Un article de Marlyn Grant

Cette année, j’ai présenté, l’atelier de lecture et d’écriture à des enseignants, des conseillers pédagogiques, et différents intervenants en éducation. Parfois en conférence, mais aussi par des visites dans ma classe où je peux modeler mes façons de faire. Lors de ces rencontres, j’ai eu plusieurs échanges, questions, commentaires. Une des questions qui revenait le plus souvent était celle en lien avec le nombre de fois qu’on doit présenter les ateliers dans une semaine.

Ces questions ressemblaient à…

  • Combien de fois par semaine fais-tu les ateliers ?
  • Est-ce qu’on est obligé de le faire tous les jours ?
  • Combien de modules fais-tu pendant l’année ?

Et surtout…

  • Comment faire pour y arriver ?

Il n’y a pas de réponse unique et parfaite à cette question.

Selon Lucy Calkins, on doit faire l’atelier tous les jours si on veut en voir le plein potentiel.

Si l’approche est nouvelle pour vous, vous pouvez décider de ne faire qu’un module dans l’année, mais le faire en entier et à tous les jours en continu. Les modules ne doivent pas durer plus de 4 à 5 semaines. Il y a un rythme, une gradation entre les leçons, voilà pourquoi c’est préférable d’en faire tous les jours. D’autres raisons s’ajoutent à cela. Si on n’en fait pas tous les jours ou qu’on étire un module :

  • Baisse de motivation des élèves (et parfois aussi de l’enseignant)
  • Les idées se perdent, l’enseignement aussi
  • Diminution de l’engagement (de l’enseignant et des élèves
  • Perte du rythme, des habitudes et de l’autonomie

Ce que je remarque aussi dans mes rencontres, c’est que les enseignants commencent souvent par implanter l’atelier d’écriture parce que le papier et les crayons ça ne coûte pas cher, et comme nos gouvernements bonifient très peu les budgets pour les bibliothèques de classe, c’est plus facile de commencer par celui-ci. Cela n’enlève pas l’importance de l’atelier de lecture, évidemment, mais permet peut-être de changer ses pratiques petit à petit, une chose à la fois.

Je  peux vous dire que je n’ai pas commencé par tout faire. La première année, ce n’était que l’écriture, en fait presque. On arrivait de New York et on était en FEU ! Les modules de l’atelier de lecture n’étaient pas encore prêts. Par la suite, les modules en lecture sont sortis et je les ai combinés avec ce que je faisais déjà en lecture. J’ai tenté du mieux que j’ai pu de tout faire avec mes collègues, mais parfois je sautais des parties, je modifiais de petites choses, bref je tentais de m’approprier cette nouvelle philosophie. Au fil des ans, j’ai mieux compris que certaines choses sont fondamentales : ne pas sauter des parties de leçon et ni de leçons, ne pas tenter de dire tout le verbatim, ce qui, de toute manière, n’est pas possible, je me suis ajustée et encore aujourd’hui, rien n’est parfait, mais mes élèves écrivent et lisent tous les jours, évoluent et ils sont convaincus qu’ils sont des auteurs et des lecteurs. Je peux dire que toutes les années j’améliore, je vais plus loin, je comprends mieux la structure. Il faut donc faire le saut, et ce même si on ne connait pas tout, surtout ne pas attendre d’être parfait. Et au fil des leçons, vous allez vous améliorer, vous allez apprendre à mieux connaître la structure, les modules.

Une façon de faire

Idéalement, pour commencer, on doit faire le choix du genre qu’on veut enseigner [narratif, informatif, opinion], ensuite on choisit le module. Parfois, on devra prendre un module de niveau inférieur au nôtre, surtout si nos élèves n’ont jamais fait les ateliers avant. Si on ne sait pas trop, on peut débuter par le module de narration, car c’est un genre que les élèves connaissent bien, et nous aussi. Il s’agirait aussi du genre littéraire à la base de tous les autres, alors si on a à en choisir un pour débuter, aussi bien investir dans le bon.

Ce que Lucy Calkins suggère, c’est de partager avec ses collègues la lecture des modules: Une fois qu’on s’est entendu sur le module qu’on va enseigner, avant de commencer, on se partage la lecture des parties du module. Chacun lit sa partie, et ensuite on doit la résumer aux autres. On peut le faire oralement ou le mettre par écrit. De cette façon, on peut avoir la vue d’ensemble du module, vers quoi on se dirige, les stratégies à enseigner, les livres utilisés. Ensuite, on peut discuter ensemble pour mieux le comprendre, on peut choisir déjà nos dates pour la célébration, etc.

Pendant l’expérimentation d’un module ou pour mieux s’approprier la démarche, la meilleure façon est de le lire au complet. C’est peut-être [assurément] long, mais l’atelier de lecture, ou d’écriture, n’est pas une « méthode », c’est une démarche, une vision de l’enseignement et de l’apprentissage, et pour bien s’en imprégner, prendre le pouls d’un module, il faut passer à travers. On peut aussi demander à nos collègues de venir nous observer, ou se filmer et en discuter, tout cela pour mieux comprendre, avoir de la rétroaction, des échanges.

