Un article de Patricia Forget

«Si vous voulez devenir écrivain, il y a avant tout deux choses que vous devez impérativement faire : lire beaucoup et beaucoup écrire. Il n’existe aucun moyen de ne pas passer par là, aucun raccourci.»1

Ce n’est plus un secret pour personne : Il faut lire pour apprendre à écrire. La lecture et l’écriture sont deux compétences interdépendantes.
Elles se supportent l’une et l’autre. Sans même s’en rendre compte, en lisant, on apprend à reconnaître la structure d’une histoire, on apprend à créer des personnages crédibles, on apprend à découvrir la diversité des univers, on apprend à élargir son vocabulaire, on apprend à se familiariser avec différents styles d’écriture, on apprend à différencier un rythme lent d’un rythme rapide, on apprend, on apprend, on apprend… La lecture nourrit l’auteur que l’on aspire à devenir.

«Chaque livre comporte sa ou ses leçons … Nous lisons aussi pour prendre notre mesure face aux bons et aux grands écrivains, pour juger de tout ce qui peut être fait.»1

«Quels livres sont de bons modèles d’écriture ? Lesquels auront un impact sur l’apprentissage de mes élèves? Lesquels me permettront d’enseigner et de rendre explicite ce que je veux qu’ils essaient, à leur tour, dans leurs textes ? »  Le bonheur que vous ressentez lorsque vous lisez doit être celui que vous voulez partager à vos élèves. C’est votre enthousiasme qui vous permet de communiquer votre passion à vos élèves.

L’écriture n’est pas une science exacte. Chaque lecteur est unique. Chaque lecture le sera donc aussi. Trouver de bons modèles à présenter aux élèves semble plus facile à dire qu’à faire. Sur les bancs de l’école, nous n’avons pas été invités à entrer dans le texte, dans les phrases, dans l’art de l’auteur. Pourtant, s’inspirer des auteurs, de la façon dont ils s’y prennent pour écrire, est la meilleure façon d’atteindre les objectifs d’enseignement que vous vous êtes fixés.

«La véritable importance de la lecture est qu’elle vous familiarise avec le processus de l’écriture, vous le rend intime ; on arrive au royaume de l’écrivain avec des papiers d’identité déjà à peu près en règle. Le fait de lire sans arrêt vous fera accéder à un lieu (un état d’esprit, si vous préférez) où vous pourrez écrire avec ardeur et sans vous forcer ; il vous fera aussi prendre conscience de ce qui a été bien fait et de ce qui est nouveau, de ce qui fonctionne dans une page ou de ce qui s’y meurt (ou y est déjà mort).»1

Je vous invite d’abord à vous poser ces trois questions :

  • Quels livres sont appréciés des élèves, année après année?
  • Quels livres font partie de ma liste d’indispensables?
  • Quels sont les livres que je conseille encore et encore à mes collègues?

Des titres vous viennent en tête? Notez-les. Les auteurs et les illustrateurs que vous jugez inestimables le sont pour des raisons particulières.

Vous avez dressé la liste de vos livres coups de cœur. Vous savez qu’ils engageront vos élèves et qu’ils correspondront à leurs intérêts. Le premier pas de cette démarche est franchi.

Je vous suggère maintenant de relire ces livres, d’aller au-delà de la compréhension, d’apprécier la façon dont le texte a été créé. Essayez de les lire avec des yeux d’auteur, d’identifier et de comprendre les choix qui ont été faits par les auteurs. Tentez de saisir les raisons pour lesquelles ces œuvres peuvent améliorer l’écriture de vos élèves tout en répondant à leurs besoins.  Pendant que vous lisez, mettez en évidence les parties du texte qui vous interpellent et demandez-vous: « Qu’est-ce que l’auteur fait ici? Pourquoi a-t-il fait ce choix? Quels seraient les avantages pour mes élèves de le faire aussi, à leur tour ? Pourquoi devrais-je présenter ce livre à mes élèves ? Est-ce qu’il me permettra de leur démontrer les points d’enseignement des mini-leçons du module que je veux enseigner ?» Les livres que vous choisirez doivent vous permettre d’enseigner les qualités d’un bon texte.  Voici des pistes de questionnement qui peuvent vous aider et être complétées…

