Une collaboration de David Lord, enseignant en classe multi
Quand je ferme les yeux et que je me revois en tant qu’élève au primaire, je vois 30 beaux petits pupitres en rangées avec 30 merveilleux enfants curieux qui travaillent dans un cahier et qui attendent que l’enseignante dessine des beaux gros B dans les marges. Loin de moi l’idée de dénigrer l’enseignement que j’ai reçu. Les enseignantes ne ressemblaient pas à de vieilles mégères grises. Mes souvenirs de mes années au primaire sont vivement colorés.
T’as une planif de béton et tu as répété ta performance dans ton salon. Tu te sens prêt pour tes trois ateliers d’écriture de la semaine. Après le premier, tu quittes le soir avec un panier, débordant de créations. Le souper terminé, tu t’assois pour lire et digérer. Tu te questionnes sur comment tu pourras les accompagner. Impossible de tous les rencontrer en trois ateliers. S’en suit une indigestion littéraire et une frayeur qui habite tous les pédagogues… Travailler avec des sous-groupes le lendemain sans perdre le contrôle du groupe.
L’avantage des modules d’ateliers d’écriture ou de lecture publiés, c’est que des experts qui connaissent la didactique et l’écriture ont créé des séquences d’enseignement intentionnelles et réfléchies pour aider les élèves à devenir plus compétents et avides d’écrire, de partager leurs vies, de communiquer par l’écrit. Combinés à un programme de littératie complet, incluant du travail quotidien sur la langue et les mots, ils sont un outil clé en main parfait, nous permettant de suivre le rythme d’apprentissage de chacun, peu importe notre programme d’étude. On y travaille différents genres littéraires. L’écriture narrative, informative, les textes d’opinion, la poésie n’ont plus de secrets grâce à ces outils.
Le calme est installé dans la classe, tous ces jeunes en fin primaire plongés dans la lecture, sourire aux lèvres. Je les vois, sourcils froncés, devant la scène où Tobbie Lolness tente d’échapper à ses persécuteurs. J’entends les reniflements lorsqu’ils découvrent la mort de Firmin dans Charbon bleu. Je vois les discussions enflammées lorsque, en club de lecture, ils présentent leur point de vue sur le comportement incompréhensible de ces policiers blancs dans Missié… Parfois calme comme la mer après une tempête, parfois bouillonnante comme la tombée d’une chute, parfois aussi rugissante qu’une puissante vague, la classe vient de pénétrer dans la zone lecture.
Lorsque nous voulons centrer notre enseignement sur nos élèves et leur travail, les structures et les routines que nous instaurons deviennent doublement importantes. En plus d’aider à l’organisation et à la gestion de classe, elles permettent de mettre de l’avant nos valeurs et priorités. Elles favorisent aussi l’autonomie et la collaboration entre les élèves.
En cette fin d’année qui nous attend, juste là, l’heure est évidemment aux bilans.
Face à la complexité de la tâche, comment s’assurer que celle-ci ne se transforme pas en lourdeur. Il y a plusieurs aspects sur lesquels nous n’avons pas de pouvoir, mais le pouvoir le plus puissant que nous avons est notre attitude, notre perception et nos choix pédagogiques.
L’une des phrases que je répète le plus souvent dans ma vie est « Ça, c’est le bonheur! » J’aime apprécier et profiter de tous les petits instants qui me rendent heureuses.
Mon bilan cette année se résume donc à une question.
Dans ma classe, dans mon travail, qu’est-ce qui me rend heureuse?
Pourquoi, malgré la complexité, je ne ferais pas autre chose?
Voici une courte liste pour cette année qui s’achève:
Entendre C. et V., des partenaires, discuter de stratégies d’écriture.
Que S. apporte un livre de sa maison pour le prêter à Y. parce qu’il connait ses goûts.
Voir de plus en plus les stratégies que j’enseigne dans les textes de mes élèves. De tous les élèves. À leur façon, à hauteur d’enfant, à leur rythme.
Que S. et L. règlent un conflit ou parlent de leurs émotions en faisant référence aux personnages d’un album que nous avons lu.
Travailler avec des collègues positives, engagées et inspirantes. Savoir que nous sommes là l’une pour l’autre peu importe ce qui arrive.
Que S. soit passée de « l’écriture inventée de fausses lettres attachées d’adulte » à l’écriture, quoi qu’ardue, de 5 ou 6 phrases lisibles, en 20 mois.
Qu’après quelques entrevues de parents, V. souligne l’importance dans notre vie de la gentillesse et des relations humaines comme point commun entre toutes les entrevues. Q’on ait parlé d’électricité, de service à la clientèle, de relations d’aide, de débosselage ou de cuisine. Du Sri Lanka, du Chili, de l’Italie ou de la Russie. À 8 ans, c’est ce qu’il retient!
Recevoir des photos d’E. qui lit et écrit à la maison collée sur son chien.
Que G. me fasse assez confiance pour me nommer ce qui lui pose problème dans son texte et me demande mon aide.
Que J. ose, fasse des tentatives, même si l’orthographe est difficile, et qu’il utilise les outils à sa disposition pour corriger ses textes. Qu’il accepte maintenant que tout ne peut pas être parfait.
Rencontrer d’autres enseignants passionnés et passionnants pour échanger et partager notre bonheur.
Voir la fierté des élèves qui présentent leurs textes aux autres, que ce soit dans la classe, dans l’école ou dans la communauté.