Deux enseignantes m’ont dit dernièrement qu’elles comprenaient la nécessité de faire chaque leçon du module, et que c’était la première fois cette année [après plusieurs années d’atelier] qu’elles le faisaient et même si elles avaient des doutes, elles ont poursuivi et ont vu la différence dans le texte des enfants.

On a toujours de bonnes intentions quand on commence les ateliers d’écriture et/ou de lecture, sauf qu’on ne connaît pas toujours ce vers quoi on s’en va, en quoi consiste la tâche. Il faut donc se donner une chance d’essayer, d’expérimenter, et surtout, je crois, d’échanger avec nos collègues, tenter de ne pas rester seul.

L’horaire

Quand je discute avec les enseignants de l’atelier d’écriture ou de lecture, la difficulté majeure c’est le temps. Comment le mettre à l’horaire tous les jours et s’y tenir ? Ouf ! Pas évident [que j’entends], mais faisable [mon expérience et celle de plusieurs collègues].

C’est plutôt difficile d’enlever quelque chose à l’horaire. Quand j’ai besoin de temps, j’étudie l’horaire, et je tente de voir ce qui est modifiable et pertinent d’enlever dans la routine de ma journée ou de ma semaine. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte. J’analyse et je tente de trouver ce qui n’est pas nécessaire présentement : certaines choses sont plus importantes en début d’année [la calligraphie, la lecture de l’horaire, etc.], alors, je tente d’alterner. Cette année en septembre, j’ai fait de la place à l’étude mots le matin [à partir des nouveaux modules du TC, les « phonics »*, qui comprend la conscience phonologique, l’étude des lettres et des mots, des règles orthographiques, etc.] au lieu du message du matin. J’écrivais tout de même un message par semaine, je trouvais que c’était un bon compromis, et je ne voulais pas l’abolir. En fait, j’avais déjà observé que mes élèves, en début d’année, ne faisaient pas le transfert en écriture, et en lecture, l’atelier amène un autre genre de lecture partagée, j’ai donc décidé de le mettre à l’horaire plus tard dans l’année, et quand le moment est venu d’écrire le message du matin en février, j’ai vu une nette différence pour le transfert.

En lecture, une façon de gagner du temps c’est de laisser tomber les 10 à 20 minutes de lecture libre que certains enseignants donnent à leurs élèves chaque jour, ainsi vous récupérerez plusieurs minutes pour l’atelier de lecture. Les bénéfices sont plus grands lorsque les enfants reçoivent de l’enseignement explicite, ont du temps de lecture autonome, de pratique guidée, de lecture à deux, reçoivent de la rétroaction régulière et échangent avec leurs pairs. Quand ils ont des livres à leur niveau et accès aux autres livres de la classe aussi, quand on leur donne des choix pour leur bac de lecture et leurs lectures à la maison, et qu’ils ont beaucoup de temps pour lire chaque jour les élèves n’ont pas besoin de 20 minutes de lecture « libres » en plus. Ils ont déjà une liberté comme lecteur dans le contexte des ateliers, en plus des autres avantages.

Et il faut penser que les ateliers de lecture et d’écriture ne vivent pas en vase clos : il est conseillé aussi de faire une vingtaine de minutes par jour d’étude de mots [grammaire, orthographe, phonétique,], ainsi que des lectures et écritures partagées et interactives, sans oublier le développement de l’oral.

Autres considérations

Un point à soulever qui est très important et qui est souvent oublié, parce que loin des pratiques traditionnelles, c’est qu’il faut que les élèves produisent plus d’un texte dans par module, et ce dans tous les genres et à tous les niveaux. Il est primordial de laisser les élèves écrire plus d’un texte par genre. Il y a une vingtaine de leçons, imaginez l’élève qui doit garder le même texte pendant un mois et [essayer] d’appliquer ce qui lui a été enseigné. Peut-être qu’à la fin, cela donnera un texte qui a presque l’air parfait parce que tout aura été appliqué à la lettre, mais il n’y aura aucune occasion de pratique répétée d’une stratégie de différentes façons, et aucune possibilité de transfert des apprentissages et donc de rétention à long terme. Beaucoup de travail [pour l’enseignant autant que pour l’élève] pour peu de résultats autres que le texte unique et final.

L’an prochain… et cet été

Allez-y à votre rythme, essayez d’échanger avec vos collègues, etc.

Et si c’est possible commencez par (ou prenez le temps de…) lire le guide sur les fondements et pratiques des ateliers d’écriture cet été. C’est la base de tout, ça vous aide à comprendre, à mieux saisir ce que sont les ateliers et vers quoi vous vous en allez.

En lecture, il n’est pas traduit encore en français [mais ça s’en vient], les fondements sont les mêmes et une fois les élèves habitués à l’atelier d’écriture, c’est tellement facile d’implanter et de faire vivre l’atelier de lecture.

Bon été, bonnes lectures !

 

Référence :

L’atelier d’écriture, fondements et pratiques – Collection les ateliers d’écriture – 5 à 8 ans — Guide général, Chenelière Éducation

 

 

*ce boitier (phonics) est disponible en anglais seulement.