Série Réflexions pédagogiques en temps de pandémie

Un article de Martine Arpin

Lors de la conférence d’ouverture de l’institut sur l’enseignement virtuel du Teachers College, Lucy Calkins affirmait : « Nous vivons un moment sans précédent. Nous sommes tous surchargés. Plusieurs districts ont peur d’en demander aux enseignants. Mais si croyez que ça n’arrivera pas (enseigner à distance et soutenir les familles), ça n’arrivera pas. On doit prendre des risques. On doit croire que c’est possible. On doit faire les choses autrement. La communauté de l’école doit et va changer. »

C’est en ce moment que les élèves et les familles ont besoin de nous, plus que jamais. On doit réimaginer et réinventer l’école, mais aussi nos pratiques et nos relations avec les familles. L’école, les collègues, les familles et la société ont besoin que nous soyons positifs. NOUS avons besoin d’être positifs. Moi, en tout cas, j’ai besoin de positif!

Les familles sont surchargées, alors il faut penser à notre contribution dans une optique de soutien aux familles, un baume sur cette surcharge. Au lieu d’avoir entre les mains un buffet  de possibilités dont ils doivent prendre connaissance puis trier, choisir, préparer et animer, le moment où l’enseignant gère tout cela ne serait-il pas une bénédiction pour les parents? Plutôt que d’ajouter de la pression (même involontaire) en proposant une foule d’activités non obligatoires, pourquoi ne pas voir la prise en charge de l’enseignant et de l’école comme un poids de moins à gérer pour les familles?

Alors, comment soutenir les familles?

Quand on parle de l’enseignement virtuel, on pense au quoi (qu’est-ce qu’on peut enseigner, quoi faire qui sera le plus bénéfique aux élèves en ce moment, émotivement et pédagogiquement, et à long terme) et au comment (comment vais-je arriver à faire cela, comment joindre toutes les familles). Mais comme bien des changements de pratique, la première question à se poser est d’abord POURQUOI? Et des réponses à cette question découleront les décisions que nous prendrons ensuite.

La hiérarchie des besoins des enfants est présentement bousculée. L’apprentissage n’est pas impossible si les besoins de base ne sont pas comblés, mais la Pyramide de Maslow, élaborée, entre autres, pour expliquer la motivation, même si elle n’est pas infaillible, peut nous aider à comprendre l’importance de nos interventions, ce sur quoi nous avons une prise, peu importe les besoins prioritaires des enfants en ce moment, qui seront différents pour chacun.

Vidéo pour une explication intéressante de la motivation par la Pyramide de Maslow:

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Pour certains, le lieu sécurisant (l’école et la classe) n’est plus accessible. Nous devons être sensibles à cela. Bien sûr, tout ne repose pas sur le dos des enseignants. L’équipe-école, les professionnels, tous peuvent être mis à contribution pour soutenir les besoins physiologiques et de sécurité. Nous connaissons les familles, nous connaissons les milieux. Nous devons poursuivre les interventions en ce sens. Des écoles organisent déjà des distributions de repas. Des professionnels sont déjà en contact avec des familles ciblées, dans certains milieux. La présence (virtuelle, par téléphone ou par courrier) de l’enseignant contribue aussi au sentiment de sécurité de l’enfant. Même pour les enfants qui ne sont pas en danger dans leur milieu, ne pas pouvoir aller au parc, ne pas voir ses grands-parents, le changement de routine, tout ça peut créer un sentiment d’insécurité. Notre visage, nos sourires, notre façon de leur dire : « Je suis là! » contribue à renforcer le sentiment de sécurité.

Un enseignant, temps de crise ou pas, a un fort impact sur le comblement des besoins d’appartenance et d’amour, d’estime, et d’accomplissement de soi des enfants qu’il côtoie chaque jour. Ce sont sur ces aspects que nous avons une prise en ce moment : en recréant la communauté de la classe, ou quelque chose qui pourrait lui ressembler, en félicitant et complimentant leur travail et leurs efforts, en choisissant des lectures qui permettent de continuer à réfléchir sur leur identité, leurs différences, l’acceptation de soi (Dépareillées, M-F. Hébert, La bagnole, Le  garçon invisible, T. L’Edwige, D’Eux, Boris Brindamour et la robe orange, C. Baldacchino, Bayard, par exemple) et en leur permettant de continuer à apprendre, à grandir et à se dépasser, différemment.

Notre présence est donc importante pour les enfants, et pour leur famille aussi. Après avoir ciblé les valeurs à la base de nos interventions (le soutien, la relation et les apprentissages signifiants), nous pouvons déterminer ce que nous allons faire et la façon dont nous allons le faire :

  • Offrir différents formats pour joindre toutes les familles.
  • Établir une constance : les enfants et les familles bénéficieront d’une constance, car elle est rassurante et structurante. « Je sais que mon enseignant va m’appeler!»
  • Proposer un horaire pour permettre de structurer le travail à la maison et apporter une certaine stabilité (consulter les parents, faire un retour après deux semaines, se réajuster. Penser à un temps raisonnable : ils travaillent de la maison, ils ont plus d’un enfant. Être conscients que pour la plupart, le temps que les enfants passent avec nous est un temps où les parents n’ont pas à gérer leur enfant!)
  • Aider à favoriser une structure d’apprentissage qui recréera les valeurs qui sont importantes dans la classe, en donnant aux enfants une voix et des choix. On pourra favoriser l’engagement en enseignant aux parents, explicitement ou par nos interventions auprès des enfants, la notion de choix : choisir ce qu’ils vont écrire, où ils vont écrire, à qui ils vont écrire, ce qu’ils vont lire, où ils vont lire, à qui ils vont lire. (Par exemple une leçon sur le plan de lecture).
  • Favoriser l’engagement en partant des intérêts personnels des enfants pour proposer des activités stimulantes (lire des informations sur les animaux sur le site d’un zoo et faire une liste de nouvelles informations apprises, lire une recette et se filmer en cuisinant à la manière d’une émission de télévision, lire des instructions pour un bricolage pour nos petits artistes…
  • Préparer des capsules écrites aux parents, envoyées par courriel ou sous forme de tableaux d’ancrage.

 

  • Animer des vidéoconférences (Crédit photo Émilie C. maman de Loïc D.)

  • Enregistrer de courtes vidéos (destinées aux enfants) pour donner en même temps des pistes aux parents : des idées pour travailler l’orthographe, des idées pour se préparer à la lecture, des idées pour s’organiser à la maison. (D’autres proposent directement des enregistrements réservés aux parents).

Lien pour la vidéo organisationnelle Une boite d’apprentissages:

 

À la lumière de tout ce que nous savons, de ce que nous vivons présentement, et disons-le, puisqu’il semble qu’il faille ne compter que sur nous-mêmes présentement, comment faire en sorte que chacun de nous, enseignantes et enseignants, conseillers pédagogiques, orthopédagogues, personnel professionnel, directions et autres collègues de nos écoles puissions contribuer au soutien de nos élèves et de leurs familles, de façon positive et dans un souci d’alléger la charge qui pèse présentement sur elles?

Quelles promesses pouvons-nous faire aux enfants et à leur famille? Comment les tiendrons-nous? Il faut voir la pédagogie autrement, être réactifs et agir, afin que les enseignants puissent être des enseignants, et les parents, des parents, pour que l’école reprenne sa place de soutien à l’enfant et aux familles et ne devienne pas un problème de plus à gérer.

Réflexions personnelles alimentées par ma participation à l’institut virtuel : Rising to the Challenge, Teaching Litteracy Virtually and with Magic, Teachers College Reading and Writing Project, 8 au 10 Avril 2020.