Entendre les discussions d’un club de lecture au sujet des éléments récurrents dans une série qui leur permettent de prédire le déroulement de l’histoire.
Constater que des élèves de 8 ans peuvent faire des choix éclairés et adéquats pour leur lecture personnelle.
Voir l’impact de mon enseignement sur les compétences en lecture et en écriture.
Voir l’impact de mes choix pédagogiques sur l’amour de la lecture et de l’écriture.
…
Malgré ce qu’on entend souvent, je considère aussi qu’il n’y a pas de profession où on reçoit autant d’amour et de reconnaissance au quotidien. C’est une question de perception.
En amorçant la prochaine année scolaire, je veux me rappeler ce qui me rend heureuse, et faire en sorte que mes choix pédagogiques, mon langage et mes attitudes en classe provoquent ces étincelles qui rejaillissent autant sur les élèves que sur moi.
Sur les réseaux sociaux et dans les journaux, j’ai vu passer dernièrement un grand nombre d’articles revendiquant une école meilleure, plus humaine et plus efficace. On souhaite un milieu de vie riche et stimulant, un milieu de vie qui donne le gout à tous d’y être. Le modèle du système d’éducation de la Finlande, par exemple, inspire plusieurs d’entre nous.
On réclame, depuis un bon moment déjà, de grands changements de la part de nos dirigeants. On questionne, entre autres, les pratiques évaluatives et l’intégration des élèves qui rencontrent de grandes difficultés. On veut une école plus saine pour tout le monde. Les changements réclamés se produiront-ils un jour? Quelles formes prendront-ils? Des actions concrètes sont attendues depuis des années. Toutefois, les décideurs, qui changent au gré des gouvernements élus et qui doivent se faire une tête sur l’état des lieux durant des mois avant de prendre une décision, annoncent souvent des changements futiles et sans réel impact pour nos milieux.
J’ai eu la chance d’aller à l’institut d’été De mots et de craie. Pendant 3 jours, j’ai eu la chance de vivre une expérience humaine des plus enrichissantes. Pendant 3 jours, Cheney Munson, formateur au Teachers College, nous a transmis une parcelle de ses nombreuses connaissances et compétences à enseigner l’écriture aux élèves du 2e et du 3e cycle du primaire. Je l’avoue, il est ma nouvelle idole 😉. Le prochain article est consacré à tenter de partager mes plus grands constats, ce qui s’est le plus imprégné dans mon cœur de prof.
Les groupes d’élèves sont toujours différents. Malgré des pratiques que l’on sait exemplaires, malgré une séquence d’enseignement qui a fait ses preuves et avec laquelle j’ai de plus en plus d’expérience, des défis se présentent chaque année, et chaque année, ils sont différents.
Cette année, je sens que l’engagement est particulièrement difficile pour mes élèves. Le temps de disponibilité lors des mini-leçon est au minimum. Peu d’élèves semblent mettre en pratique le contenu des leçons. Je l’explique de différentes façons (parce que le premier pas vers une solution efficace est de trouver la cause du problème…): l’âge des élèves (plus du tiers des élèves sont nés en juillet, août et septembre, et personne en octobre, ni en novembre… à 6 ans, ça fait une grande différence!), les différents besoins particuliers, dont plusieurs en lien avec l’aspect réceptif de la communication, les fragilités affectives, les effets de la gestion de la pandémie…
En lecture, nous travaillons avec les élèves les stratégies de compréhension du langage littéraire. Plus les lecteurs évoluent, plus les livres qu’ils lisent sont étoffés, moins les éléments sont explicites et plus le langage utilisé peut amener des confusions. Les élèves sont capables de décoder les mots qu’ils lisent, mais peuvent avoir de la difficulté à en comprendre le sens. Dans les textes narratifs, nous enseignons aux élèves à porter attention à la façon dont l’auteur s’amuse à jouer avec les mots de façon inventive, à s’arrêter, remarquer et comprendre son intention. Nous les encourageons à relire, visualiser le sens en jouant la scène, discuter avec un partenaire. Nous leur enseignons à comprendre les comparaisons en réfléchissant au texte, à l’ambiance créée et à l’intention de l’auteur, à remarquer quand un mot est utilisé dans un autre sens que celui pour lequel nous avons l’habitude de l’utiliser, par exemple dans les expressions et les métaphores.
Ce sera bientôt la dernière journée de l’année scolaire. Ce sera la grande fête dans la cour de l’école: barbe à papa, maïs soufflé, friandises glacées, jeux gonflables, maquillages, jeux d’eau… Quand je regarderai mes élèves courir partout, s’amuser, rire, je repenserai à la première journée d’école, le 31 août dernier. J’avais noté ceci:
Souvent, nous avons des questions au sujet de la publication. « Est-ce que je dois passer après l’élève pour corriger les fautes qui restent? Est-ce que les élèves doivent réécrire au propre? Est-ce que je peux exposer des textes qui ne sont pas parfaits? Est-ce que je peux écrire les textes à l’ordinateur? Est-ce que les élèves peuvent les écrire à l’ordinateur? … » Pas toujours facile d’y répondre… Il y a certainement plusieurs éléments à considérer.
Tout d’abord, réfléchissons à cette étape du processus : la publication. Publier un texte veut dire le rendre public. Ici, la plupart du temps, l’attention sera portée sur un texte en particulier. La publication est considérée comme l’étape finale du texte (quoique des textes sont parfois réédités!).