LE TEXTE NARRATIF

  • Est-ce que l’idée élaborée est originale?
  • Est-ce qu’il a un rythme particulier?
  • Contient-il des mots puissants, étonnants, …?
  • Est-ce que les premières phrases sont captivantes?
  • Est-ce que la fin est mémorable?
  • Est-ce que l’intrigue est saisissante?
  • La ponctuation est-elle utilisée d’une façon particulière?
  • Est-ce que les personnages de l’histoire sont crédibles et bien décrits?
  • Le contexte est-il présenté clairement?
  • Est-ce qu’il contient des détails pertinents?
  • Est-ce que la syntaxe mérite qu’on s’y attarde?
  • Est-ce que les marqueurs de relation aident à la compréhension?
  • Est-ce que la longueur des phrases est variée?
  • Est-ce qu’il y a un narrateur?
  • Est-ce qu’il y a des comparaisons, des métaphores, des répétitions, etc.?

LE TEXTE INFORMATIF

  • Est-ce que le titre est accrocheur?
  • Est-ce que la table des matières est précise et bien organisée?
  • Est-ce qu’une introduction captivante annonce le sujet?
  • Est-ce qu’il y a des sous-titres intéressants?
  • Est-ce qu’il y a des intertitres pour délimiter les parties du texte?
  • La structure est-elle cohérente? Les aspects traités sont-ils présentés en petits paragraphes?
  • Est-ce que les informations sont pertinentes?
  • Est-ce que les détails sont judicieux?
  • Les marqueurs de relation permettent-ils de faire des liens entre les informations?
  • Est-ce que le vocabulaire est riche et précis? Est-ce qu’il y a un glossaire, un index?
  • Est-ce que les procédés utilisés soutiennent la compréhension des informations? Rendent-ils la lecture intéressante? Est-ce qu’il y a des illustrations, des mots-clés, des exemples, des tableaux, des encadrés, des schémas, des devinettes, des graphiques, des comparaisons, des citations, des statistiques, des listes, des descriptions, etc.?

LE TEXTE D’OPINION

  • Est-ce que l’introduction annonce le sujet et suscite l’intérêt?
  • Est-ce que la structure est cohérente?
  • Est-ce que la prise de position est claire dès le début? Est-ce qu’elle le demeure tout au long du texte?
  • Est-ce que l’auteur s’implique personnellement?
  • Est-ce que les arguments sont pertinents? Est-ce qu’ils retiennent l’attention du lecteur?
  • Est-ce que le lecteur est pris en considération tout au long du texte?
  • Est-ce que des marqueurs de relation assurent la continuité du texte?
  • Est-ce que la ponctuation est expressive?
  • Est-ce que le vocabulaire est incitatif et percutant?
  • Est-ce que la conclusion réaffirme l’opinion?
  • Est-ce que les procédés utilisés sont convaincants? Est-ce qu’il y a des questions, des statistiques, des faits, des témoignages, des exemples, des propos d’experts, etc.?

C’est le temps de prendre des risques. Interprétez ce qui a été fait du mieux que vous le pouvez. Je vous le répète : L’écriture n’est pas une science exacte.

Vous avez maintenant devant vous quelques livres dignes de mention. Lequel se retrouve en tête de liste?

Alors, vous êtes prêts ? C’est le moment de présenter votre premier choix à vos élèves. C’est le temps de leur lire et leur relire afin qu’il devienne un exemple clair, un modèle dont ils peuvent s’inspirer.

«Si nous voulons améliorer la qualité de l’écriture de nos élèves, nous n’avons pas le choix de nous tourner vers l’étude de la littérature. Il faut faire en sorte que les auteurs entrent dans leur vie et leur enseignent ce qu’est la grande écriture.» 2

Le livre modèle qui vous accompagnera au fil des jours doit donner l’impression à vos élèves qu’ils sont presque assis à côté de la personne qui l’a écrit. Bien sûr, d’autres livres viendront compléter votre enseignement. L’atelier d’écriture fait partie d’un programme de littératie équilibré où, tous les jours, vous prenez des décisions pertinentes quant à la façon d’aider chaque élève à devenir un meilleur auteur et un meilleur lecteur. Quel plaisir de voir les élèves faire des liens entre les différentes compétences de la discipline! Ma liste personnelle de coups de cœur se retrouve dans un cartable où je consigne, par ordre alphabétique, tous les livres que j’ai lus et appréciés. Je note, pour chacun d’eux, les raisons pour lesquelles ils méritent une place dans ma tête et dans mon cœur.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Alors, les lecteurs, les auteurs, ce n’est plus un secret pour personne : Il faut lire pour apprendre à écrire !

