement la stratégie, et ce, de façon indépendante. On songera donc réduire le support à chaque rencontre pour l’amener vers cette indépendance.

Voici quelques conditions gagnantes pour amener les élèves vers la pratique autonome

  • Maintenir une structure de la période de travail prévisible.
  • Être explicite,faire une démonstration efficace, donner des consignes simples et claires pendant la pratique guidée.
  • Se montrer flexible et à l’écoute des besoins de chacun des élèves pour relâcher graduellement le support au fil des rencontres.

 

La structure de la leçon de stratégie

Lorsque le reste du groupe est en lecture indépendante, on se prépare donc au travail en petit groupe. Tout comme la mini-leçon ou l’entretien, ce travail en petit groupe respecte une structure prévisible :

Connexion et compliment : Pour lancer la période de travail, il est est important d’orienter les élèves sur ce qu’ils feront aujourd’hui en nommant pourquoi ils sont rassemblés.  Ensuite, le temps est venu de faire un compliment afin de renforcer une habileté qu’ils réussissent bien (être précis en nommant cette habileté). Carl Anderson nous rappelle qu’il est aidant de faire un compliment en lien avec la stratégie que l’on souhaite travailler aujourd’hui. Par exemple : « J’ai remarqué que pour lire les nouveaux mots, vous travaillez fort à regarder du début à la fin des mots et à faire le bruit de chacune des lettres. Bravo! C’est une bonne stratégie! Aujourd’hui, je vais vous enseigner qu’il est très aidant de lire les mots partie par partie au lieu de lire lettre par lettre.  Couper les mots en syllabes pourrait vous aider à lire encore plus de nouveaux mots car, souvent, certaines parties de mots doivent être lues ensemble. »

Et comme dans l’exemple ci-haut, après avoir complimenté les élèves, on doit nommer clairement la stratégie qui sera travaillée aujourd’hui.

Enseignement : Le moment est venu de montrer « comment » y arriver. Une stratégie est en fait une procédure pour aider les élèves à arriver à un but spécifique, une grande habileté. Pour enseigner, plusieurs options s’offrent à nous : une courte démonstration, une pratique partagée (en utilisant un court texte de lecture partagée), donner une explication ou un exemple…. Il est important de bien choisir la méthode d’enseignement en considérant le degré de support nécessaire.  On veut être explicite et concis à la fois.  Voici un tableau qui présente des méthodes d’enseignement possibles :

Degré de support Quand choisir cette méthode

Énoncer seulement la stratégie

Léger

-Nous avons pratiqué cette stratégie ensemble avant.

-Je viens juste de démontrer la stratégie dans la mini-leçon.

-Je connais mes élèves et ils sont prêts à commencer si j’offre juste un peu de soutien avant.

Donner une explication et un exemple

Moyen

-Les élèves ont besoin de rappel rapide de la stratégie, mais n’ont pas besoin de démonstration supplémentaire.

-Je veux allouer plus de temps à la pratique guidée, mais je ne crois pas qu’énoncer seulement la stratégie sera suffisant.

-Je connais mes élèves et l’expérience me dit que pour ces élèves, une explication ou un exemple est suffisant pour qu’ils le fassent par eux-mêmes.

Pratiquer la stratégie sur un court texte partagé Moyen-fort

-Les élèves ont réussi à la faire dans la partie Engagement de la mini-leçon (texte partagé), mais ont besoin de soutien pour transférer. Je veux donc poursuivre sur ce qu’ils ont fait avec succès.

-Je connais mes élèves et je sais qu’après un travail sur un texte partagé, ils se débrouillent bien.

Faire une démonstration tout en réfléchissant à voix haute.

Fort

-J’enseigne une nouvelle stratégie.

-J’ai déjà fait une démonstration de la stratégie auparavant, mais en utilisant un texte plutôt différent de leur niveau de lecture de ces élèves, car ils ont un niveau de lecture vraiment différent des autres élèves.

-Je crois que les élèves bénéficieraient d’une autre démonstration de la procédure accompagnée de la réflexion à voix haute.

-Je connais mes élèves et je sais qu’ils se débrouillent bien après une démonstration.