 J’ai le goût de vous partager un de mes coups de cœur, un livre qui, à chaque lecture, est une réelle source de plaisir. Je suis entrée dans son univers littéraire pour essayer de voir comment il a été écrit…

Alors, je vous présente Nicodème… Nicodème et son cadeau. Entrons dans cette petite histoire si grande! Entrons dans ce livre qui est un vrai cadeau!

le-cadeau

BONNE LECTURE!…

Avez-vous apprécié…

– Le personnage qui vit, ressent, pense et agit?

– L’intrigue?

– Les points de suspension qui mettent en évidence les mots qui suivent?

– Le rythme de l’histoire?

– Le choix des mots?

– Les répétitions, les énumérations et les ellipses qui permettent de saisir toute l’importance du cadeau?

«C’est un très beau cadeau. Ni trop lourd, ni trop léger. Emballage bleu, ruban doré.»

«Il le secoue doucement, de haut en bas, de droite à gauche. Tout doucement pour ne pas l’abîmer. Tout doucement, juste pour entendre le bruit que ça fait à l’intérieur.»

– Le dénouement surprenant?

– La négation qui insiste sur l’importance du moment?

– …

(Et, pourquoi ne pas en profiter pour aborder le deux-points et les guillemets?)

 ……….

Pour en savoir plus sur ce magnifique album, voici quelques mots de l’auteure, Agnès Laroche.

L’idée du « Cadeau » m’est arrivée d’un bloc, un vrai cadeau justement !

Je savais ce que je voulais raconter, de la façon la plus simple possible, et j’en connaissais la fin, vers laquelle tend l’histoire tout entière.

Je crois que le plaisir d’offrir un cadeau à ses parents est un moment d’une grande intensité pour les jeunes enfants, une immense fierté, c’est en tout cas le souvenir que j’en garde, et ce que j’ai pu lire dans les yeux de mes propres enfants. J’avais envie de mettre en lumière ce pur instant de bonheur, la longue attente, l’impatience d’offrir, l’émotion ressentie le jour venu, le geste d’amour très fort que cela représente. Quel que soit le cadeau, d’ailleurs, il a en soit peu d’importance (c’est d’ailleurs pour cela qu’on ne saura jamais ce que contient la jolie boite de Nicodème, à chacun de s’en faire sa propre idée).

J’ajoute que les dessins de Stéphanie Augusseau, son incarnation de Nicodème, sont une grande source d’inspiration.

Pour chacun des volumes de la série, l’histoire, une fois que l’idée est née, s’écrit d’autant plus facilement que j’ai les traits de ce petit personnage en tête.

C’est d’ailleurs grâce à Stéphanie que j’ai imaginé la première histoire de « Nicodème ». J’ai découvert une image sur son blogue, un petit garçon perdu au milieu d’une foule d’adultes, qui m’a aussitôt inspiré une histoire que je lui ai soumise.

Elle a accepté d’illustrer le projet, nous l’avons proposé à Alice Jeunesse, et « Nicodème », petit bonhomme timide et rêveur, est né.

* J’ai presque terminé la mise à jour des livres modèles… Surveillez nos annonces!


1 KING, Stephen. Mémoires d’un métier – Écriture. Albin Michel.

2 NADON, Yves. Lire et écrire en première année… et pour le reste de sa vie. Chenelière Éducation. 2011.

MARCHETTI, Allison. O’DELL, Rebekah. Writing with Mentors. Heinemann. 2015.

SHUBIZ, Stacey. Craft Moves: Lesson sets for teaching writing with mentor texts. 2015.

LAMINACK, Lester L. WADSWORTH, Reba M. Writers are Readers. Heinemann. 2015.

LAROCHE, Agnès. Stéphanie AUGUSSEAU. Le cadeau. Alice Jeunesse. 2013.

GAGNON. PERRAULT. MAISONNEUVE. Guide des procédés d’écriture. ERPI. 2007.