Tiré de Teaching Reading in Small Groups de Jennifer Saravallo, 2010

 

Engagement : C’est la partie à laquelle on accorde le plus de temps. Dès maintenant, il faut coacher les élèves dans la pratique de la stratégie dans leurs propres livres de lecture indépendante. On peut dire : « Maintenant, c’est le moment d’essayer la stratégie dans votre propre livre. » On peut aussi fournir un texte si on croit qu’ils n’auront pas assez l’occasion de pratiquer la stratégie dans leurs propres livres.  Ici, on est à l’écoute de la manière dont chacun s’y prend et on réagit de façon à guider et supporter chacun, de façon individuelle, selon les besoins. On donne plus de soutien à celui qui en a besoin le plus et on soutient juste assez ceux ou celui qui ont moins besoin d’aide. Bref, on donne un soutien « juste parfait » pour que chacun pratique la stratégie dans leur propre livre. On garde en tête que l’on vise la pratique indépendante et que chacun a son propre rythme. On cherche à ce que les quatre élèves travaillent fort, sans s’occuper du travail du voisin et des consignes qui sont adressées aux autres élèves. Cette pratique guidée est du temps de qualité où l’élève travaille à utiliser une stratégie, tout en ayant l’enseignant à ses côtés, à l’écoute pour lui offrir le bon soutien.

Il est important que les consignes données à chacun correspondent au niveau de support dont il a besoin.   Voici une stratégie de lecture et des exemples de consignes. Cette courte liste est ordonnée en commençant par un niveau de support élevé à un niveau de support plus léger.

Lire des mots de plus en plus complexes en segmentant 

  • Tu as lu la première syllabe, maintenant lis la prochaine.(L’enseignante peut montrer comment segmenter).
  • Est-ce que tu as vérifié si toutes les parties du mot sont correctes?
  • Regarde de près ce mot en vérifiant chaque partie.
  • Qu’est-ce que tu as fait pour t’aider?

 

Lien : La période de travail se termine en invitant les élèves à faire ce qu’ils ont pratiqué durant cette période de travail, mais cette fois-ci, seul dans leur espace de lecture autonome. Il est important que les élèves sachent exactement à quoi on s’attend. Pour aider les élèves à s’en rappeler, on peut remettre un papillon adhésif ou un signet qui illustre la stratégie ou bien, pour les plus vieux, ils peuvent garder une trace dans leur carnet de lecture de ce qu’ils doivent continuer de travailler. Ils pourront donc poursuivre ce travail de façon indépendante, en transférant ce qu’ils ont appris aujourd’hui dans la lecture qu’ils feront dans les jours à venir.

Une période de travail en petit groupe dure environ 10 minutes. Il est important que les élèves qui participent à un travail en petit groupe puissent aussi avoir du temps de lecture individuelle.

Afin d’orienter nos décisions lors de la planification de nos interventions menant graduellement  les élèves à la pratique indépendante de la stratégie, ce tableau est vraiment intéressant.

La prise de décision à trois niveaux menant les élèves vers la pratique indépendante
Avant le travail en petit groupe Pendant le travail en petit groupe Au fil du temps
Quelle méthode d’enseignement utiliserez-vous?

·      Démonstration

·      Pratique partagée

·      Exemple/explication

·      Énoncer la stratégie

Quel sera le niveau de support des consignes données à l’élève?

·      Élevé

·      Moyen

·      Léger

Combien de fois ce groupe d’élèves sera rencontré?

Comment allez-vous continuer à soutenir les élèves au fil du temps?

Comment allez-vous soutenir le transfert vers d’autres livres?

Tiré de Teaching Reading in Small Groups de Jennifer Saravallo, 2010

Travailler en petit groupe avec une structure claire et prévisible aide à travailler de façon plus efficace que de mener plusieurs entretiens individuels portant sur la même stratégie.  Nous accordons de l’attention à chacun d’eux, de façon personnalisée tout au long de la partie Engagement de la période de travail. Puisque nous intervenons avec l’un et l’autre, on peut varier nos consignes en offrant le degré de support  « juste parfait » pour l’élève. De plus, cette structure permet à l’élève d’avoir du temps de pratique près de nous pendant qu’on supporte un autre élève et avant que l’on revienne à lui.

Avec cette structure prévisible,  une méthode d’enseignement bien choisie et des interventions sur mesure, voilà une petite période de travail vraiment efficace à mener à l’intérieur même de la période de l’atelier de lecture.

 


Pour aller plus loin :

Jennifer SarravalloTeaching Reading in Small Groups,Heinemann, 2010

Jennifer Sarravello, Le grand livre des stratégies de lecture, Chenelière Éducation, 2015

 

 

La lecture répétée d’albums, pour les lecteurs en émergence

Un article de Diane Bernier-Ouelette

En juin dernier, j’ai passé une semaine à approfondir l’enseignement à la maternelle avec Shanna Schwartz, une leadeur principale pour les classes de la maternelle à la 2e année au Teachers College, et Marie Mounteer, une enseignante du préscolaire qui offre du perfectionnement pédagogique au Teachers College. Bien que certaines des pratiques présentées au cours de la semaine ressemblent à ce que nous tentons d’implanter dans les écoles de ma province, il y en a deux qui étaient nouvelles à mes yeux et qui m’ont semblé avoir un grand potentiel pour les élèves de nos écoles situées dans un contexte linguistique minoritaire : « La lecture répétée d’albums pour lecteurs en émergence » et « Raconter des histoires à l’oral » (Storytelling, dont il sera question dans un autre article).  Les deux pratiques sont bien sûr également pertinentes pour les élèves d’un contexte majoritaire. Lire la suite

Le club de lecture

Un article de Marlyn Grant

Quel plaisir de partager avec vous ce que j’ai appris cet été sur les clubs de lecture. J’ai eu la chance d’assister à une formation avec Kathy Collins à ce sujet et j’ai lu son livre Reading for real (2007).

Même si mon expérience se situe surtout au niveau théorique, j’ai travaillé à la préparation d’un premier club de lecture avec ma collègue de 3e année et ensuite, je l’ai expérimenté avec ma classe. Lire la suite

Partenaires de lecture en vedette!

Un article d’Isabelle Robert

Chaque jour, on lit. Chaque jour, on discute de lecture, de livres. Je considère que l’un ne va pas sans l’autre pour cultiver le goût de la lecture chez mes élèves. Mes élèves sont en première année, alors ils ont beaucoup à apprendre à cet égard. Tout d’abord, je m’assure d’être un modèle de lectrice inspirant pour eux. Je parle de mes lectures, de mes habitudes, de mes amies qui me suggèrent des livres, de mes visites à la bibliothèque ou à la librairie, de mes conversations littéraires avec mes amis lecteurs, de mes coups de cœur, de mes découvertes, du prochain livre que je lirai…   Lire la suite

Des lecteurs pour la vie

un article de Martine Arpin

École Normale de Leuze-en-Hainaut, Belgique. Un vendredi matin d’octobre, 10h15.

Je suis attendue avec Yves Nadon pour rencontrer des étudiants en dernière année de Bac. Ils seront bientôt enseignants et nous allons parler écriture dans le cadre de l’un de leur cours. C’est le cinquième groupe que je rencontre en quatre jours. Quatre jours intenses et bien remplis: des étudiants, des enseignants, des professeurs, des éditeurs, des chercheurs. Je suis encore un peu  sous l’effet du décalage. J’ai déjà goûté les frites, les speculoos, les cuberdons et les chocolats, admiré La Grand-Place et la statue de Martine, écouté la légende du Manneken Pis, visité une librairie (la chouette Point Virgule de Namur) à la découverte d’auteurs et illustrateurs belges, visité le salon du livre jeunesse et rencontré avec plaisir Sophie, Élodie, Amandine, Jannique, Joseph, Marie-Luce, Christian, Angélique, Maude, Patricia et les autres : des enseignants et pédagogues extraordinaires et dynamiques. Avant-dernière rencontre, donc, de cette semaine riche en échanges et en découvertes. Lire la suite

Mon début d’année en lecture

Un article de Marlyn Grant

 

Voici comment je compte commencer l’enseignement de la lecture cette année dans ma classe. Un peu différemment de l’an passé, car j’ai appris de nouvelles choses et j’ai un nouveau groupe à considérer.

Première journée, premier livre : Faire le bon choix !

La première lecture est celle qui donnera le ton à l’année qui vient. C’est Lucy Calkins qui m’a fait réfléchir à l’importance de ce premier livre, celui qui amorcera le début d’une année en lecture. Choisir ce livre est souvent un défi pour moi. Je me questionne, je change d’idée et parfois, je me décide le matin même. Lire la suite

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